Le ministre hongrois met en garde l’UE contre son isolement croissant au Moyen-Orient
János Bóka, chargé des Affaires européennes et de la lutte contre l’antisémitisme, estime que les critiques d’Israël en Europe flirtent avec l’antisémitisme et nuisent à l’influence du bloc
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La poursuite de politiques hostiles à Israël privera l’Europe de toute influence au Moyen-Orient, a averti le ministre hongrois des Affaires de l’Union européenne (UE), János Bóka, dans un entretien avec le Times of Israel.
Par sa position au sein du gouvernement de Budapest, Bóka joue un rôle central dans les efforts visant à protéger Israël des pressions internationales, la Hongrie figurant parmi les rares États membres de l’UE à s’opposer aux sanctions et autres mesures punitives à son encontre.
En visite de cinq jours en Israël, Bóka, qui est également le responsable de la lutte contre l’antisémitisme en Hongrie, a soutenu que les critiques croissantes de l’Europe à l’égard d’Israël étaient largement dictées par des considérations de politique intérieure. Il a par ailleurs rejeté les accusations selon lesquelles le gouvernement populiste hongrois ferait preuve d’antisémitisme.
« Si l’Union européenne veut rester un acteur influent dans la région, elle doit entretenir des relations stratégiques et constructives avec l’État d’Israël », a affirmé Bóka lors d’une visite au mémorial et musée de la Shoah Yad Vashem la semaine dernière.
Au cours de sa visite, il a également rencontré le président de la Knesset, Amir Ohana, le ministre des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, la vice-ministre des Affaires étrangères, Sharren Haskel, ainsi que la ministre des Transports, Miri Regev.
Ce déplacement intervient quelques semaines après un regain du sentiment anti-Israël en Europe, marqué par des embargos sur les armes imposés par certains alliés officiels et par des initiatives visant à isoler Israël et à en faire un État paria, menaçant ainsi ses échanges avec son principal partenaire économique.
En septembre, la Commission européenne a formellement proposé des sanctions contre plusieurs ministres israéliens d’extrême droite ainsi qu’une suspension partielle de l’accord d’association entre l’UE et Israël.
Ces mesures n’ont pas été entérinées et, avec le cessez-le-feu désormais en vigueur à Gaza, le projet demeure en attente.
Depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, des manifestations pro-palestiniennes et anti-Israël secouent les grandes villes européennes.
Des voix se sont également élevées pour réclamer l’exclusion d’Israël de certains événements sportifs et culturels. Ainsi, après que des manifestants ont perturbé la course cycliste espagnole de la Vuelta en septembre, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déclaré qu’Israël devrait être exclu jusqu’à ce que la « barbarie » à Gaza prenne fin. Plusieurs pays ont par ailleurs menacé de boycotter le Concours Eurovision de la chanson – très populaire en Israël comme en Europe – si la participation israélienne était maintenue.
Bóka a affirmé que les détracteurs européens d’Israël utilisaient délibérément un langage flirtant avec l’antisémitisme.
« Même les responsables politiques emploient désormais un vocabulaire qui, en apparence, est simplement anti-Israël et antisioniste, mais qui, en réalité, flirte très consciemment avec l’antisémitisme », a-t-il déclaré. « Ils utilisent sciemment une terminologie ambiguë, pouvant être interprétée dans les deux sens. »
« Par exemple, lorsqu’ils évoquent la région ‘du fleuve à la mer’, ils font clairement référence à un espace où il n’y aurait pas de place pour les communautés juives ni pour un État juif », a-t-il poursuivi. « Ils emploient très délibérément cette formule afin de jouer sur ce sentiment. »
La Hongrie demeure l’un des plus proches alliés d’Israël au sein de l’UE. Le Premier ministre Viktor Orban a ordonné à la police d’interdire les rassemblements pro-palestiniens et anti-Israël après le pogrom du Hamas du 7-Octobre, qui a déclenché la guerre actuelle à Gaza.
Mais la Hongrie n’est pas le seul État membre à s’opposer à la ligne de plus en plus critique envers Israël adoptée par plusieurs pays d’Europe centrale et du nord. Au cours des dix dernières années, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tissé un réseau d’alliances en Europe centrale et orientale pour contrecarrer les initiatives anti-Israël à Bruxelles. La composition de ce groupe a évolué au fil du temps – la Pologne, par exemple, s’en est retirée – mais la Hongrie en est restée un pilier.
« Les suspects habituels sont la Hongrie, la République tchèque, l’Autriche, parfois la Roumanie, et nous coordonnons également très étroitement nos positions avec l’Allemagne », a précisé Bóka. « J’inclurais aussi l’Italie parmi les pays qui partagent cette approche. »
Même au sein de ce groupe, la Hongrie s’est distinguée par sa volonté d’ignorer les positions majoritaires européennes, notamment concernant la politique envers Jérusalem.
En juillet, un panel de juges de la Cour pénale internationale (CPI) a signalé la Hongrie à l’organe de contrôle de la Cour pour ne pas avoir arrêté Netanyahu lors de sa visite officielle à Budapest en avril, estimant que cette décision sapait la capacité de la CPI à traduire les suspects en justice.
Le dirigeant israélien avait alors été reçu avec les plus grands honneurs par Viktor Orbán.
« Conflit de civilisations »
Bóka a avancé que de nombreux États membres de l’UE avaient adopté une position hostile envers Israël pour des raisons de politique intérieure.
De hauts responsables israéliens avaient déjà émis des critiques similaires lors de la vague de reconnaissances de l’État palestinien par plusieurs pays occidentaux en septembre.
Selon le ministre, la campagne menée par le président français Emmanuel Macron pour la reconnaissance internationale d’un État palestinien « s’inscrivait dans une tentative de renforcer sa popularité en jouant une carte politique auprès du public qu’il cherche à séduire ».
Une solution à deux États devrait être « l’aboutissement d’un processus, et non son point de départ », a estimé Bóka.
Reconnaître un État palestinien aujourd’hui « pourrait facilement être perçu comme un geste d’apaisement ou comme une récompense accordée à ceux qui recourent à la violence pour atteindre leurs objectifs politiques », a-t-il ajouté.
Si la Hongrie communiste avait reconnu l’État palestinien dans les années 1980, et une ambassade palestinienne demeure installée à Budapest, Bóka a néanmoins précisé que la Hongrie ne reconnaissait pas pleinement l’État palestinien.
« Nous reconnaissons l’Autorité palestinienne (AP) comme représentante du peuple palestinien dans l’exercice de son droit à l’autodétermination. Notre position peut être interprétée comme une reconnaissance de l’AP, et non nécessairement de l’État palestinien. »
Selon Bóka, l’immigration musulmane joue un rôle déterminant dans le soutien croissant à la cause palestinienne dans de nombreux pays européens — une tendance qui, selon lui, menace les « piliers » de la civilisation du continent. Une analyse qui rejoint la ligne dure du gouvernement hongrois à l’égard des migrants.
« Si une migration illégale massive et incontrôlée en provenance d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient se poursuit, cela transformera inévitablement le tissu social », a-t-il affirmé.
« L’islamisme radical a trouvé un allié dans l’extrême gauche progressiste », a poursuivi Bóka, estimant qu’ils partagent un objectif commun : « détruire la société européenne et ses institutions démocratiques ».
« La gauche progressiste et les militants wokes sont les idiots utiles des radicaux islamistes », a-t-il ajouté.
Le ministre a décrit cette évolution démographique comme un véritable « conflit de civilisations » susceptible, selon lui, d’avoir des conséquences désastreuses pour les communautés juives d’Europe.
« Ceux qui défendent la civilisation et la culture européennes, dont nous savons qu’elles sont fondées sur des racines ou qu’elles reposent sur des racines ou des traditions judéo-chrétiennes », poursuit Bóka, « doivent redoubler d’efforts afin d’éviter que ce processus ne transforme l’Europe en un lieu où les communautés juives ne se sentiraient plus les bienvenues. »
Le ministre, dont l’un des grands-parents est juif, a grandi au sein du mouvement de jeunesse sioniste religieux Bnei Akiva et s’est rendu deux fois en Israël avec le groupe dans les années 1990. Son déplacement ce mois-ci constituait sa quatrième visite dans le pays.
Antisémitisme et Soros
Un sondage réalisé en 2023 par l’Anti-Defamation League (ADL) révélait que 37 % des Hongrois exprimaient des attitudes antisémites, le chiffre le plus élevé parmi les 10 pays sondés.
Orbán lui-même a été accusé d’avoir recours à des tropes antisémites dans ses campagnes politiques et critiqué pour avoir fait l’éloge du dirigeant de la Seconde Guerre mondiale Miklós Horthy, allié du régime nazi.
« Bien sûr, l’antisémitisme existe en Hongrie », a reconnu Bóka. « Il y a des comportements antisémites, des sentiments antisémites, et des individus antisémites. »
Selon lui, l’essentiel réside dans la manière dont le gouvernement réagit à ce phénomène.
« Mais il n’y a pas d’antisémitisme politique en Hongrie », a-t-il affirmé. « Nous avons fait en sorte que l’antisémitisme ne puisse plus être exploité à des fins politiques et qu’il disparaisse du discours public. Notre politique est celle de la tolérance zéro. »
Cette politique de tolérance zéro d’Orban envers l’antisémitisme a récemment conduit la Hongrie à interdire l’entrée sur son territoire au groupe de rap irlandais provocateur Kneecap, qui devait se produire lors d’un festival, l’accusant de « discours antisémite haineux ».
En avril, Benjamin Netanyahu a salué la « position très courageuse » d’Orbán face à l’antisémitisme, ajoutant que ce dernier offrait à la communauté juive locale « non seulement la sécurité, mais aussi la possibilité de mener une vie juive épanouie ».
Une grande partie des critiques adressées à Orbán portent sur son hostilité envers le milliardaire juif George Soros, qu’il accuse régulièrement d’orchestrer les flux migratoires vers l’Europe en soutenant financièrement des ONG pro-immigration et pro-réfugiés.
Le gouvernement hongrois affirme également que les organisations soutenues par Soros s’ingèrent dans les affaires intérieures du pays et chercheraient, à terme, à renverser le Premier ministre, partisan d’une ligne dure sur l’immigration et la souveraineté nationale.
En 2017, l’ambassadeur d’Israël en Hongrie avait critiqué une campagne gouvernementale anti-Soros, accusée de « semer la haine », estimant qu’elle pouvait réveiller des souvenirs de la Shoah.
Le ministère des Affaires étrangères à Jérusalem est néanmoins revenu sur ses propos, déclarant que Soros « sape constamment les gouvernements démocratiquement élus d’Israël en finançant des organisations qui diffament l’État juif et cherchent à lui dénier le droit de se défendre ».
Bóka a souligné qu’un sondage en Hongrie montrait que la majorité des Juifs du pays ne considéraient pas la campagne anti-Soros comme antisémite.
« Si George Soros choisit de s’impliquer dans la vie politique, il entre de facto dans le débat public et peut, à ce titre, être une cible légitime de la critique politique », a-t-il fait valoir.
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