Egypte, Qatar : Les frappes à Beyrouth et Téhéran nuisent aux négociations pour les otages
Jérusalem reconnaît ne pas savoir comment le Hamas pourrait répondre à l'assassinat de Haniyeh en Iran ; le secrétaire d'État américain promet d'aider à défendre Israël tout en voulant "faire baisser la température"
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Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Après des semaines de progrès prudents dans les tentatives visant à parvenir à un accord qui ouvrirait la porte à un cessez-le-feu et à la libération des otages détenus dans la bande de Gaza, les pays qui jouent le rôle d’intermédiaire dans les pourparlers ont averti, mercredi, que les frappes qui ont entraîné la mort de deux chefs terroristes en l’espace de quelques heures, la nuit dernière, pourraient compliquer singulièrement la conclusion d’un accord.
Le Premier ministre du Qatar a ainsi douté de la volonté d’Israël de parvenir à un accord après l’assassinat du chef du Hamas, Ismail Haniyeh, à Téhéran, au cours d’une frappe dont l’origine a été largement attribuée à Israël.
« Les assassinats politiques et la prise pour cible continue des civils à Gaza, alors même que les négociations se poursuivent actuellement, nous amènent à nous demander comment la médiation pourra être menée à bien au moment où l’une des deux parties a décidé d’assassiner le négociateur de l’autre ?… », s’est interrogé cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al Thani sur X. “La paix a besoin de partenaires sérieux et d’un positionnement global fermement opposé au mépris de la vie humaine. »
Le Qatar, tout comme l’Égypte et les États-Unis, a joué un rôle d’intermédiaire dans les pourparlers entre Israël et le Hamas depuis le début de la guerre à Gaza. Il accueille également des dirigeants du Hamas sur son sol, dont Haniyeh faisait partie.
Israël n’a pas revendiqué la frappe qui a coûté la vie à Haniyeh. Le pays a toutefois confirmé avoir été à l’origine d’une attaque meurtrière contre le chef militaire du Hezbollah Fuad Shukr, mardi, alors qu’il se trouvait à Beyrouth.
Le Bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a refusé de commenter la manière dont, selon lui, les frappes pourraient affecter les pourparlers, mais des responsables ont déclaré sous couvert d’anonymat que Jérusalem n’avait aucune certitude concernant la façon dont le Hamas pourrait réagir.
« Nous attendons de voir l’évolution de la situation », a déclaré un officiel israélien au journal Haaretz.
Le ministère égyptien des Affaires étrangères a déclaré que ces frappes sapaient « les efforts acharnés déployés par l’Égypte et ses partenaires pour mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza », estimant qu’ « elles signalent l’absence de volonté politique de la part d’Israël d’apaiser la situation ».
Selon le New York Times, la télévision d’État iranienne a déclaré que l’attaque contre Haniyeh ferait revenir en arrière de plusieurs mois les négociations.
S’exprimant devant les caméras de CNN, une source « proche des pourparlers » a précisé que l’assassinat de Haniyeh était susceptible « de compliquer les discussions ».
« Il voyait quelle était la valeur d’un accord et il tenait un rôle déterminant lorsqu’il fallait obtenir certaines avancées dans les négociations », a-t-il expliqué à CNN.
Certains experts mettent toutefois en doute le fait que Haniyeh était un décisionnaire de premier plan au sein du Hamas.
Le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, « prend des décisions davantage en fonction de ce qui se passe à Gaza qu’en fonction des avis donnés par un homme qui passe son temps dans des hôtels six étoiles au Qatar », a dit au Times of Israel Yaakov Amidror, ancien Conseiller à la sécurité nationale, qui est aujourd’hui maître de conférences à l’Institut d’études stratégiques de Jérusalem.
Il reste 111 otages – 251 personnes avaient été kidnappées par le Hamas sur le sol israélien lors du pogrom commis par le Hamas, en date du 7 octobre – à Gaza, à l’issue de presque 300 jours de détention. La mort de 39 captifs a été confirmée par l’armée israélienne. Le groupe terroriste détient également deux civils qui étaient entrés dans la bande de leur propre gré, en 2014 et en 2015, ainsi que les corps sans vie de deux soldats tués en 2014.
Lundi, le Hamas a fait savoir qu’il avait reçu la dernière réponse d’Israël, à l’issue de discussions qui avaient eu lieu entre Israël, les États-Unis, l’Égypte et le Qatar à Rome. Le groupe terroriste a accusé Netanyahu d’empêcher un cessez-le-feu à Gaza en ajoutant de nouvelles conditions et de nouvelles exigences à une proposition de trêve israélienne qui bénéficie du soutien des États-Unis – une information qui a été démentie par le Premier ministre.
La Douzième chaîne a pour sa part annoncé, mardi soir, que Netanyahu avait quelque peu assoupli une condition posée dans le cadre de la conclusion d’un accord – une demande qui visait à empêcher le retour des terroristes dans le nord de la bande de Gaza. Dans la dernière proposition israélienne, Netanyahu a accepté le texte suivant : « Les deux parties se mettront d’accord sur un mécanisme permettant de vérifier que les hommes armés [ne reviendront pas dans le nord de Gaza]. »
Washington, qui parraine les discussions, a déclaré à plusieurs reprises qu’un accord était proche ; les dernières négociations se sont basées sur une proposition dont le contenu avait été dévoilé par le président américain Joe Biden, au mois de mai.
Le Hamas souhaite un accord de cessez-le-feu pour mettre un terme à la guerre à Gaza, tandis que Netanyahu affirme que le conflit ne s’arrêtera qu’une fois que le Hamas aura été vaincu. Il y a également des différends sur la manière dont un accord sera mis en œuvre.
Les États-Unis n’ont pas semblé laisser entendre, mercredi, qu’ils craignaient que les attaques viennent entraver les négociations. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken s’est contenté de dire qu’un cessez-le-feu à Gaza était « le seul impératif permanent ».
Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, s’est entretenu avec son homologue israélien Yoav Gallant. Il a réaffirmé son engagement inébranlable en faveur de la sécurité d’Israël et de son droit à l’autodéfense.
Dans la matinée de mercredi, Austin avait indiqué que Washington continuerait à aider à défendre Israël si l’État juif devait être attaqué – mais que la priorité restait avant tout de désamorcer les tensions.
« Nous apporterons très certainement notre aide s’il s’agit de défendre Israël. Vous nous avez vus le faire en avril. Vous pouvez vous attendre à ce que nous le fassions à nouveau », a-t-il dit. Le 14 avril, les États-Unis avaient joué un rôle déterminant dans la mise en place d’une coalition qui a abattu des centaines de missiles et de drones tirés par l’Iran en direction de l’État juif.
« Nous ne voulons pas que cela se reproduise. Nous allons œuvrer autant que nous le pourrons à nous assurer que nous ferons des choses susceptibles de faire baisser la température, et nous aborderons les problèmes par le biais de réunions diplomatiques. »
Un diplomate occidental a déclaré au Times of Israel que le Hamas renoncerait probablement aux pourparlers à court-terme, mais qu’il avait toujours un intérêt pressant à mettre un terme à la guerre.
Les Brigades Ezzedine al-Qassam, l’aile militaire du Hamas, ont dit que l’assassinat du chef du groupe à Téhéran était un « événement déterminant » qui portait la lutte contre Israël à « un nouveau niveau » et qui aura « des répercussions majeures sur l’ensemble de la région ».
Elles ont ajouté que Netanyahu menait Israël « vers l’abîme » – mais elles n’ont pas abordé le sujet des pourparlers.
Les familles des otages détenus à Gaza ont exprimé la crainte que l’assassinat de Haniyeh ne fasse dérailler les pourparlers.
« Haniyeh aurait pu être tué il y a 15 ans et ils ne l’ont pas fait. Pourquoi, maintenant qu’un accord est sur la table, ont-ils choisi de le tuer ? », a dit à Haaretz Sharone Lifschitz, dont le père Oded, âgé de 83 ans, a été emmené en captivité par le Hamas le 7 octobre. Sa mère Yocheved, 85 ans, a également été prise en otage et a été libérée le 28 octobre.
Naama Weinberg, dont le cousin Itay Svirsky a été assassiné et dont le corps est retenu à Gaza, a déclaré : « Je suis consternée de voir qu’une fois de plus, ce gouvernement choisit d’éliminer d’abord les terroristes avant de sauver les otages. »
Le Forum des familles d’otages a publié un communiqué saluant les progrès accomplis par l’armée au cours des dernières vingt-quatre heures, mais il a ajouté que « tout véritable progrès ne pourra être réalisé qu’avec la libération des 115 otages encore en captivité ».
« L’accord proposé par le gouvernement israélien et soutenu par le président Biden reste le seul moyen viable de garantir leur remise en liberté, de permettre aux vivants de commencer leur processus de rétablissement et aux morts d’être inhumés comme il se doit », a indiqué le communiqué.
« Le temps presse et nous implorons le gouvernement israélien et les dirigeants mondiaux de faire avancer les négociations de manière décisive. Le moment est venu de conclure un accord. Obtenir la libération des otages n’est pas seulement un impératif moral ; c’est déterminant pour mettre un terme au conflit actuel et pour initier un processus de guérison et de reconstruction dans la région. »
la Communauté du Times of Israël !







