Réactions politiques en Israël : « échec cuisant » ou « fausse impression de défaite »
Aryeh Deri a vivement critiqué les opposants de Benjamin Netanyahu, les accusant de nuire à l'État pour tirer des gains politiques
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Mercredi, quatre figures de l’opposition israélienne ont dénoncé l’accord de cessez-le-feu conclu entre Washington et Téhéran, le qualifiant d’échec cuisant et accusant le Premier ministre Benjamin Netanyahu de n’avoir atteint aucun des objectifs de guerre qu’il avait annoncés.
« Jamais dans toute notre histoire, nous n’avons connu un tel désastre politique », a écrit Yaïr Lapid, chef du parti Yesh Atid et premier parti d’opposition à la Knesset, sur le réseau social X.
« Israël n’a même pas été consulté lorsque des décisions concernant les fondements de notre sécurité nationale ont été prises », a ajouté le chef de l’opposition, qui avait apporté son plein soutien à la guerre lors de son déclenchement fin février.
La trêve a été annoncée dans la nuit par Donald Trump quelques heures avant que le bureau de Netanyahu n’annonce dans un communiqué le soutien d’Israël à « la décision du président Trump de suspendre les frappes contre l’Iran pendant deux semaines ».
« L’armée a accompli tout ce qui lui a été demandé et la population a fait preuve d’une résilience remarquable, mais Netanyahu a échoué sur les plans politique et stratégique, et n’a atteint aucun des objectifs qu’il s’était lui-même fixés », a poursuivi Lapid, ancien Premier ministre.
Netanyahu a justifié la guerre déclenchée par l’attaque conjointe des Etats-Unis et d’Israël sur l’Iran le 28 février par la nécessité « d’éliminer la menace existentielle » que faisait peser, selon lui, la République islamique sur Israël avec ses programmes nucléaire et balistique.
Le Premier ministre, qui compte se représenter aux prochaines élections, prévues au plus tard fin octobre, a également incité à plusieurs reprises les Iraniens à se soulever et à renverser la République islamique.
« Il nous faudra des années pour réparer les dégâts politiques et stratégiques causés par Netanyahu en raison de son arrogance, de sa négligence et de son absence de planification stratégique », a déclaré Lapid.
« Netanyahu a menti. Il a promis une ‘victoire historique’ et la sécurité pour des générations, et en pratique, nous avons essuyé l’un des échecs stratégiques les plus graves qu’Israël ait connus », a déclaré de son côté Yaïr Golan, chef de l’alliance de gauche Les Démocrates, qualifiant le Netanyahu de « dangereux pour Israël ».
« Aucun des objectifs n’a été atteint », a-t-il ajouté sur X.
« Le programme nucléaire n’a pas été détruit. La menace balistique demeure. Le régime […] en ressort même plus fort. »
« L’échec politique et stratégique de Netanyahu est encore plus grave. Il a laissé Israël en dehors de la salle des négociations. Israël a perdu la capacité d’influencer et de renforcer sa sécurité nationale. Les décisions concernant notre sécurité sont désormais prises sans qu’il ait son mot à dire », a déclaré Golan, ajoutant que l’Iran, les groupes terroristes palestinien du Hamas et chiite libanais du Hezbollah seront en mesure de « se reconstruire et de sortir plus forts du prochain cycle » grâce à l’accord conclu entre Téhéran et Trump.
« Tant que ce gouvernement sera en place, Israël ne sera pas en sécurité. Netanyahu a commis un crime contre la sécurité d’Israël. Il ne peut pas rester aux commandes la prochaine fois », a déclaré Golan.
Dans une autre critique de l’opposition, le chef du parti Kakhol Lavan, Benny Gantz, a déclaré que les annonces de cessez-le-feu « n’ont aucune signification ; seuls les résultats que nous verrons dans les jours et les mois à venir comptent ».
« Cette campagne ne doit pas s’achever sans qu’un accord ait été conclu sur la destruction ou l’élimination de l’uranium, l’arrêt de la production de missiles balistiques et la cessation par l’Iran de l’armement de ses mandataires », a-t-il ajouté, appelant Israël à se réserver, dans tout accord futur, « la liberté d’agir contre toute tentative iranienne de se reconstituer, de continuer à intervenir contre le Hezbollah et de maintenir son contrôle sur le sud du Liban jusqu’à ce que le Hezbollah soit désarmé et que la menace pesant sur les habitants du nord soit écartée ».
Selon Avigdor Liberman, chef du parti nationaliste Yisrael Beytenu, le cessez-le-feu « accorde au régime des ayatollahs un répit et la possibilité de se réorganiser ».
« Tout accord avec l’Iran sans que [la République islamique] renonce à vouloir détruire Israël, à l’enrichissement d’uranium et à la production de missiles balistiques […] signifie que nous devrons repartir en campagne [militaire] dans des conditions plus difficiles et que nous aurons alors à payer un prix plus lourd », a-t-il écrit sur X.
Prenant ses distances avec les autres dirigeants de l’opposition, l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, opposant de droite à Netanyahu, s’est exprimé dans la soirée.
Lors d’une intervention télévisée en direct, Bennett a affirmé que le Premier ministre n’avait pas atteint les objectifs de la guerre, ce qui « laissera Israël face à un Iran assoiffé de vengeance, encore plus déterminé à se doter de l’arme nucléaire ».
« La raison pour laquelle tant de gens se sentent déçus ce soir, c’est que les dirigeants nous ont vendu des illusions », a-t-il poursuivi.
« Toutes leurs promesses creuses nous ont explosé au visage. Malheureusement, nous voyons tous de nos propres yeux que le Hamas se renforce. Le Hezbollah et l’Iran sont debout, et cela arrive parce qu’un gouvernement qui démantèle Israël de l’intérieur ne peut vaincre l’ennemi de l’extérieur. »
En reportant toute action contre l’Iran, le Hezbollah et le Hamas pendant des années, le gouvernement leur a permis de « prendre des proportions monstrueuses », a-t-il ajouté, appelant à la création d’une commission d’enquête nationale et à la conscription immédiate des ultra-orthodoxes.
Le chef du parti Shas, Aryeh Deri, a vivement critiqué l’opposition pour avoir critiqué le gouvernement, l’accusant de nuire à l’État dans la poursuite d’objectifs politiques.
« Il est regrettable de voir d’anciens Premiers ministres, ministres de la Défense et chefs d’état-major agir contre l’État pour obtenir des gains politiques à court terme », a déclaré Deri, affirmant clairement que la guerre avait permis d’obtenir « d’immenses résultats aux côtés de nos alliés américains » et soutenant que « quiconque cherche à créer une fausse impression de défaite prouve que la politique compte plus pour lui que le patriotisme ».
Dans une interview accordée à la radio 103FM, le ministre des Affaires de la Diaspora, Amichaï Chikli (Likud), a indiqué qu’il s’agissait d’une « erreur » de conclure un cessez-le-feu avec l’Iran et qu’il doutait que cette trêve dure.
« Je pense que c’était une erreur de conclure un cessez-le-feu à ce stade. Avec des pays comme ceux-là, l’Empire japonais, l’Allemagne nazie, il faut les mettre à genoux », a déclaré Chikli.
Il estime à 50 % les chances que le cessez-le-feu dure.
Il a toutefois salué les acquis de la guerre et a déclaré que les seules personnes affirmant qu’Israël avait perdu étaient « les commentateurs de gauche aux États-Unis et en Israël, ainsi que les vestiges des Gardiens de la Révolution ».
« L’Iran a perdu son statut de puissance régionale », a insisté Chikli, ajoutant que son « Axe de la résistance » s’était « effondré ».
« Je me demande si nous avons obtenu des résultats considérables, si nous avons créé une nouvelle réalité dans le nord, à la frontière avec Gaza, au Moyen-Orient. La réponse est oui, oui et oui. »
De son côté, le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar (Likud) a appelé Israël à « aller jusqu’au bout au Liban » et à ne pas se laisser dissuader par les menaces iraniennes – affirmant que « le terrorisme est vaincu par la force » et « non par la négociation ».
La guerre a fait 23 morts en Israël, victimes de missiles tirés depuis l’Iran ou le Liban par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, allié de Téhéran.
« Le cessez-le-feu ne s’applique pas au Liban, où la bataille continue contre le Hezbollah », a annoncé l’armée israélienne, qui a perdu douze soldats au combat dans le sud du Liban depuis que le groupe terroriste chiite libanais s’est joint aux hostilités, le 2 mars.
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