Lorsque les pourparlers de réconciliation entre les factions rivales du Hamas et du Fatah ont commencé la semaine dernière, les responsables des deux groupes n’hésitaient pas à qualifier l’atmosphère de « positive ».

Les deux parties ont signé un accord au Caire jeudi dans une ambiance festive. Dans l’accord, le Hamas a officiellement accepté d’abandonner la gouvernance de la bande de Gaza et de la remettre à l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah, en lui laissant notamment le contrôle des postes frontières. Il s’est également engagé à œuvrer en faveur d’un gouvernement d’unité palestinien.

Et pourtant, alors que les deux factions doivent encore évoquer les questions les plus épineuses, notamment celle de l’avenir de l’armée forte de 25 000 soldats du Hamas, il s’est avéré qu’au cours des dernières 24 heures, de hauts-responsables du Hamas ont fait des déclarations qui laisseraient entendre que les relations entre les deux parties connaissent une dégradation rapide.

Trois problèmes sont soudainement arrivés en première ligne : Combien de temps faudra-t-il pour que les sanctions de l’AP contre Gaza soient levées ? Que deviendront les terrains donnés par le Hamas à ses employés durant l’absence de l’AP ? Et l’AP se soumettra-t-elle à l’accord de 2005 passé avec Israël qui stipulait que Ramallah et Jérusalem, ainsi qu’une partie tierce, coordonneraient ensemble la sécurité au poste-frontière sensible de Rafah avec l’Egypte ?

Saleh Arouri, assis à gauche, représentant du Hamas, et Azzam al-Ahmad, assis à droite, représentant du Fatah, pendant la signature d'un accord de réconciliation entre les factions palestiniennes rivales, au Caire, le 12 octobre 2017. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)

Saleh Arouri, assis à gauche, représentant du Hamas, et Azzam al-Ahmad, assis à droite, représentant du Fatah, pendant la signature d’un accord de réconciliation entre les factions palestiniennes rivales, au Caire, le 12 octobre 2017. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)

Lundi, c’est le porte-parole du Hamas Sami Abu Zuhri qui a mis un terme à cette rhétorique de bonne volonté entre les deux ennemis de longue date en critiquant la décision du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas de ne pas lever les sanctions sévères imposées à Gaza et qui ont servi de catalyseur pour ces négociations.

« Aujourd’hui, il n’est pas justifié de continuer les sanctions prononcées à l’encontre de Gaza alors même que le gouvernement de l’AP est satisfait d’évoquer la reprise du contrôle des postes-frontières et les explorations nécessaires pour les recherches de gaz naturel à Gaza », a écrit le porte-parole du Hamas sur son compte Twitter.

Les critiques de Zuhri ont suivi une rencontre du comité central du Fatah à Ramallah qui était présidée par Abbas dimanche soir. Il était attendu que les sanctions soient levées ou, tout du moins, que cette question soit débattue durant cette réunion largement anticipée, mais cela n’a pas été le cas, selon un compte-rendu officiel qui a été publié sur le site d’information de l’Autorité palestinienne, Wafa.

Fawzi Barhoum, autre porte-parole éminent du Hamas, a partagé le même point de vue que Zuhri dans un post publié sur sa page Facebook officielle lundi.

« L’incapacité du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas de répondre aux demandes populaires et nationales d’abandonner ses mesures arbitraires à l’encontre de notre population à Gaza est injustifiable… Il devra endosser la responsabilité de l’exacerbation des crises et des souffrances du peuple », a-t-il écrit.

Depuis le mois de mars, Abbas a commencé à appliquer des mesures sévères dans la bande de Gaza. il s’agissait notamment d’une réduction drastique des salaires pour des milliers de fonctionnaires et la mise en retraite anticipée de milliers de personnes, de coupes budgétaires effectuées à partir des coffres de l’AP pour l’approvisionnement en électricité à Gaza – ne laissant aux habitants de l’enclave côtière que quelques heures d’électricité par jour – ainsi que des coupes importantes dans l’aide médicale et la baisse des consultations médicales octroyées aux Gazaouis qui doivent être soignés hors de l’enclave.

Selon Abbas, toutes ces mesures correspondaient à une baisse de 22 % du budget de l’AP pour Gaza.

Une Palestinienne aide son fils à faire ses devoirs à la lumière des bougies, alors qu'une crise électrique touche la bande de Gaza, dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Une Palestinienne aide son fils à faire ses devoirs à la lumière des bougies, alors qu’une crise électrique touche la bande de Gaza, dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Ces sanctions avaient pour objectif d’obliger le Hamas à abandonner le pouvoir en supprimant son gouvernement séparé. Abbas comme Israël ont affirmé que le Hamas utilisait son budget pour financer son armée tout en demandant à Ramallah de payer la facture pour la gouvernance de Gaza.

Au début du round de négociations actuel, le Hamas a annoncé le démantèlement de son gouvernement et a permis à l’AP de commencer à reprendre les rênes à Gaza. Abbas, toutefois, a indiqué n’être « pas pressé » de lever les sanctions, affirmant qu’il ne le ferait pas avant que l’AP ne gouverne Gaza comme elle le fait en Cisjordanie.

Dimanche, un haut-responsable du Hamas, Moussa Abu Marzouk, a également semé le doute sur la réussite future des pourparlers, estimant que des déclarations faites récemment par des personnalités de l’AP n’étaient pas « de bon augure ».

« La majeure partie des propos négatifs tenus par des responsables de l’Autorité palestinienne sur des questions qui n’ont pas encore été conclues, que ce soit au sujet des employés, des postes-frontières ou de la sécurité, n’est pas de bon augure », a-t-il écrit sur son compte Twitter officiel.

Marzouk n’a pas clairement fait état des paroles qu’il avait trouvé troublantes.

Toutefois, l’une des déclarations auxquelles il a pu se référer était peut-être celle du chef de l’Autorité chargée des terres à l’AP, Saed Nazif, qui a indiqué dimanche que son institution n’acceptera pas la distribution des terrains gouvernementaux telle qu’elle a été pratiquée par le Hamas envers les employés du groupe.

« Ce n’est pas la mission de l’Autorité des terres de protéger les droits des employés… Nous n’avons aucun lien avec ce qui a été distribué aux citoyens durant la période d’absence de l’AP de la bande de Gaza », a-t-il dit.

Le Hamas a commencé à donner des parcelles de terrain en 2014 afin de payer les dettes qu’il devait à des milliers de fonctionnaires.

Marzouk a également pu faire référence à des propos tenus par le porte-parole du Fatah, Osamah Qawasmeh, qui a expliqué samedi que tous les postes-frontières de Gaza – notamment celui de Rafah, situé à la frontière avec l’Egypte – fonctionneraient conformément aux « accords internationaux » signés par l’AP.

Des Palestiniens regardent à la télévision la signature d'un accord de réconciliation au Caire entre des factions palestiniennes rivales, le Hamas et le Fatah, le 12 octobre 2017 à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza (Crédit : AFP / SAID KHATIB)

Des Palestiniens regardent à la télévision la signature d’un accord de réconciliation au Caire entre des factions palestiniennes rivales, le Hamas et le Fatah, le 12 octobre 2017 à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza (Crédit : AFP / SAID KHATIB)

En 2005, Israël et l’AP ont ainsi signé « l’accord de mouvement et d’accès » qui appelait l’AP, l’Egypte et Israël à coopérer en termes de sécurité concernant les postes-frontières de Gaza. Les deux parties acceptaient également la présence d’un observateur issu d’une partie tierce au poste-frontière de Rafah.

La convention stipulait également que « l’AP œuvrera en faveur de la prévention du mouvement des armes et des explosifs au poste-frontière de Rafah ».

Qawasmeh a précisé que l’AP devait reprendre le contrôle des postes-frontières en date du 1er novembre.

Le Hamas, qui est ouvertement engagé en faveur de la destruction d’Israël, a utilisé les postes-frontières de Gaza comme lieux de passage pour le trafic d’armes.

Le groupe terroriste a pris le contrôle de Gaza du Fatah d’Abbas lors d’un coup d’état violent en 2007. Il s’est opposé depuis à Israël lors de trois conflits majeurs.

Dans l’accord signé jeudi, les deux parties ont convenu que l’AP reprendrait totalement la maîtrise de Gaza le 1er décembre. Elles ont également décidé de se rencontrer une nouvelle fois au Caire, le 21 novembre, pour évoquer d’autres questions essentielles.

Qawasmeh, dans une interview parue lundi sur le site d’information Palestine Today, a indiqué que le problème de l’armée du Hamas ne serait pas évoqué durant ce round de négociations parce qu’il est trop explosif.

« Nous n’évoquerons pas le sujet des armes de la résistance parce qu’elles appartiennent aux Palestiniens. Il faudra néanmoins que nous en discutions, mais pas au cours de la visite d’aujourd’hui, afin de ne donner à personne l’occasion de venir menacer la paix », a-t-il dit.