Rechercher

Le Conseil de Paix brouille les contours de la Ligne jaune afin que son plan pour Gaza avance

Le comité chargé de superviser la situation à Gaza évite de préciser si Tsahal doit se retirer jusqu’à la ligne de cessez-le-feu initiale, optant pour l’ambiguïté afin d’obtenir l’adhésion des deux parties

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des enfants gazaouis jouant sur un bloc de béton destiné à marquer la « Ligne jaune » établie par Israël, dans le quartier de Shejaiya, à l'est de Gaza-City, le 26 juillet 2026. (Crédit : Mohammed M. Skaik/JNA Press/Sipa USA via Reuters)
Des enfants gazaouis jouant sur un bloc de béton destiné à marquer la « Ligne jaune » établie par Israël, dans le quartier de Shejaiya, à l'est de Gaza-City, le 26 juillet 2026. (Crédit : Mohammed M. Skaik/JNA Press/Sipa USA via Reuters)

Washington — Le Conseil de Paix, contrôlé par les États-Unis, a accompli ce que de nombreux observateurs jugeaient impossible il y a encore deux semaines : persuader le Hamas d’accepter une proposition – en quinze points – prévoyant le désarmement du groupe terroriste palestinien.

Lors d’une conférence de presse organisée quelques heures après l’approbation de la proposition de désarmement par le Hamas, un haut responsable américain a indiqué que sa mise en œuvre pouvait commencer immédiatement, car l’accord d’Israël n’était même pas nécessaire.

Le responsable américain a expliqué qu’Israël avait déjà accepté, en septembre, le plan en vingt points du président américain Donald Trump visant à mettre fin à la guerre à Gaza. On demandait simplement à Jérusalem de respecter ses engagements pris dans le cadre de cet accord-cadre, tandis que le plan en quinze points relevait de la seule compétence du Conseil de Paix et du Hamas.

Cependant, le Premier ministre Benjamin Netanyahu voyait les choses différemment et s’est opposé au plan de désarmement, insistant sur le fait que l’armée israélienne ne procéderait à aucun des retraits exigés par ces deux propositions, qu’elles soient en quinze ou en vingt points.

Conscient que l’adhésion d’Israël était en effet nécessaire, le Conseil de Paix a mené des discussions intensives avec Jérusalem pour s’assurer de son soutien. Toutefois, toute modification apportée à la proposition de désarmement risquerait de faire perdre le soutien du Hamas, obtenu de haute lutte.

En conséquence, le Conseil de Paix a maintenu une grande ambiguïté quant à la manière dont la reconstruction de Gaza après la guerre est censée se dérouler, les décisions étant parfois prises au cas par cas.

Des Gazaouis au milieu des décombres de bâtiments détruits par l’armée israélienne et des centaines de tentes dans lesquelles ils vivent désormais, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 11 août 2026. (Crédit : Bashar Taleb/AFP)

Quelle « Ligne jaune » ?

On en trouve un exemple dans la définition même de la « Ligne jaune ».

Aux termes de l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025 avec le Hamas, Israël était tenu de retirer ses troupes jusqu’à cette ligne de démarcation, qui divisait approximativement la bande de Gaza en deux parties, l’est et l’ouest. Ce retrait a conduit Tsahal à conserver le contrôle de 53 % de la bande de Gaza.

Cependant, cet accord de cessez-le-feu ne constituait que la première phase du plan en vingt points de Trump. La deuxième phase prévoyait que le Hamas remette ses armes et qu’Israël se retire complètement de la bande de Gaza.

Alors que les négociations de désarmement de la deuxième phase avec le Hamas étaient au point mort, Netanyahu a ordonné à l’armée d’occuper 70 % de la bande de Gaza, repoussant la Ligne jaune de plusieurs centaines de mètres vers la côte et réduisant encore davantage la superficie sur laquelle les quelque 2 millions de Gazaouis étaient contraints de vivre.

Malgré ce mépris des conditions de retrait prévues par l’accord de cessez-le-feu d’octobre, le Conseil de Paix s’est abstenu d’exiger qu’Israël revienne sur sa décision. Selon un diplomate arabe interrogé par le Times of Israel, certains responsables de cette instance auraient assuré aux pays médiateurs du Moyen-Orient (l’Égypte, le Qatar et la Turquie) qu’il le ferait dès que le Hamas aurait accepté le plan de désarmement.

Après des mois de négociations, c’est précisément ce qu’a fait le groupe terroriste le 30 juillet.

La proposition approuvée pour le désarmement progressif du Hamas exige qu’Israël « s’acquitte intégralement et sans délai de tous les engagements restants au titre du protocole de Charm el-Cheikh » – nom donné à l’accord de cessez-le-feu de 2025, qui prévoyait notamment un retrait israélien jusqu’à la Ligne jaune.

Une infographie illustrant la délimitation de la « Ligne jaune » du cessez-le-feu du 13 octobre 2025. (Crédit : Omar Zaghloul/Anadolu via Reuters)

Mais de quelle « Ligne jaune » s’agit-il ? De celle d’origine, qui laissait à Israël le contrôle de 53 % de la bande de Gaza, ou de la plus récente, qui lui confère le contrôle de 60 à 70 % de l’enclave ?

Le principal envoyé du Conseil de Paix à Gaza, Nickolay Mladenov, a apporté quelques éclaircissements sur le sujet lors d’une interview accordée dimanche à la chaîne N12, tout en laissant certaines questions sans réponse.

« Israël se trouve actuellement sur la Ligne jaune », a-t-il déclaré.

« C’est là que se trouvent ses troupes. Ce que nous demandons, c’est que Tsahal ne déploie pas de troupes au-delà de la Ligne jaune. Nous souhaitons qu’elles restent sur ces positions. »

Le porte-parole du Conseil de Paix a refusé de donner plus de détails au-delà des remarques de Mladenov.

Tout dépend de la personne à qui l’on pose la question

Une source proche du dossier, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a toutefois déclaré que, bien qu’Israël ait peut-être déplacé la Ligne jaune ces derniers mois, ses troupes ne l’avaient pas suivie.

Au contraire, elles sont restées sur des positions qui ne dépassent pas la Ligne jaune d’origine, a affirmé cette source.

Toutefois, un responsable israélien et un diplomate arabe issu de l’un des pays médiateurs ont contesté cette version, insistant sur le fait que Tsahal a des troupes stationnées bien au-delà de la Ligne jaune d’origine.

Le diplomate arabe a déclaré qu’Israël allait devoir retirer ces troupes jusqu’à la Ligne jaune d’origine si la proposition de désarmement devait être mise en œuvre.

Le responsable israélien a affirmé que Tsahal maintiendrait ses positions au-delà de la Ligne jaune d’origine jusqu’à ce que le Hamas commence à se désarmer.

Engagements non respectés

Selon les termes qu’il a lui-même acceptés, Israël doit mettre en œuvre l’ensemble de ses engagements pris dans le cadre de la déclaration de Charm el-Cheikh avant que le Hamas ne commence à se désarmer. Pour compliquer encore davantage le processus, ces engagements n’ont pas non plus été entièrement rendus publics par le Conseil de Paix.

La plupart de ces engagements figurent dans une annexe humanitaire secrète de l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025, dont seules certaines parties ont fait l’objet de fuites au cours de l’année écoulée.

Ces engagements comprennent notamment la facilitation de l’entrée quotidienne de 600 camions d’aide humanitaire à Gaza, l’intensification des opérations aux points de passage, l’élargissement de l’accès au carburant, aux abris et aux fournitures médicales, ainsi que l’autorisation nécessaire à la réparation des infrastructures essentielles, a déclaré le diplomate, soulignant qu’Israël n’avait pas respecté bon nombre de ces engagements.

Outre ces engagements humanitaires, le Conseil de Paix attend également d’Israël qu’il autorise l’entrée à Gaza du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), un comité technocratique palestinien chargé de remplacer le Hamas à la tête de la bande de Gaza, ainsi que de la Force internationale de stabilisation (ISF), chargée d’assurer la sécurité de l’enclave et de faciliter la mise en œuvre de la proposition de désarmement. Le diplomate arabe a également indiqué qu’Israël n’avait pas encore autorisé plusieurs milliers de recrues de la nouvelle force de police palestinienne à quitter Gaza pour suivre une formation en Égypte.

Des Gazaouis déplacés faisant la queue pour recevoir des denrées alimentaires distribuées dans une cuisine communautaire, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 23 juillet 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)

La source proche du dossier a affirmé que la principale exigence d’Israël avait déjà été satisfaite : l’arrêt de ses opérations militaires à Gaza.

Netanyahu s’y était initialement opposé et avait autorisé une série de frappes meurtrières à travers toute la bande de Gaza, immédiatement après l’approbation du plan de désarmement par le Hamas.

Mais ces frappes se sont nettement calmées depuis le 3 août.

Désormais, le Conseil de Paix attend du Hamas qu’il emboîte le pas en cessant ses propres activités terroristes dans toute la bande de Gaza, selon le diplomate arabe.

Celles-ci incluent le déploiement d’individus armés et en uniforme dans les rues de Gaza, a précisé le diplomate, affirmant que le Hamas avait intensifié ces démonstrations de force en réponse au rejet public du plan de désarmement par Netanyahu.

L’administration Trump ne s’est pas particulièrement inquiétée de la rhétorique publique de Netanyahu contre la proposition, un haut responsable américain ayant déclaré aux journalistes que le Premier ministre cherchait simplement à satisfaire sa base de droite à l’approche des prochaines élections législatives.

Ce qui importe davantage, ce sont les mesures que Netanyahu a discrètement approuvées, telles que l’arrêt des frappes, a fait valoir le responsable américain.

Cependant, le diplomate arabe a souligné la longue liste de mesures qu’Israël doit encore prendre et a exprimé son scepticisme quant à la possibilité qu’elles soient toutes mises en œuvre avant les élections prévues le 27 octobre.

Nikolay Mladenov, haut représentant du Conseil de Paix, s’exprimant lors de la réunion du Conseil dans le cadre de la réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF), à Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026. (Crédit : Fabrice Coffrini/AFP)

Le compte à rebours commence-t-il dès maintenant ?

Alors que le haut responsable américain qui s’adressait aux journalistes tentait de faire valoir que l’approbation du plan en quinze points par Israël n’était pas nécessaire, le texte semble indiquer le contraire.

« Le calendrier et les mécanismes de mise en œuvre de cette feuille de route seront élaborés dans les 14 jours suivant son approbation par toutes les parties », peut-on y lire.

À LIRE : L’avenir de Gaza repose sur 3 documents contradictoires et des promesses fragiles

Un responsable du Conseil de Paix avait initialement déclaré au Times of Israel que l’approbation du plan par le Hamas, le 30 juillet, avait déclenché ce délai de 14 jours.

Le lendemain, ce responsable est toutefois revenu sur cette affirmation, insistant sur le fait que le délai de 14 jours ne commencerait pas avant qu’Israël n’ait donné son accord total.

Le Conseil de Paix n’a pas encore déclaré publiquement le début de ce délai initial, et le diplomate arabe a indiqué qu’une annonce pourrait ne pas avoir lieu du tout, les médiateurs ne souhaitant pas être tenus à un calendrier qu’ils pourraient bien ne pas être en mesure de respecter.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.