L’avenir de Gaza repose sur 3 documents contradictoires et des promesses fragiles
Donald Trump affirme que le monde soutient son plan en 20 points, mais aucun pays ne l’a signé ; le Hamas promet d’en respecter la première phase sans jamais évoquer son désarmement

La première phase du cessez-le-feu à Gaza est toujours en vigueur, mais elle ne le reste que grâce à un effort diplomatique soutenu des États-Unis.
Quatre hauts responsables de l’administration Trump se sont rendus en Israël la semaine dernière pour s’assurer du maintien de la trêve, et ce, malgré une attaque meurtrière du groupe terroriste palestinien du Hamas contre des soldats de Tsahal à Rafah, ainsi que son refus de restituer la majorité des dépouilles d’otages toujours entre ses mains à Gaza.
« N’agissez pas d’une manière qui mettrait en péril le cessez-le-feu. Nous voulons tout faire pour passer à la deuxième phase », auraient déclaré Jared Kushner et Steve Witkoff, principaux conseillers de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient, à Netanyahu.
Mardi, le Hamas a de nouveau frappé à Rafah. Un terroriste embusqué a tué un réserviste de Tsahal. En réponse à cette violation du cessez-le-feu, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ordonné à l’armée de mener des « frappes puissantes » sur des cibles à Gaza. Selon les autorités de la Santé contrôlées par le Hamas, plus de 100 personnes auraient été tuées.
Mercredi matin, le cessez-le-feu était toutefois rétabli. Netanyahu avait ordonné les frappes avant d’en informer l’administration Trump, mais n’a agi qu’après avoir transmis le message. Les responsables américains auraient incité Israël à limiter sa riposte à l’attaque du sniper et aux manigances du Hamas concernant la restitution des corps des otages tués.
« Rien ne viendra compromettre » le cessez-le-feu à Gaza, a déclaré mercredi le président américain Donald Trump.
Malgré cette assurance affichée, Trump – ainsi que les autres dirigeants ralliés à son plan de paix – avait de nombreuses raisons de douter de la viabilité du cessez-le-feu, et plus encore de sa vision pour Gaza.
Les parties restent empêtrées dans la première phase de l’accord, qui prévoit le retour de tous les otages, vivants ou morts, la libération de près de 2 000 terroristes et prisonniers sécuritaires palestiniens, ainsi que la restitution de centaines de Palestiniens morts. Cette phase initiale, censée être la plus simple, se révèle précaire depuis son entrée en vigueur le 10 octobre.
Une grande partie des tensions entourant le cessez-le-feu découle des violations commises par le Hamas et de la volonté d’Israël d’y répondre avec fermeté. Les actions du Hamas risquent de compromettre l’ensemble de l’accord, alors même que la trêve et la phase de libération des otages constituaient déjà des points de tension.
Les termes exacts de cet accord n’étaient d’ailleurs pas entièrement clairs. Les parties ne s’étant pas entendues sur les documents de cessez-le-feu jugés contraignants. Et quelles que soient les obligations que le Hamas estime avoir, le flou persistant sur plusieurs points essentiels semble donner au groupe des raisons de penser qu’il pourra contourner la vision défendue par Trump d’une bande de Gaza où le Hamas n’aurait plus aucun rôle.
Document 1 – Le plan en 20 points de Trump
Si les responsables israéliens et américains font régulièrement référence au « plan en 20 points » de Trump comme base du processus en cours, ce n’est pas le seul document de cessez-le-feu en circulation.
Trump a en effet présenté un plan en 20 points définissant un processus à long terme visant à instaurer une bande de Gaza « déradicalisée et sans terrorisme », fondée sur le dialogue interconfessionnel et la reconstruction de l’enclave.
« Le Hamas et les autres factions acceptent de ne jouer aucun rôle dans la gouvernance de Gaza, que ce soit directement, indirectement ou sous quelque forme que ce soit », peut-on lire dans le plan de Trump. « Toutes les infrastructures militaires, terroristes et offensives, y compris les tunnels et les installations de production d’armes, seront détruites et ne seront pas reconstruites. »
Selon le document, le Hamas devait également être entièrement désarmé.
Et il est très clair que le mouvement était tenu de libérer tous les otages dès le départ : « Dans un délai de 72 heures après l’acceptation publique de cet accord par Israël, tous les otages, vivants ou décédés, seront restitués », précise le texte. Ce n’est qu’après la remise de tous les otages, vivants et morts, poursuit le document, « qu’Israël libérera 250 prisonniers condamnés à perpétuité ainsi que 1 700 Gazaouis arrêtés après le 7 octobre 2023 ».
Appliqué dans son intégralité, ce document revient à une capitulation du Hamas et à la réalisation des objectifs de guerre d’Israël.
Il convient toutefois de noter que ce plan en 20 points n’a jamais été signé, ni par Israël ni par le Hamas.
Il a plutôt été accepté publiquement par Netanyahu lors de sa dernière visite à la Maison Blanche, le 29 septembre.
Il a également été approuvé par le Hamas dans un communiqué publié le 3 octobre, mais assorti de conditions importantes.
« Afin de parvenir à une cessation des hostilités et à un retrait complet de la bande de Gaza », déclarait le Hamas, « le mouvement annonce son accord pour libérer tous les prisonniers israéliens [otages], vivants ou morts, selon la formule d’échange contenue dans la proposition du président Trump, à condition que les conditions sur le terrain pour l’échange soient remplies. »
Le mouvement ajoutait qu’il « renouvelait son accord pour remettre l’administration de la bande de Gaza à un organe palestinien composé d’indépendants (technocrates), sur la base d’un consensus national palestinien et du soutien arabe et islamique ».
Quant aux « autres questions mentionnées dans la proposition du président Trump » – un euphémisme pour désigner le désarmement –, le Hamas indiquait que celles-ci « seraient discutées dans un cadre national palestinien global ».
Il ne s’agissait donc pas d’un engagement ferme, définitif et explicite à appliquer les 20 points. Trump a néanmoins immédiatement salué cette réponse comme la preuve que le Hamas était « prêt pour une paix durable » et a continué à la présenter comme une acceptation du plan.
Document 2 – Le document d’une page de Charm el-Cheikh
La veille du début du cessez-le-feu, un autre document a été signé à Charm el-Cheikh, par Israël, le Hamas et les pays médiateurs. Cet instrument d’une page présentait les « étapes de mise en œuvre » ainsi qu’une carte du redéploiement de Tsahal conformément au plan Trump.
Le document de Charm el-Cheikh se concentre sur la première phase du programme de Trump, principalement l’échange d’otages contre des prisonniers.
Bien que les grandes lignes du document soient globalement similaires à celles de la vision en vingt points, il existe d’importantes différences dans l’ordre des libérations.
Tout comme le plan Trump, ce document d’une page exige que « dans les 72 heures suivant le retrait des forces israéliennes, tous les otages israéliens, vivants ou décédés, détenus à Gaza soient libérés ».
Cette exigence est néanmoins atténuée par une précision ajoutée, selon laquelle, seuls les otages vivants doivent être libérés dans ce délai, tandis que le Hamas est tenu de remettre « les otages décédés en sa possession ». Pour ceux que le groupe terroriste affirme ne pas détenir, il doit partager toutes les informations dont il dispose à leur sujet dans les 72 premières heures.
Une formulation qui permet au Hamas d’affirmer qu’il est incapable de restituer un nombre indéterminé de dépouilles au motif qu’elles ne seraient pas « en sa possession », un terme que le document ne définit pas, tout en étalant le processus sur plusieurs semaines, voire davantage, sans date butoir explicite.
Une autre clause, vague et contradictoire, exige que « le Hamas fasse tout son possible » pour respecter ses engagements concernant la remise des dépouilles et le partage des informations sur le sort des autres otages « dès que possible ».
Le document d’une page demeure tout aussi flou sur le calendrier de libération des terroristes palestiniens par Israël. « À mesure que le Hamas libérera tous les otages, Israël [sic] libérera en parallèle le nombre correspondant de prisonniers palestiniens, conformément aux listes ci-jointes. »
Mais le terme « tous les otages » signifie-t-il qu’Israël n’est pas tenu de libérer les prisonniers avant la remise des 48 otages, morts ou vivants ? Faut-il comprendre qu’il s’applique uniquement aux 20 otages vivants ?
Dans les faits, Israël a libéré l’ensemble des prisonniers palestiniens prévus dès que les otages vivants ont été rapatriés, et ce, avant même la restitution d’une seule dépouille. Le Hamas n’avait par contre remis aucun otage décédé dans le délai de 72 heures, et on ignore quelles informations il a effectivement fournies avant l’expiration de cette échéance. Il reste à ce jour 13 dépouilles dans l’enclave.
Document 3 – Déclaration des dirigeants à Charm el-Cheikh
Il existe également un troisième document, une déclaration signée par Donald Trump et les dirigeants du Qatar, de l’Égypte et de la Turquie lors d’un sommet à Charm el-Cheikh le 13 octobre, en présence de dizaines de dirigeants régionaux et mondiaux.
Le sommet s’est tenu juste après le discours de Donald Trump à la Knesset à Jérusalem.
Le document n’aborde pas les détails du cessez-le-feu à Gaza. Il exprime plutôt son soutien au plan de Trump et l’espoir « d’un nouveau chapitre pour la région, marqué par l’espérance, la sécurité et une vision commune de la paix et de la prospérité ».
Les quatre dirigeants y affirment leur détermination à « éradiquer l’extrémisme et la radicalisation sous toutes leurs formes » et saluent « les relations amicales et mutuellement bénéfiques entre Israël et ses voisins régionaux ».
Non seulement le document ne s’engage ni à exclure le Hamas du pouvoir ni à exiger son désarmement. Le groupe terroriste n’y est même pas mentionné
Mais c’est à peu près tout.
S’il déborde de bonnes intentions, le texte reste extrêmement vague. Il ne s’engage ni à exclure le Hamas du pouvoir ni à exiger son désarmement, le groupe terroriste n’y est même pas mentionné.
Parmi les signataires figure la Turquie, ouvertement pro-Hamas et hostile à Israël, ainsi que le Qatar, avec lequel le gouvernement Netanyahu entretient des relations complexes et ambiguës. Ces relations ont conduit, entre autres, à encourager le financement par Doha de la bande de Gaza dirigée par le Hamas, à des soupçons de conflits d’intérêts au sein du cabinet du Premier ministre, et à un raid aérien manqué de l’armée de l’air israélienne contre des dirigeants du Hamas à Doha.
Israël n’a pas signé le document. Trump avait obtenu une invitation de dernière minute au sommet pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu de la part du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi, mais Netanyahu a décliné l’invitation en raison de la proximité de l’événement avec le début de la fête de Simhat Torah.
Une ambiguïté voulue
S’exprimant la semaine dernière au nouveau Centre de coordination civil-militaire américano-israélien de Kiryat Gat, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a évoqué les pays « qui ont signé ce plan ».
« Tous ceux qui ont signé ce plan, a-t-il déclaré, tous ces autres pays étaient d’accord, tout le monde était d’accord, pour dire que le Hamas ne saurait ni gouverner ni participer à la gouvernance future de Gaza. Tout le monde était d’accord là-dessus. »
En réalité, rien ne permet d’affirmer que les pays ayant exprimé leur soutien au plan en vingt points de Trump pour Gaza, y compris ceux réunis au sommet de Charm el-Cheikh et ceux ayant envoyé des représentants au siège du CMCC, aient jamais adhéré à l’idée d’écarter le Hamas du pouvoir.
La Turquie, le Qatar et l’Égypte sont les seuls à avoir signé la déclaration de Charm el-Cheikh, qui salue « la mise en œuvre par toutes les parties de l’accord de paix Trump » et engage ses signataires à « appliquer cet accord de manière à garantir la paix, la sécurité, la stabilité et des perspectives pour tous les peuples de la région, y compris les Palestiniens et les Israéliens ».
Les nombreux autres pays présents au sommet de Charm el-Cheikh n’ont, eux, rien signé.
Israël, le Hamas et les médiateurs égyptiens, qataris et américains ont signé le document d’une page daté du 9 octobre, mais celui-ci ne traite que de la première phase de l’accord, et non du désarmement du Hamas ou de la gouvernance de Gaza.
Personne n’a signé le plan en vingt points de Trump, qui exige explicitement que le Hamas renonce à ses armes et à toute forme de pouvoir.
L’ambiguïté entourant les engagements d’Israël et du Hamas, ainsi que les obligations exactes des pays chargés de superviser la mise en œuvre du cessez-le-feu, laisse au Hamas une grande marge de manœuvre pour se soustraire aux clauses qui lui sont défavorables et prolonger indéfiniment le processus.
Elle contraint également Israël à s’en remettre aux promesses de Trump concernant le désarmement du Hamas plutôt qu’à un engagement signé du mouvement.
L’ambiguïté du processus de Gaza n’est sans doute pas fortuite et semble suivre une logique calculée.
Si Trump avait insisté pour que toutes les parties concernées signent chaque élément de sa vision en 20 points, il aurait eu beaucoup moins de chances de rallier autant de partenaires internationaux, et encore moins le Hamas.
En optant pour une approche délibérément ambiguë, le président a permis à chacun des acteurs de croire que ses préoccupations étaient prises en compte, privilégiant la dynamique du processus à la clarté de ses termes.
« La phase deux commence MAINTENANT !!! » déclarait Trump sur Truth Social le 14 octobre, quatre jours seulement après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, alors que 24 dépouilles d’otages se trouvaient encore à Gaza.
C’était une déclaration pour le moins optimiste, même selon les standards de Trump, mais il a veillé à ce que la trêve se poursuive malgré les violations graves répétées du Hamas et la frustration croissante en Israël face aux restrictions imposées par Washington à sa riposte.
Israël a encore beaucoup de pain sur la planche. Le pays devra trouver un équilibre entre son engagement à ramener les otages tués restants, sa volonté d’aboutir au désarmement du Hamas et la nécessité de dissuader le groupe terroriste de poursuivre ses attaques contre les soldats de Tsahal.
C’est à Netanyahu de concilier ces impératifs tout en faisant face à des critiques internes qui l’accusent d’être trop indulgent envers le Hamas et, comme toujours, en veillant à ne pas froisser Trump.
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