Mladenov juge la politique d’Israël à Gaza « inacceptable » alors que le plan de désarmement stagne
Devant le Conseil de sécurité, l’envoyé spécial du Conseil de Paix a critiqué les restrictions israéliennes sur les livraisons de matériel d’abri, estimant que les frappes de Tsahal n’avaient pas permis la démilitarisation de Gaza
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Mercredi, l’envoyé spécial du Conseil de Paix pour Gaza a fait le point devant le Conseil de sécurité des Nations unies sur l’état d’avancement des efforts menés par cet organe américain pour reconstruire l’enclave. Il a souligné l’acceptation par le groupe terroriste palestinien du Hamas d’un plan de désarmement tout en reconnaissant de fait que les progrès sont depuis lors au point mort en raison du rejet de la proposition par Israël.
Nickolay Mladenov a particulièrement critiqué les restrictions imposées par Israël à l’acheminement de fournitures destinées à l’hébergement des Gazaouis vivant dans des conditions sordides, tout en dénonçant la politique de Jérusalem qui consiste à poursuivre les frappes sur Gaza. Il a argué que ces frappes n’avaient pas conduit, et ne conduiraient pas, au désarmement du Hamas.
Dans le même temps, il a critiqué le groupe terroriste palestinien pour ne pas avoir respecté ses propres engagements dans le cadre du plan de désarmement, qui exigeait que les deux parties cessent toute activité militaire.
Un diplomate arabe issu de l’un des pays médiateurs a déclaré au Times of Israel au début du mois que le Conseil de Paix faisait pression sur le Hamas pour qu’il cesse de déployer des forces armées en uniforme dans les rues de Gaza. Ces démonstrations de force se sont intensifiées depuis le rejet public par le Premier ministre Benjamin Netanyahu du plan de désarmement, qui prévoyait le retrait progressif d’Israël de Gaza.
Netanyahu a fait valoir que la proposition acceptée par le Hamas le 30 juillet ne conduirait pas réellement au désarmement du Hamas et a déclaré que Jérusalem ne se conformerait donc pas aux retraits progressifs exigés de la bande de Gaza.
Mladenov a déclaré au Conseil de sécurité qu’il n’était pas demandé à Israël d’accepter la feuille de route pour le désarmement, mais plutôt de réaffirmer les engagements qu’il avait pris dans le cadre du plan de paix en vingt points pour Gaza du président américain Trump, que Netanyahu avait accepté en septembre avant un cessez-le-feu le mois suivant.
« Bien qu’Israël ait réaffirmé ce cadre, d’importantes questions relatives à sa mise en œuvre restent en suspens », a déclaré Mladenov, reconnaissant ainsi qu’Israël n’avait pas respecté tous ses engagements, qui exigent la fin des opérations militaires et l’envoi massif d’aide humanitaire dans la bande de Gaza.
L’acceptation du dépôt de ses armes par le Hamas devait marquer le début d’une période de 14 jours durant laquelle les parties devaient établir un calendrier pour le désarmement progressif et le retrait israélien de Gaza.
Mais cette période de deux semaines n’a toujours pas commencé, et l’optimisme quant à la possibilité de progrès ou concernant une certaine souplesse de la part de Netanyahu est faible à l’approche des élections à la Knesset du 27 octobre.
Mladenov a souligné que la situation humanitaire à Gaza s’était considérablement améliorée par rapport à l’an dernier, lorsque l’Integrated Food Security Phase Classification (IPC) avait déclaré pour la première fois qu’une famine avait frappé le nord de la bande de Gaza, une zone densément peuplée.
Bien qu’il ait bloqué l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza pendant plus de deux mois l’année dernière, Israël a vigoureusement nié avoir orchestré une famine et le pays a accusé le Hamas de détourner les vivres. Des données récemment publiées ont laissé entendre que, si une faim dévastatrice avait été généralisée, le seuil de la famine n’avait pas été atteint.
À LIRE : Données actualisées de Gaza : les affirmations de famine auraient été surestimées par l’IPC
De plus, mi-juillet, un haut responsable de l’ONU a accusé le Hamas d’entraver l’acheminement de l’aide humanitaire, avertissant que les agissements du groupe terroriste palestinien rendaient les opérations de secours de plus en plus dangereuses.
L’émissaire du Conseil de Paix a déclaré que les besoins à Gaza étaient désormais moins liés à l’alimentation qu’à l’assainissement, à l’eau et à l’énergie, domaines dans lesquels l’ONU, les organisations internationales et Israël sont actifs.
En revanche, les abris font toujours cruellement défaut à Gaza, où la majorité de la population, soit 2 millions de personnes, vit encore sous des tentes.
Mladenov a directement imputé la responsabilité de la situation à Israël, ce qui a constitué une critique rare et directe de la part d’un haut représentant d’un organisme placé sous l’égide des États-Unis à l’égard de l’État hébreu.
« L’hiver approche à grands pas, et la politique actuelle d’Israël en matière d’abris décents est inacceptable », a-t-il déclaré.
« Le Conseil de Paix exhorte l’État d’Israël à autoriser l’acheminement d’abris de meilleure qualité dans la bande de Gaza, pour des raisons de dignité, de santé et de sécurité. »
Il a également dénoncé le refus d’Israël de mettre fin à ses frappes à Gaza, soulignant que ces attaques quasi quotidiennes, qui, selon Israël, visent des terroristes du Hamas, continuent de faire des victimes parmi les civils palestiniens.
Remettant en question la logique de la politique israélienne consistant à poursuivre les frappes à Gaza, Mladenov a demandé au Conseil de sécurité : « Une nouvelle frappe sur un dépôt de munitions empêchera-t-elle le Hamas de se réarmer ou de renforcer son emprise sur Gaza ? »
« Ce ne sera pas le cas. Cela ne fera que retarder la démilitarisation, qui aura lieu de toute façon, et cela entrave la transition vers un régime civil, qui est pourtant nécessaire pour garantir qu’une remilitarisation ne sera plus possible à l’avenir. »
Alors que le Conseil de Paix a mis en place un mécanisme de désescalade avec Israël pour traiter les menaces potentielles dès leur apparition à Gaza avant qu’elles ne s’aggravent, Mladenov a déclaré que Jérusalem n’utilisait pas toujours ce mécanisme.
Mladenov et l’envoyé spécial américain Jared Kushner ont tenté de convaincre Netanyahu, lors d’une réunion qui a été organisée le 17 août à Jérusalem, de limiter les frappes à Gaza aux menaces imminentes, mais sans succès, le Premier ministre ayant insisté sur le fait que Tsahal continuerait à cibler tous les terroristes impliqués dans le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, qui avait déclenché la guerre à Gaza.
« Chaque recours à la force qui ne répond pas à une menace immédiate et chaque incident pour lequel le mécanisme de désescalade n’a pas été sollicité, coûtent au processus quelque chose qu’il est très, très difficile de récupérer », a averti Mladenov.
Tout en reprochant à Israël, Mladenov a également critiqué le groupe terroriste.
« Le Hamas s’est engagé à mettre fin à toutes ses activités militaires. Cet engagement doit encore être pleinement respecté », a-t-il déclaré.
« Chaque arme brandie, chaque tunnel en cours de construction et chaque convoi toujours bloqué font reculer le processus de paix et fournissent un argument à ceux qui souhaitent reprendre la guerre », a-t-il déploré.
« Gaza n’a pas les moyens de subir une nouvelle catastrophe. Si le cessez-le-feu s’effondre et que la bande de Gaza sombre dans une nouvelle escalade totale, il n’y aura plus de feuille de route vers laquelle revenir », a averti Mladenov.
« Ce serait un point de non-retour pour tout le monde. »
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