Alex Sinclair, dont la kippa symbolisant la coexistence a été découpée par la police, se demande « ce qui nous attend »
Interpellé pour avoir porté un couvre-chef arborant les drapeaux d'Israël et "palestinien", l'écrivain et militant pour la paix met en garde contre le risque de voir Israël sombrer dans l'illibéralisme
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

JTA — Alex Sinclair n’avait aucune idée de ce qui allait se passer lorsqu’il a publié jeudi sur Facebook une photo de sa kippa découpée.
Sinclair, qui vit dans le centre d’Israël, a déclaré avoir été interpellé par des policiers qui lui ont dit que sa kippa, sur laquelle les drapeaux israélien et palestinien étaient cousus, était illégale. Lorsqu’il a été relâché, on lui a autorisé à reprendre sa kippa, à condition que le drapeau « palestinien » soit découpé, ce qui a réduit sa kippa à peu près de moitié.
Pour cet écrivain et éducateur d’origine britannique, auteur notamment de Loving the Real Israel: An Educational Agenda for Liberal Zionism (« Aimer le vrai Israël : un programme éducatif pour le sionisme libéral »), la situation était révoltante, et pas seulement parce qu’il avait été accusé d’avoir enfreint une loi imaginaire.
« Elle [la policière] s’est emparée de mon bien, un objet rituel religieux, quelque chose qui m’est très cher, et l’a détruit », a-t-il écrit à propos de celle qui lui a rendu sa kippa. Il a ajouté : « Ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je suis rentré chez moi à pied, secoué, en colère, déprimé. »
Un jour après avoir publié le récit de sa mésaventure, qui a suscité des centaines de commentaires presque unanimement favorables, Sinclair a dit n’avoir reçu aucune nouvelle du gouvernement concernant sa publication sur Facebook ou la plainte qu’il avait déposée sur le site Internet de la police israélienne.
Il a toutefois reçu des offres d’aide juridique, des appels de personnalités politiques de gauche, dont Yaïr Golan, ainsi que des fleurs pour Shabbat de la part d’un célèbre militant libéral. Son téléphone n’a pas cessé de sonner sous le flot des appels de journalistes, et une personne qu’il connaît à peine est en train d’organiser un rassemblement devant le commissariat de Modiin, où il avait été placé en garde à vue.
« Je n’ai jamais vécu une telle expérience », a déclaré Sinclair lors d’un entretien accordé vendredi après-midi à la Jewish Telegraphic Agency.
La police a reconnu l’incident, déclarant publiquement qu’un homme avait été détenu après qu’elle eut été contactée au sujet de sa kippa, puis relâché « à l’issue d’un processus de clarification ». En raison de la plainte officielle déposée concernant cette affaire, la police s’est abstenue de tout autre commentaire.
Selon Sinclair, la photo de sa kippa déchirée a trouvé un écho particulier chez les Juifs, qui l’ont instinctivement associée à des siècles d’antisémitisme. Il s’est toutefois demandé si l’intensité de la réaction ne reflétait pas également autre chose.
« Après le cessez-le-feu dans la guerre en Iran, les Israéliens ont commencé à pouvoir respirer un peu, à regarder par-delà le parapet et à se dire : ‘OK, peut-être pouvons-nous commencer à envisager l’avenir d’une manière dont nous n’étions vraiment pas capables en tant que société ces deux dernières années’ », a-t-il déclaré.
« Aujourd’hui, beaucoup se disent : ‘Si nous regardons vers l’avenir, mon Dieu, est-ce cela qui nous attend ?’ »
Cet incident survient dans un contexte de répression généralisée des symboles « palestiniens » dans les espaces publics et d’allégations selon lesquelles la police, désormais sous le contrôle d’un ministre d’extrême-droite, intimiderait de plus en plus les militants libéraux.
Peu après sa nomination au poste de ministre de la Sécurité nationale en janvier 2023, Itamar Ben Gvir a demandé aux agents de police israéliens de faire preuve de fermeté et de retirer les drapeaux « palestiniens » des lieux publics afin de préserver l’ordre public. Il a qualifié ce drapeau de symbole terroriste, bien qu’il soit légal en Israël.
« Il est inacceptable que des contrevenants brandissent des drapeaux terroristes, incitent et encouragent le terrorisme ; j’ai donc ordonné le retrait des drapeaux soutenant le terrorisme de l’espace public et la fin de l’incitation à la haine contre Israël », avait-il déclaré à l’époque. À la suite de l’assaut barbare et sanglant du 7 octobre 2023, la répression s’est encore intensifiée.
Au cours de la même période, la police a été accusée d’avoir fait un usage inapproprié de la force contre des manifestants s’opposant au gouvernement de droite. Sinclair a exprimé son inquiétude face aux menaces pesant sur les valeurs libérales dans le pays qu’il a choisi.
« Le travail d’un policier n’est pas de contrôler les opinions politiques des gens », a-t-il déclaré.
« Cela se produit dans d’autres pays, et nous ne voulons pas devenir comme eux. »
Parmi les centaines de personnes ayant réagi à la publication de Sinclair sur Facebook, nombreuses sont celles qui ont fait écho à ce sentiment, tout en affirmant ne pas partager son appréciation du drapeau « palestinien ». Sinclair a suscité davantage de mépris ailleurs en Israël et sur Internet.
« Même si je ne partage pas votre choix de kippa, je reconnais que vous avez tout à fait le droit de la porter », a écrit un internaute.
« C’est horrible et je suis désolé que vous ayez vécu cela. Et je déteste que nous en soyons arrivés là, qu’une personne puisse être interpellée pour une telle raison. »
Dans un communiqué, Gilad Kariv, rabbin réformé et membre de l’opposition à la Knesset, a déclaré qu’il y avait une « folie systémique » au sein de la police israélienne et qu’il estimait qu’une enquête pénale et une action civile seraient appropriées. Il a également appelé à l’introspection.
« Si des policiers avaient arraché la kippa d’un Juif dans n’importe quel autre pays du monde, cela aurait provoqué un tollé ici en Israël », a écrit Kariv.
Sinclair a expliqué que la kippa qui avait été détruite n’était pas la première qu’il possédait avec ce motif. Après que le vent eut emporté la première, qu’il avait fait faire sur mesure par un vendeur populaire de Jérusalem il y a près de vingt ans, il en avait commandé une autre, tant il était déterminé à afficher ses valeurs sur sa tête.
« Je suis sioniste, et je crois au droit du peuple juif à l’autodétermination dans cette partie de sa patrie historique. Et je pense également que les Palestiniens sont eux aussi un peuple qui a droit à l’autodétermination dans une partie de ce lieu, qui est également leur patrie historique », a déclaré Sinclair.
« Par une ironie de l’histoire, ce même bout de terre s’est retrouvé être un lieu où deux peuples ont un lien légitime, et nous devons trouver une solution à cela », a-t-il poursuivi.
« Les gens des deux camps qui veulent délégitimer ou effacer l’autre camp oublient s’ils sont gentils ou méchants ; ils ne sont tout simplement pas fidèles à l’Histoire. »
C’était autrefois une opinion relativement répandue parmi les Israéliens et les Juifs du monde entier. Mais des décennies d’efforts de paix infructueux, des attaques violentes perpétrées contre des Israéliens par des terroristes palestiniens et la montée de l’extrémisme chez les Juifs comme chez les Arabes ont fait perdre beaucoup de sa popularité à la solution à deux États.
Sinclair se considère comme un militant de la paix, même s’il qualifie ce terme de « grandiose » et déclare : « J’ai beaucoup de respect pour les personnes dont la vie est bien plus consacrée au militantisme que la mienne. »
Il se décrit comme un Juif qui aime Israël et craint pour son avenir. Son prochain livre, qui paraîtra cet automne, abordera ce qu’il considère comme « une lutte pour l’âme du peuple juif », un sujet sur lequel il est devenu malgré lui un cas d’étude.
D’un côté, dit-il, se trouvent les radicaux d’extrême-droite, dont Ben Gvir, qui « veulent un judaïsme et un Israël où il n’y a pas de place pour toutes sortes de choses qui me tiennent très à cœur », notamment l’égalitarisme, les Palestiniens et la politique de gauche. (Ce camp, a-t-il noté, fait actuellement avancer un projet de loi qui interdirait la prière égalitaire au mur Occidental.)
De l’autre côté, dit-il, se trouvent ceux qui prônent un Israël « ouvert et pluraliste », où l’on tolère ceux qui pratiquent le judaïsme différemment et où l’on défend des valeurs différentes.
« Nous sommes engagés dans une lutte entre ces deux versions du judaïsme et ces deux versions du sionisme », a déclaré Sinclair.
« J’espère vraiment que nous remporterons cette lutte. Je pense qu’il n’est pas trop tard pour la gagner. … Mais ce n’est pas gagné d’avance. Et nous, le peuple juif, serons dans une situation très difficile si nous perdons. »
Sinclair estime que son livre pourrait contribuer à transformer cette vision ambitieuse en un guide pratique pour les libéraux israéliens. Mais il a aussi des préoccupations plus pratiques, comme savoir où se procurer une autre kippa. Il n’est pas certain que le vendeur qui lui en avait fabriqué une par le passé soit disposé à le faire à nouveau.
Et cette fois-ci, ce n’est pas seulement lui, mais beaucoup de ses amis qui disent vouloir s’en procurer une.
« Un entrepreneur de gauche plein d’esprit a ici une belle opportunité de faire de l’argent », a-t-il plaisanté.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







