Un Juif va diriger les études hébraïques à Cambridge – une première depuis Henri VIII
Aaron Koller quitte la Yeshiva University pour prendre un poste jusqu'alors réservé aux ecclésiastiques anglicans, qui enseigneaient l'hébreu dans la tradition anglicane
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JTA — Depuis 1540, ils sont plusieurs érudits à avoir porté le titre de Regius Professor d’hébreu à l’Université de Cambridge. Mais aucun de ces spécialistes des études hébraïques et sémitiques n’était juif – du moins jusqu’à cette année.
En septembre 2025, Aaron Koller sera en effet le tout premier Juif à rejoindre le département d’études moyen-orientales de l’université en qualité de professeur Regius d’hébreu, fonction créée par le roi Henri VIII. Koller va donc quitter New York, où il enseigne à la Yeshiva University l’hébreu des textes bibliques aux textes médiévaux, depuis l’obtention de son doctorat en 2009.
De l’avis même de Koller, il n’est guère étonnant qu’aucun Juif n’ait occupé ces fonctions auparavant. Henri VIII, qui a fondé l’Église d’Angleterre en même temps que le poste de professeur, tenait à ce que ce soit les ecclésiastiques anglicans qui enseignent l’hébreu dans la plus pure tradition anglicane, idée qui a perduré jusqu’à très récemment.
« Il y a de cela cinquante ans, personne ne se serait ému qu’aucun Juif n’ait occupé ce poste », explique Koller dans une interview. « C’était clairement – pas officiellement, mais très clairement – destiné à un professeur anglican spécialiste de l’Ancien Testament. »
C’est à son prédécesseur, Geoffrey Khan, que Koller, qui a passé l’année universitaire 2022-23 à Cambridge, attribue le mérite d’avoir amené le vent du changement. Khan n’est en effet ni membre de l’Église anglicane ni spécialiste de l’Ancien Testament, mais un spécialiste des langues sémitiques, de surcroît d’origines croisées, britanniques, indiennes et iraniennes.
Dans le cadre de ses prochaines fonctions, Koller entend promouvoir l’étude des textes hébraïques produits au cours des milliers d’années qui séparent la Bible hébraïque de l’État moderne d’Israël, en s’appuyant sur la richesse des manuscrits de Cambridge – avec entre autres, la Genizah du Caire, la vaste collection de manuscrits médiévaux découverts en Égypte à la fin du XIXe siècle. Koller espère que la présentation de ces écrits aux étudiants les éveillera à de nouvelles manières d’envisager l’histoire culturelle et intellectuelle du monde.
Tout premier professeur juif Regius, Koller ne souhaite pas que l’on fasse de son département un département d’ « études juives pour les Juifs ». Aux États-Unis, les départements d’études juives ont tendance à attirer des étudiants juifs curieux de mieux connaître leur identité et leurs origines. Cela répond à un besoin ô combien précieux, estime Koller, mais il entend pour autant faire des études hébraïques un centre d’intérêt pour tous les étudiants curieux de comprendre l’hébreu, dans une perspective humaniste, en abordant les mêmes questions historiques et philosophiques qui attirent les étudiants vers l’étude du grec ancien ou du latin.
« Personne ne pense que les études grecques sont réservées aux Grecs », poursuit-il. « Les spécialistes des études grecques répètent à l’envi qu’elles revêtent une importance et une signification universelle. Ce n’est ni pour tout le monde ni pour un certain type de personnes ; c’est l’intérêt qui prime. C’est ainsi que j’envisage les choses pour les études hébraïques à Cambridge. »
En matière de représentation de la chaire Regius au sein du corps professoral, il reste des progrès à faire.
« Il n’y a toujours pas eu de femme à ce poste », conclut Koller. « Il faudra se pencher sur la question. »
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