Washington qualifie l’audit sur le « pay-to-slay » par l’Autorité palestinienne de « supercherie «
Ces aides seraient désormais subordonnées à la situation financière du détenu plutôt qu'à la durée de sa peine, mais le département d'État souligne que les "filières clandestines de contournement" n'ont pas été examinées
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Dimanche, le département d’État américain a accusé l’Autorité palestinienne (AP) de tenter de « duper » la communauté internationale en lui faisant croire qu’elle avait mis fin à son programme d’aides sociales qui consiste à encourager les attaques terroristes contre les Israéliens et désigné sous le nom de « pay-to-slay » (payer pour tuer), rejetant ainsi les conclusions d’un audit externe présumé.
En février 2025, le dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, avait signé un décret mettant fin au « pay-to-slay », qui subordonnait les versements aux prisonniers palestiniens détenus pour des raisons de sécurité à la durée de leur peine, et a mis en place un nouveau système liant toutes les allocations sociales à la situation financière des bénéficiaires.
Le scepticisme initial de Washington face à cette annonce s’est intensifié lorsqu’il a été découvert, en novembre, qu’une nouvelle série de versements avait été effectuée selon l’ancien mécanisme. Si Abbas a limogé son ministre des Finances à la suite de cette infraction, Ramallah n’est pas parvenu à regagner la confiance de l’administration Trump sur cette question.
L’AP a chargé le cabinet de conseil international de renom Alvarez & Marsal d’effectuer un audit de son nouveau système d’affaires sociales, contrôlé par l’Institution palestinienne pour l’autonomisation économique nationale (PNEEI, ou « Tamkeen » en arabe).
Ce mois-ci, l’AP a annoncé que l’audit avait confirmé la bonne mise en œuvre de la réforme de son programme d’aides sociales.
Les États-Unis ont réagi en appelant l’AP à rendre cet audit public.
La semaine dernière, Ramallah a publié le compte-rendu de l’audit réalisé par A&M, qui confirme les résultats annoncés par Ramallah.
L’audit a identifié une série de paiements illicites effectués en novembre 2025 dans le cadre de l’ancien système, mais a noté que l’AP avait informé A&M que ces paiements concernaient des obligations accumulées avant l’annonce de la réforme de février 2025. L’audit a indiqué que des documents supplémentaires étaient encore nécessaires pour vérifier de manière indépendante que les anciens mécanismes de paiement avaient bien été définitivement supprimés.
Dans l’ensemble, les auditeurs ont toutefois conclu que la réforme avait réussi à dissocier le nouveau programme d’aide financière du précédent système de paiement aux détenus, tout en recommandant de renforcer la documentation, l’automatisation et les contrôles financiers afin de garantir que cette dissociation demeure pérenne.
Interrogé sur le sujet, un porte-parole du département d’État a répondu :
« L’examen commandé par l’Autorité palestinienne n’a porté que sur la nouvelle institution chargée des prestations sociales [Tamkeen] sans se pencher sur les divers canaux clandestins de contournement que l’AP a mis en place autour d’elle, à l’insu de la communauté internationale », a déclaré le porte-parole dans un communiqué adressé au Times of Israel.
« Cet audit ne saurait à lui seul constituer une preuve que les paiements au titre du programme ‘pay-to-slay’ ont cessé. Il n’a reçu ni examiné aucune preuve concernant la poursuite des versements aux terroristes et à leurs familles, qui sont dissimulés sous forme de faux salaires, de fausses retraites ou simplement remis en espèces », a poursuivi le porte-parole du département d’État, laissant entendre que l’Autorité palestinienne utilisait désormais ces méthodes pour rémunérer les familles des prisonniers et des terroristes tués, sans toutefois fournir de preuves.
Le gouvernement israélien a formulé des accusations similaires.
« L’AP tente de faire croire à la communauté internationale qu’elle a respecté son engagement de mettre fin au système de ‘pay-to-slay’ en présentant l’audit d’A&M comme preuve. Le fait que l’AP n’ait pas publié l’intégralité de cet audit devrait suffire à éveiller les soupçons, car une telle divulgation mettrait à nu sa supercherie », poursuit le communiqué du département d’État.
Une source proche du dossier a indiqué que le reste de l’audit était essentiellement technique, mais a précisé que l’AP avait remis le document dans son intégralité à l’administration Trump.
« L’Union européenne et les autres bailleurs de fonds internationaux ne doivent pas se laisser berner par cette supercherie. Les examens et les audits comptables ne permettront pas de mettre au jour toute l’étendue du nouveau système de ‘pay-to-slay’ de l’AP qui, à l’instar d’opérations sophistiquées de blanchiment d’argent à grande échelle, est spécialement conçu pour échapper à ce type de contrôle », a affirmé le porte-parole du département d’État.
« Il incombe à l’AP de prouver qu’elle a mis fin au système de ‘pay-to-slay’ de manière sincère et irréversible », a-t-il ajouté.
« Les manœuvres et les manipulations de l’AP sont évidentes et ne mèneront à rien. L’AP doit mettre fin à toutes les formes d’encouragement, de glorification et de récompense du terrorisme. »
Selon Ramallah, les résultats positifs de cet audit suffiraient à convaincre les États-Unis de mener une analyse similaire du programme, afin que Washington considère que Ramallah se conforme à la législation du Congrès qui interdit toute aide à l’AP tant que les versements aux prisonniers, calculés en fonction de la durée de leur peine, se poursuivent.
Cette loi, le Taylor Force Act, oblige le secrétaire d’État américain à rendre compte au Congrès tous les 180 jours pour indiquer si l’AP a mis fin au « pay-to-slay ». Le dernier rapport adressé au Congrès avait établi que ce programme était toujours en vigueur, mais ce rapport reposait exclusivement sur des informations accessibles au public – informations qui avaient été fournies par le gouvernement israélien et par plusieurs organisations qui dénoncent depuis longtemps l’Autorité palestinienne.
Les responsables israéliens s’efforcent quant à eux de réfuter les affirmations de l’AP selon lesquelles les versements aux familles des prisonniers auraient pris fin. Un diplomate européen a ainsi déclaré au Times of Israel que les responsables israéliens sollicitaient des réunions pour démontrer le caractère fallacieux de la réforme annoncée par Ramallah.
Pay-for-slay is still official Palestinian Authority policy.
As Euractiv reports, “It is not a phasing-out of the pay-for-slay policy. Rather, the money has gone underground through a systematic effort to make these channels covert and clandestine."
European taxpayers money…
— Israel Foreign Ministry (@IsraelMFA) July 9, 2026
Un responsable israélien a déclaré au Times of Israel que l’audit d’A&M ne devait pas être pris au sérieux, car seules les agences de renseignement seraient en mesure de détecter les versements qui se poursuivent en sous-main.
Ce responsable a indiqué que l’AP poursuit également sa politique consistant à récompenser d’anciens prisonniers en leur offrant un emploi après leur libération par Israël.
Un responsable palestinien a affirmé que la campagne menée par Israël contre la réforme de l’AP s’inscrit dans le cadre d’une stratégie plus large visant à délégitimer Ramallah et à provoquer son effondrement.
Jérusalem bloquerait actuellement le transfert de milliards de dollars provenant des recettes fiscales palestiniennes, qui constituent l’essentiel du budget de l’AP, empêchant Ramallah de verser les salaires de plus de 150 000 fonctionnaires.
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a également pris des mesures visant à paralyser gravement le secteur bancaire palestinien, qui, de ce fait, n’a pas pu utiliser les milliards de shekels qui dorment dans les coffres de Cisjordanie.
la Communauté du Times of Israël !







