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La crise bancaire palestinienne écartée grâce au report du projet d’une banque israélienne de suspendre ses services

À la veille de la date butoir, la Discount Bank accepte de reporter la suspension de ses services de correspondance bancaire avec ses homologues palestiniennes, qui permettent de relier la Cisjordanie à l'économie mondiale

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des Palestiniens faisant la queue pour retirer de l'argent à un distributeur automatique sur le marché principal de la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 9 juin 2024. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)
Des Palestiniens faisant la queue pour retirer de l'argent à un distributeur automatique sur le marché principal de la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 9 juin 2024. (Crédit : Jaafar Ashtiyeh/AFP)

La crise du secteur bancaire palestinien a été évitée pour l’instant, après que la banque israélienne Discount, sous l’effet des pressions internationales, a accepté de reporter son projet de mettre fin à la fourniture de services de correspondance bancaire à ses homologues palestiniennes, ont déclaré lundi au Times of Israel un responsable israélien et un responsable palestinien.

La banque Discount, au début de l’été, avait informé les banques palestiniennes de son intention de mettre fin, à compter du 1er septembre, à ce service essentiel aux importations et exportations de marchandises à destination et en provenance de la Cisjordanie.

À l’issue de négociations intensives avec la Banque d’Israël – et sous la pression considérable des États-Unis et de l’Union européenne -, la banque Discount a accepté de reporter ce projet au 31 décembre, ont précisé ces responsables.

Discount et Hapoalim sont les seules banques israéliennes à fournir des services de correspondance bancaire, permettant ainsi à la Cisjordanie de rester reliée à l’économie mondiale.

Hapoalim avait initialement informé les banques palestiniennes de sa décision de cesser de fournir ce service à compter du 1er octobre.

Hapoalim devrait également reporter cette mesure jusqu’à la fin de l’année 2026 ; aucune décision définitive n’a toutefois encore été prise, ont précisé les responsables israéliens et palestiniens.

Les sièges des banques Discount et Hapoalim dans le centre de Tel Aviv. Illustration (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Le 21 août, les banques ont confirmé que leurs discussions avec la Banque d’Israël avaient porté leurs fruits. Discount a toutefois préféré attendre la veille de la date butoir pour accepter de repousser cette échéance.

Les deux banques avaient imputé au gouvernement israélien la responsabilité de leur décision de mettre fin à leurs services de correspondance bancaire. Elles avaient expliqué avoir reçu, il y a une dizaine d’années, l’assurance qu’une nouvelle entité financière serait créée pour prendre le relais.

Mais les gouvernements successifs ont tardé à agir sur cette question. Les ministres des Finances se sont bornés à signer des décharges de responsabilité destinées à protéger Discount et Hapoalim contre toute responsabilité juridique éventuelle.

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a entrepris de réévaluer cette politique dans le cadre d’une série de mesures destinées à affaiblir l’Autorité palestinienne (AP). Au cours de l’année écoulée, il n’a accordé ces garanties que pour des périodes de deux semaines à la fois, obtenant en échange de chaque lettre des mesures importantes favorables à l’expansion des implantations israéliennes en Cisjordanie.

Sous la pression de l’administration Trump, Smotrich a accepté, à la fin du mois dernier, de prolonger les garanties accordées à Discount et Hapoalim jusqu’à la fin de l’année, lorsqu’un gouvernement légèrement moins hostile à l’AP pourrait prendre ses fonctions à l’issue des élections à la Knesset du 27 octobre.

Mais les banques israéliennes avaient alors déjà perdu patience ; elles avaient informé leurs homologues palestiniennes de leur intention de mettre malgré tout fin à leurs services de correspondance bancaire dans les semaines suivantes.

Le ministre des Finances et chef du parti HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, participe à la primaire de sa formation en vue des prochaines élections législatives, à Jérusalem, le 26 juillet 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cette annonce a semé la panique à Ramallah, et poussé des responsables américains et de l’Union européenne à intervenir en faveur de l’Autorité palestinienne (AP), ont indiqué ces responsables.

Des responsables israéliens ont par la suite engagé des discussions avec Discount et Hapoalim pour sortir de cette impasse. Un accord serait désormais proche, qui permettrait aux deux banques de reporter l’arrêt de leurs services en échange d’un renforcement des garanties les protégeant contre d’éventuelles poursuites, a confié au Times of Israel une source proche du dossier.

Une source au sein de chacune des deux banques a confirmé que les discussions avaient permis de progresser. Ces sources ont toutefois précisé qu’aucune décision définitive n’avait encore été prise concernant le report de la fin de la coopération avec les banques palestiniennes.

Les accords de paix d’Oslo conclus entre Israël et les Palestiniens dans les années 1990 avaient défini le shekel israélien comme devise principale en Cisjordanie et à Gaza – sans toutefois donner aux banques palestiniennes les moyens de compenser elles-mêmes les transactions libellées dans cette devise. Le gouvernement israélien avait alors chargé Discount et Hapoalim d’assurer les services de correspondance bancaire indispensables aux établissements palestiniens.

Une Palestinienne retire de l’argent à un distributeur automatique dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 7 juillet 2026. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Ces services permettent aux banques palestiniennes de traiter des paiements transfrontaliers liés à des activités commerciales. Les deux banques israéliennes s’inquiètent toutefois depuis longtemps de se voir exposées à des poursuites pour d’éventuelles opérations de blanchiment d’argent ou de financement du terrorisme imputées à des Palestiniens.

Afin d’atténuer ce risque pour les banques, un précédent gouvernement dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait créé, en 2019, la Société des services de correspondance. Mais, pour qu’elle puisse commencer à fonctionner, une loi doit être adoptée par la Knesset. Un projet de loi a bien été rédigé, mais les coalitions successives ont reporté son adoption, estimant qu’il profiterait aux Palestiniens ; d’autres débats de politique intérieure et les tensions régionales ont relégué le dossier au second plan.

Après avoir brandi la menace de suspendre leurs services de correspondance bancaire, Discount et Hapoalim avaient espéré que le gouvernement réagirait, et qu’il adopterait enfin la loi portant création de la Société des services de correspondance bancaire. Mais cette perspective paraît désormais très irréaliste, la Knesset ayant été dissoute en prévision des élections du 27 octobre.

La date butoir fixée par les banques n’a été repoussée qu’à la fin de l’année. Il reviendra donc au prochain gouvernement de faire de l’adoption de la loi autorisant la Société des services de correspondance à démarrer ses activités une priorité absolue.

Des billets de shekels inutilisés s’accumulent dans le coffre-fort d’une banque de Ramallah. (Crédit : Autorisation)

La question des services de correspondance bancaire n’est néanmoins que l’une de celles qui ont poussé l’Autorité palestinienne (AP) au bord de l’effondrement.

Depuis plus d’un an, Smotrich bloque le transfert de plus de 6 milliards de dollars de recettes douanières, lesquels constituent l’essentiel du budget de l’AP.

Ce ministre d’extrême droite a pris d’autres mesures qui ont gravement paralysé le secteur bancaire palestinien, qui s’est ainsi trouvé dans l’impossibilité d’utiliser les milliards de shekels supplémentaires qui s’accumulent dans les coffres de Cisjordanie.

De plus, la révocation par Israël des permis de travail de plus de 100 000 Palestiniens pour des raisons de sécurité, suite au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, a fait grimper à 35 % le taux de chômage en Cisjordanie.

Le territoire a également connu une très forte augmentation des violences commises par des habitants des implantations, qui restent largement impunies, et ce sont plus de 100 nouveaux avant-postes et implantations qui ont été créés. Les restrictions à la liberté de circulation des Palestiniens qui en ont résulté ont encore davantage entravé l’activité des entreprises.

L’armée israélienne a en outre mené des raids dans les camps de réfugiés de Cisjordanie qui, s’ils ont entraîné une forte baisse des attentats terroristes, ont également laissé des dizaines de milliers de Palestiniens sans abri.

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