Des panneaux pour Abdul, du porte-à-porte pour Haley : les Juifs du Michigan divisés
L'élu progressiste très critique d'Israël, El-Sayed, pousse certains électeurs juifs vers sa rivale modérée Haley Stevens, tout en en séduisant d'autres
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OAK PARK, Michigan (JTA) — À l’approche de la primaire démocrate pour le Sénat dans le Michigan qui a débuté ce mardi, Karen Bick a passé ses journées à répondre aux appels d’amis juifs qui la pressent de voter pour la Représentante américaine Haley Stevens.
Malgré la pression, cette habitante de 69 ans prévoit de s’abstenir de voter ce mardi. Séduite par la campagne de l’adversaire progressiste de Stevens, Abdul El-Sayed, ses accusations de « génocide » supposément commis par Israël à Gaza l’empêchent de lui accorder sa voix. Pour autant, la campagne de Stevens ne lui donne pas envie de voter pour elle.
« Je suis très pro-Israël. Je ne suis pas pro-Netanyahu, ce qui fait partie de l’ensemble. Nombre de mes amis juifs m’appellent pour tenter de me convaincre de voter Haley, mais c’est comme s’ils ne regardaient qu’une seule facette des choses », confie Bick, habitante juive d’Oak Park, dans la banlieue de Détroit. « Je ne pense pas qu’Israël doive prendre le pas sur tous les autres sujets sous prétexte que quelqu’un est pro-Israël. »
L’ambivalence de Bick reflète une fracture au sein de la communauté juive du Michigan au moment de cette primaire dans laquelle la question israélienne s’impose comme l’un des clivages les plus marqués entre les candidats.
Stevens siège à la Chambre des Représentants depuis 2019 et est un soutien fiable d’Israël, alors qu’El-Sayed, ex-responsable de la santé du comté, a fait de son opposition à l’aide américaine à Israël et au soutien financier de l’AIPAC les piliers de sa campagne.
Ce qui ne veut pas pour autant dire qu’El-Sayed manque d’appuis chez les électeurs juifs.
Barbara Weinberg Barefield, qui vit depuis longtemps à Détroit et a participé à la création de la section locale de Jewish Voice for Peace, fait sans surprise campagne pour El-Sayed, entre levées de fonds, démarchage téléphonique et porte-à-porte. Elle a également contribué à créer « Jews for Abdul », un groupe de sympathisants juifs mobilisés.
Selon Weinberg Barefield, 76 ans, le fait qu’El-Sayed utilise le terme de
« génocide » pour décrire les actions d’Israël à Gaza est l’un des aspects déterminants de sa présence à ses côtés.
« Nous essayons de faire savoir qu’il y a de nombreux Juifs qui soutiennent Abdul, ses objectifs et sa voix », explique Weinberg Barefield. « La justice, l’égalité et la liberté font partie intégrante de mon identité juive et du message que nous portons avec ‘Jews for Abdul’ : c’est un candidat qui incarne notre morale, notre éthique et, franchement, je crois que ce sont des valeurs que la plupart des gens dans ce pays partagent. »
Suzanne Levin, une habitante juive du Michigan âgée de 83 ans, soutenait au départ la sénatrice de l’État, Mallory McMorrow. Le retrait de cette dernière de la course a placé les Juifs progressistes de l’État face à un véritable dilemme politique.
Pour Levin, le choix s’est rapidement fait. Elle a planté un panneau El-Sayed dans sa pelouse, enfilé un t-shirt « Jews for Abdul » et apporté son soutien à sa campagne.
Ce faisant, Levin rejette les accusations de Stevens et de certains responsables démocrates juifs de l’État, selon lesquelles le discours et les fréquentations d’El-Sayed auraient franchi la ligne rouge de l’antisémitisme.
« Ils croient à toutes ces fadaises sur El-Sayed, prétendent qu’il est antisémite, mais j’ai écouté une grande partie de ses discours ; quand on lui demande « devrait-il y avoir un État d’Israël ? », il répond qu’il devrait y avoir un endroit où tout le monde puisse être en sécurité et sereinement », déclare Levin.
D’autres Démocrates juifs sont parvenus à une conclusion radicalement différente au sujet d’El-Sayed. Ce dernier affirme que le gouvernement israélien est tout aussi « maléfique » que le Hamas, accuse régulièrement Israël de commettre un « génocide » à Gaza et préconise de réorienter l’aide américaine destinée à Israël vers des priorités nationales.
Halie Soifer, directrice générale du Jewish Democratic Council of America, qui soutient Stevens, se dit « préoccupée » par la réaction d’El-Sayed suite à l’attaque de mars dernier contre le Temple Israel de West Bloomfield, dans le Michigan.
À l’époque, El-Sayed avait suscité un vif émoi en publiant un communiqué évoquant la guerre d’Israël au Liban, où le frère de l’auteur de l’attaque avait été tué. Soifer estime qu’El-Sayed a « fait preuve d’ambiguïté et cherché une justification à une situation qui n’en avait aucune ».
« S’il souhaite être sénateur d’un État qui compte une population juive aussi importante, il doit prouver sa capacité à se tenir aux côtés de cette communauté face à la montée de l’antisémitisme », affirme Soifer. « Sur cette question en particulier, Haley s’est imposée comme une figure de proue au Congrès. »
L’État du Michigan compte en effet près de 130 000 Juifs.
Soifer indique que les bénévoles de son organisation ont passé près de 10 000 appels aux électeurs du Michigan pour les inciter à soutenir Stevens.
Zach Nessel, 23 ans, diplômé de l’Université d’État du Michigan et secrétaire du caucus démocrate juif du Michigan, partage bon nombre des inquiétudes de Soifer, en ce lundi, en faisant du porte-à-porte pour Stevens à Oak Park.
« Son discours m’inquiète », confie Nessel, dont la mère est la procureure générale du Michigan, Dana Nessel. « Je trouve qu’il consacre plus de temps à ostraciser les Démocrates pro-Israël qu’à chercher a lutter contre Trump, et c’est aussi ce que je constate chez nombre de ses alliés. »
Nessel se dit particulièrement troublé par un événement de campagne organisé par El-Sayed en avril dernier dans son ancienne université, aux côtés de Hasan Piker, un streamer anti-Israël dont les propos ont été qualifiés d’antisémites par de nombreux groupes et dirigeants juifs.
« Le fait que mon ancien club Démocrate accueille un antisémite qui tient des propos favorables au Hezbollah — une organisation terroriste désignée comme telle par les États-Unis et qui a tué des Américains —, est proprement effrayant », déclare Nessel.
« Et le fait qu’Abdul fasse campagne avec quelqu’un comme lui est totalement insensé. »
Nessel précise s’être rendu dans plus de 500 foyers de la région de Détroit pour défendre la candidature de Stevens. Lors de ses visites, il note que les électeurs ont rarement abordé d’eux-mêmes la question d’Israël ou de l’AIPAC.
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Nessel craint qu’en cas de victoire d’El-Sayed ce mardi, d’autres candidats ne soient encouragés à adopter des méthodes similaires, avec des conséquences sur la participation de la communauté juive au Parti démocrate.
« La plupart des gens veulent une vie plus abordable et lutter contre Trump », conclut Nessel. « Si ce genre de tumulte s’avère payant, ils vont continuerr dans cette voie, et il deviendra difficile pour les membres de la communauté juive de continuer à s’investir au sein de notre parti. »
la Communauté du Times of Israël !







