Sde Teiman: La police aurait déjoué un « coup d’État » orchestré par Asher Kula
Des sources critiquent l'enquêteur choisi par le gouvernement pour avoir exigé des documents d'enquête alors que sa nomination par Yariv Levin à la suite de la récusation de la procureure générale n'a pas été approuvée par la Haute Cour
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Selon certaines informations qui ont cité une source haut placée au sein des forces de l’ordre, une tentative du gouvernement de « bafouer la démocratie » a été contrecarrée par des hauts responsables de la police qui ont refusé jeudi de remettre les documents de l’enquête sur la fuite de la vidéo de Sde Teiman à Asher Kula, choisi par le ministre de la Justice Yariv Levin pour superviser les investigations.
« Il s’agit là de la tentative la plus solide à ce jour de bafouer la démocratie », a déclaré vendredi la source au siège national de la police, des propos repris par la chaîne N12.
« Mais le commissaire de police Danny Levy, chef des enquêtes, le commissaire adjoint Boaz Blatt, et le conseiller juridique de la police, le commissaire adjoint Elazar Kahana, l’ont personnellement déjouée » en exigeant que la Haute Cour approuve la nomination de Kula avant que celui-ci ne soit autorisé à accéder aux documents de l’enquête, a ajouté la source.
Mardi, Levin, dans une tentative d’écarter la procureure générale Gali Baharav-Miara, a fait appel à Kula, médiateur d’Etat pour les juges, pour superviser l’enquête visant l’ancienne avocate générale militaire Yifat Tomer-Yerushalmi, accusée d’avoir divulgué une vidéo de surveillance datant de l’an dernier, semblant montrer des soldats maltraitant gravement un détenu gazaoui dans le centre de détention.
Baharav-Miara, à son tour, a accusé Levin d’avoir abusé de son autorité en nommant Kula. Elle avait pour sa part cherché à transférer l’enquête au bureau du procureur de l’Etat, après avoir reçu jeudi un avis du conseiller juridique du ministère de la Justice selon lequel la procureure générale devait se récuser, au motif que, dans une enquête antérieure qu’elle avait supervisée sur le bureau de Tomer-Yerushalmi, elle avait déterminé que l’affaire devait être classée sans enquête pénale.
Plusieurs membres de la droite ont accusé Baharav-Miara, que le gouvernement souhaite depuis longtemps évincer, de complicité dans la fuite concernant Sde Teiman et dans sa dissimulation ultérieure. Toutefois, selon certaines informations, Tomer-Yerushalmi a indiqué aux enquêteurs qu’elle avait caché son identité à d’autres personnalités du système judiciaire.
Le conflit qui oppose Levin et Baharav-Miara devait être porté devant la Haute Cour. Toutefois, suite à l’avis juridique selon lequel Baharav-Miara devrait se récuser, Kula, selon certaines informations, a contacté la police jeudi, exigeant d’avoir accès aux documents de l’enquête.
Selon Haaretz, Kula a fait valoir que sa nomination par Levin était légalement valide, la Haute Cour n’ayant pas émis d’injonction s’y opposant, même si elle avait accepté la récusation de Baharav-Miara.
Quelques heures plus tard, d’après Haaretz, dès que Kula a réalisé que la police ne cèderait pas immédiatement à sa demande, il a publié une déclaration officielle, dans laquelle il indiquait que toutes ses actions seraient « strictement conformes à la directive de la Haute Cour ». Néanmois, a rapporté le journal, vendredi, Kula exigeait toujours l’accès aux documents de l’enquête.
De hauts responsables des forces de l’ordre, dont les propos ont été cités par Haaretz, ont pour leur part accusé Kula de « tenter de profiter de l’occasion pour consulter les documents de l’enquête et donner ses propres ordres, alors qu’il était parfaitement conscient que la Haute Cour n’avait pas encore rendu sa décision ».
« C’est un comportement inacceptable, et de surcroît pour un homme qui occupe le poste de médiateur d’Etat pour les juges », ont souligné ces responsables, ajoutant que Levy, le chef de la police, était déterminé à conformer ses actes à la décision de la Haute Cour, malgré les pressions exercées par Kula « et par d’autres hauts responsables ».
Selon la source citée par la chaîne N12, Levin a fait pression sur les hauts responsables de la police pour que ceux-ci approuvent la nomination de Kula.
« Si une telle chose s’était produite, alors nous aurions été témoins d’un véritable coup d’État », a affirmé la source. « Ce moment-là aurait marqué la fin de la démocratie. »
C’est en août 2024 que la vidéo de surveillance de Sde Teiman a été divulguée à la chaîne N12, quelques jours après que des policiers militaires masqués ont arrêté neuf réservistes à Sde Teiman, soupçonnés d’avoir contribué aux mauvais traitements infligés à un détenu gazaoui, qui a souffert de blessures graves, notamment au rectum.
Tomer-Yerushalmi, qui a démissionné la semaine dernière après avoir reconnu être à l’origine de la fuite de la vidéo, a expliqué avoir agi ainsi pour parer aux critiques publiques qui avaient, à leur paroxysme, entraîné l’assaut par des foules d’extrême droite de Sde Teiman et du tribunal militaire de Beit Lid, où les suspects avaient été transférés.
Si cinq des réservistes ont été inculpés au mois de février, l’issue du procès est toutefois incertaine, depuis qu’il a été révélé la semaine dernière que le détenu maltraité avait été libéré et renvoyé à Gaza, dans le cadre de l’accord de trêve et d’échange d’otages conclu le 9 octobre entre Israël et le Hamas.
Tomer-Yerushalmi, la semaine dernière, a confié à la police qu’elle avait réussi à dissimuler son identité en tant que source de la fuite, et que personne en dehors de son bureau n’était impliqué dans cette divulgation ni ne savait qu’elle en était l’auteur, a fait savoir vendredi la chaîne publique Kan.
Aucune preuve n’a été trouvée au cours de l’enquête qui indiquerait que quelqu’un au sein du bureau de la procureure générale, du procureur de l’État ou du chef d’état-major de l’armée israélienne était au courant de l’implication de Tomer-Yerushalmi, a ajouté Kan.
Dimanche, Tomer-Yerushalmi a disparu pendant deux heures avant d’être retrouvée saine et sauve sur une plage de la région de Tel Aviv. On craignait alors qu’elle ait pu mettre fin à ses jours.
L’ancienne avocate générale de l’armée israélienne a ensuite été placée en détention, puis relâchée vendredi et assignée à résidence pendant 10 jours, moyennant le versement d’une caution de 20 000 shekels. Elle fait face à des accusations de fraude et d’abus de confiance, d’abus de pouvoir, d’entrave à la justice et de divulgation illégale de documents.
Elle a affirmé avoir perdu son téléphone, dans lequel se trouveraient des preuves importantes, tombé dans la mer durant sa disparition. Un nageur civil l’a retrouvé par hasard vendredi matin.
Jeremy Sharon a contribué à cet article.
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