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« Détecter, déployer, rassurer » : une organisation de sécurité juive patrouille à NY

La nouvelle initiative du Community Security Service sillonne les rues de la ville pour apporter "un peu plus de sécurité", détecter les dangers et rassurer la communauté juive

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Une patrouille du Community Security Service, à Manhattan, en mars 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)
Une patrouille du Community Security Service, à Manhattan, en mars 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

New York — Un SUV noir dépasse une berline garée en double-file dans une rue de Manhattan avant de rouler lentement devant une synagogue. À bord, les occupants regardent par les fenêtres entrouvertes.

« Il y a un gars assis devant la synagogue. On le connaît ? », interroge le passager qui a pris place derrière le chauffeur au sujet d’un homme assis sur une chaise près de l’entrée de la synagogue.

« Je me renseigne », répond le chauffeur.

Cette équipe fait partie du tout nouveau programme de patrouille de rue du Community Security Service (CSS), une association juive à but non lucratif qui forme des bénévoles pour protéger les synagogues et les événements juifs aux États-Unis.

Cela fait quelques mois déjà que le CSS a lancé en toute discrétion ces patrouilles destinées à protéger les communautés juives sur fond de regain d’antisémitisme et de menaces diverses à New York, mais aussi ailleurs aux États-Unis.

Le CSS a accordé au Times of Israel un accès exclusif à ses patrouilles, sous réserve de préserver l’anonymat de ses participants tout autant que des lieux et certaines procédures opérationnelles, pour des questions de sécurité.

Des membres du Community Security Service patrouillant, à Manhattan, en mars 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Ces patrouilles, connues sous le nom d’unités mobiles de protection, ont commencé en janvier dernier dans certains quartiers de Manhattan et du Bronx où la population juive est importante. Le CSS prévoit de déployer le programme dans d’autres villes.

Pendant les patrouilles, les véhicules du CSS parcourent les rues à la recherche de tout objet suspect susceptible de présenter une menace. Jusqu’alors, le CSS déployait des gardiens dans les synagogues et lors d’événements juifs, mais sans faire de patrouilles mobiles.

L’UJA-Fédération de New York a contribué au financement de ce programme, développé en partenariat avec la Community Security Initiative (CSI), un groupe qui travaille avec les forces de l’ordre, qui suit les évolutions de la menace et organise des points de sécurité pour les institutions juives de la région de New York.

L’objectif de ces patrouilles est de « détecter, signaler, déployer et rassurer », explique Richard Priem, le responsable du CSS.

La détection permet d’accroître la sécurité en élargissant le périmètre de surveillance des agents qui sont normalement statiques lors des événements. Les patrouilles peuvent repérer les menaces en phase d’approche et les signaler aux forces de l’ordre.

Les rapports du CSS sur les menaces ont conduit à des arrestations et de facto déjoué des attaques.

La partie « déploiement » du programme permet, si nécessaire, aux membres de la patrouille de venir en renfort des gardes stationnés au niveau des institutions et des événements juifs.

L’un des principaux dangers réside dans les attaques à la voiture-bélier : les gros 4×4 garés à des endroits stratégiques peuvent constituer des obstacles.

Richard Priem, PDG du Community Security Service. (Crédit : Autorisation)

Lors de l’attaque du mois dernier contre une synagogue du Michigan, un assaillant armé, inspiré par le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, est resté assis pendant des heures sur le parking de la synagogue avant de précipiter sa Ford F150 sur les portes et dans le couloir d’une zone dédiée à la petite enfance, blessant un gardien.

Cette attaque, comme tant d’autres, est riche d’enseignements pour les gardes.

L’objectif principal de ces patrouilles est de rassurer les membres de la communauté juive, de faire en sorte qu’ils sachent « que nous veillons sur leur sécurité », explique Priem.

« L’idée est d’apporter un peu plus de sécurité à la communauté juive de New York. »

« Tous les bénévoles qui ont un jour pris part à un événement peuvent témoigner qu’il y a toujours des gens qui viennent nous dire : ‘Merci d’être là’ », confie le chauffeur.

« Ou, ‘On a entendu dire que le CSS serait là, ça nous a rassurés et convaincus de venir’, et ça nous booste. »

Pour remplir leur mission, les patrouilles doivent trouver le juste équilibre entre discrétion et présence affirmée, en apposant une signalétique sur les véhicules.

« Nous ne sommes pas là pour provoquer. Nous choisissons quand nous voulons que l’on sache que nous sommes là : c’est toujours pour des raisons tactiques », précise Priem.

Des membres du Community Security Service faisant une pause lors d’une patrouille, à Manhattan, en mars 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

L’unité de patrouille dispose de plusieurs véhicules et effectue des patrouilles matin et soir. Les bénévoles de ces patrouilles proviennent du programme ROAM de la CSS, qui organise des événements et qui est composé de jeunes professionnels juifs non affiliés à une synagogue.

Tous les bénévoles ayant terminé le programme de formation de neuf semaines du ROAM sont éligibles pour participer aux patrouilles, et le programme de formation a ajouté une composante spécifique à cet effet. Les formateurs sont souvent d’anciens membres de la police de New York ou de l’armée israélienne.

Rendez-vous devant un McDonald’s à Manhattan

Lors de cette récente patrouille à Manhattan, l’équipe se compose d’un membre du personnel du CSS, au volant, et de deux bénévoles : à l’avant, une administratrice de la santé, armée, et à l’arrière, un jeune diplômé de Long Island qui travaille comme agent de sécurité pour une entreprise privée.

Des membres du Community Security Service lors d’une patrouille, à Manhattan, en mars 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Les participants montent à bord du véhicule devant un McDonald’s, sur une avenue de Manhattan. Ils vérifient les radios portables et s’assurent d’être sur le même canal au cas où ils auraient besoin de communiquer une fois sortis du véhicule. Un sac à dos noir contenant d’autres radios est dissimulé derrière la console centrale et une trousse de secours se trouve dans le coffre.

Les patrouilles sont composées d’au moins trois participants – un conducteur, une personne armée d’un fusil de chasse qui est chargée d’observer l’autre côté de la rue, et une autre personne, positionnée derrière le conducteur, qui scrute la zone.

Les fenêtres sont suffisamment ouvertes pour leur permettre d’entendre ce qui se passe dehors mais aussi suffisamment fermées pour que personne ne puisse accéder à l’intérieur de l’habitacle ou lancer quoi que ce soit à l’intérieur du véhicule. Les itinéraires sont fixés pour sécuriser les synagogues et autres lieux juifs, mais l’équipe est libre d’improviser.

« Nous évitons de suivre toujours le même itinéraire de façon à déjouer la surveillance de ceux qui pourraient nous observer pour connaître nos habitudes et nos heures de passage », précise le conducteur.

« L’idéal est qu’il ne se passe rien, que tout se termine bien et que tout le monde rentre chez soi », ajoute-t-il.

Le CSS fait partie d’un réseau interconnecté de groupes de sécurité juifs aux États-Unis. Le Secure Community Network (réseau national de sécurité communautaire) et la CSI dans la région de New York surveillent les menaces et effectuent des analyses de renseignement.

L’Anti-Defamation League (ADL) mène des activités de recherche et de plaidoyer, tandis que des groupes comme Guardian Self Defense enseignent le Krav Maga.

Ces organisations collaborent entre elles et avec les forces de l’ordre. Les bénévoles du CSS s’entraînent au Krav Maga avec le Guardian Self Defense, et le groupe reçoit par exemple des alertes de menace d’autres partenaires.

Un cours de Krav Maga du Guardian Self Defense dans le sous-sol d’une synagogue, à Manhattan, le 21 mai 2024. (CréditLuke Tress /JTA)

Les Jewish Federations of North America (JFNA) estiment que les institutions juives dépensent 765 millions de dollars par an pour leur sécurité, et qu’une institution juive consacre en moyenne 14 % de son budget à la sécurité.

La CSS est une organisation à but non lucratif créée par plusieurs membres de la congrégation d’une synagogue de New York en 2007. Le groupe s’inspire des programmes de sécurité bénévoles des communautés juives d’Europe, où les questions de sécurité se sont fait sentir plus tôt qu’aux États-Unis. Priem a commencé comme garde bénévole lorsqu’il était adolescent, à Amsterdam, au début des années 2000.

Les enseignements de la fusillade de « Tree of Life »

Les mesures de sécurité pour les Juifs américains ont pris de l’ampleur après la fusillade de la synagogue Tree of Life, à Pittsburgh, en 2018, suivie d’autres attaques meurtrières contre les Juifs, comme à Poway, en Californie, Jersey City, dans le New Jersey ou encore à Monsey, dans l’État de New York.

Le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 et la vague d’antisémitisme qui s’en est suivie ont été un autre choc pour les Juifs américains. D’autres attaques meurtrières ont eu lieu l’an dernier, à Washington, et à Boulder, dans le Colorado.

Les forces de l’ordre ont déjoué de nouvelles tentatives d’attentats terroristes contre des Juifs de New York. Les Juifs sont bien plus ciblés par des crimes de haine à New York que toutes les autres communautés.

Le CSS s’est développé à mesure que ces craintes ont pris de l’ampleur : il compte désormais près de 6 500 gardes volontaires au sein de 500 organisations, explique Priem.

À mesure que le nombre de membres a augmenté, le groupe a étoffé son offre. L’année dernière, il a notamment ouvert un centre de formation en dehors de New York, le premier aux États-Unis dédié à la formation des gardiens de synagogues.

Le groupe de défense de quartier Shomrim, à Williamsburg, dans le quartier de Brooklyn, à New York, le 15 septembre 2021. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

Les communautés hassidiques de New York et d’ailleurs disposent depuis longtemps de leurs propres patrouilles de sécurité de quartier, connues sous le nom de Shomrim ou Shmira.

Le programme du CSS est différent, car il se consacre à la surveillance des menaces pesant sur la sécurité de la communauté juive, tandis que Shomrim s’intéresse à la sécurité publique en général et intervient lors d’incidents tels que des vols à l’étalage ou des disparitions.

Les bénévoles de Shomrim sortent souvent de leurs véhicules lors d’incidents dans la rue, alors que le CSS n’autorise ses membres à le faire que si la vie d’autrui est en danger ou en cas de légitime défense. Au cours des trois premiers mois de patrouille, aucun patrouilleur du CSS n’a encore quitté son véhicule pour intervenir sur un incident de sécurité.

Les véhicules de Shomrim sont clairement identifiés et le groupe rend ses numéros de téléphone publics, contrairement à la pratique des patrouilles du CSS.

« Ce n’est pas une patrouille de sécurité publique. Ce n’est pas de la police de proximité », résume Priem.

« Dans certains cas extrêmes, il pourrait y avoir un déploiement dans la rue, mais ce n’est pas le but. »

« Notre optique est celle de la désescalade, de la prévention. Le but n’est pas de provoquer mais d’empêcher que des dommages ne soient causés, et il existe des procédures et des formations très strictes en cas de sortie du véhicule », ajoute-t-il.

Les deux programmes évoluent également dans des environnements différents. Les Shomrim sont basés dans des quartiers majoritairement orthodoxes ou hassidiques, tandis que les patrouilles CSS se déploient dans des quartiers mixtes où les résidents juifs sont plus dispersés et moins facilement identifiables.

Des membres du Community Security Service faisant une pause lors d’une patrouille, à Manhattan, en mars 2026. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

L’effet Mamdani

Lors de cette patrouille, les membres de la CSS expliquent que leur motivation est née de l’antisémitisme et de leur propre expérience.

Le conducteur s’est engagé peu après le 7-Octobre, l’administrateur de la santé en 2021 à cause de la guerre de Gaza et des manifestations anti-Israël, et le garde de sécurité a, lui, commencé après avoir été « agressé » et harcelé par des militants anti-Israël près d’un événement juif organisé par un groupe étudiant en 2024.

« Pour moi, c’est une façon épanouissante de faire quelque chose pour la communauté », confie le conducteur.

Bénévoles et instructeurs du Community Security Service lors d’un exercice de formation, dans le comté de Westchester, dans l’État de New York, le 28 avril 2025. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Les gens viennent de milieux, notamment professionnels, différents pour effectuer la même mission, qui consiste à faire que nous, Juifs, puissions vivre dans la ville que nous aimons sans avoir à être constamment sur nos gardes », ajoute l’administratrice de la santé, une femme moderne orthodoxe originaire du Queens.

Les participants se rapprochent également d’autres membres de la communauté juive qui partagent leurs idées. Au moins un couple, qui s’est rencontré lors d’activités organisées par le CSS, s’est marié.

« Après le 7-Octobre, on a constaté une forte augmentation du nombre de bénévoles. Puis il y a eu une accalmie, suivie d’une nouvelle hausse depuis quelques mois », explique le conducteur, décrivant un contexte marqué par la prise de fonction du maire de New York, Zohran Mamdani, les deux manifestations hostiles organisées devant des synagogues new-yorkaises, ou encore les menaces liées à la guerre en Iran.

Depuis le début de la guerre, fin février, différents sites liés à la communauté juive ont été la cible d’attaques répétées en Europe et aux États-Unis.

La patrouille dépasse plusieurs synagogues de l’Upper West Side, roule dans une rue bordée de restaurants casher, puis longe des épiceries casher dans lesquelles les habitants du quartier, après leur travail, font leurs achats pour les fêtes de Pessah. Le conducteur note la présence d’une femme qui, depuis le côté opposé de la rue, prend des photos d’une synagogue. Estimant toutefois qu’elle ne s’intéresse pas au bâtiment, il décide de poursuivre sa route.

Les membres de l’équipe montrent les restaurants dont les façades ont été vandalisées et couvertes de graffitis par le passé. Le conducteur signale également où se trouvent les frontières des différentes circonscriptions policières. Le CSS, à l’instar d’autres groupes de sécurité juifs, collabore en effet étroitement avec les forces de l’ordre locales.

Les membres de l’équipe discutent de leurs projets pour Pessah, des menus servis par les restaurants casher croisés sur le trajet, des équipes de sécurité en place dans les différentes synagogues, et des événements dont ils ont assuré la sécurité par le passé. Le conducteur raconte son intervention la plus marquante : retrouver une femme atteinte de démence lors d’un festival juif en plein air, afin de la ramener auprès de son mari.

La patrouille traverse ensuite Central Park en direction de l’Upper East Side, pour passer devant une manifestation anti-Israël organisée près d’une synagogue. Les manifestants y battent du tambour et scandent des slogans. Constatant que le petit rassemblement est confiné derrière des barricades de police et compte tenu de la forte présence policière, l’administrateur de la santé prend quelques photos pour les archives et à des fins de formation. Le groupe poursuit alors sa route, vers d’autres sites juifs.

Après plusieurs heures de patrouille, l’équipe regagne l’Upper West Side, soulagée que la soirée se soit déroulée sans incident.

« Rien à signaler. C’est ce que nous préférons », conclut le conducteur.

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