Le Premier ministre britannique Keir Starmer annonce sa démission
Sa position est devenue intenable après l'élection jeudi au Parlement de son rival au sein du Labour, Andy Burnham ; Le parti garde une large majorité au Parlement et des législatives ne sont pas prévues avant 2029
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Moins de deux ans après son arrivée au pouvoir, le Premier ministre travailliste Keir Starmer a annoncé lundi sa démission après des mois de pression, précisant qu’il resterait en poste jusqu’à la désignation de son successeur à la tête du Labour.
« Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de président du Parti travailliste », a déclaré, la voix étranglée par l’émotion, le chef du gouvernement lors d’un bref discours devant la porte du 10, Downing Street.
L’impopulaire chef du gouvernement résistait depuis des mois à des appels à démissionner. Mais sa position est devenue intenable après l’élection jeudi au Parlement de son rival au sein du Labour, Andy Burnham, désormais en position de briguer la direction du Parti travailliste et de Downing Street.
« J’ai parlé à Sa Majesté le roi ce matin pour l’informer de ma décision. Je demanderai au Comité exécutif national du Parti travailliste d’établir un calendrier prévoyant l’ouverture des candidatures le 9 juillet, et leur clôture avant la fin de la pause estivale », le 1er septembre, a précisé le dirigeant de 63 ans devant les caméras.
« En cas d’élection interne, cela garantira qu’un nouveau chef soit en place avant la reprise des travaux du Parlement en septembre (…) Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer une passation de pouvoir dans les règles », a-t-il ajouté.
Nigel Farage, chef du parti anti-immigration Reform UK, en tête des sondages nationaux depuis des mois, a appelé dans la foulée à de nouvelles élections législatives.
Le Labour garde une large majorité au Parlement et des législatives ne sont pas prévues avant 2029.
« J’accepte la réponse »
Pour Keir Starmer, cet aveu d’échec survient moins de deux ans après la large victoire de son parti lors des élections législatives de juillet 2024, mettant fin à 14 années de gouvernements conservateurs.
Il a vanté lundi son bilan sur l’économie, l’accès à la santé ou le soutien à l’Ukraine. Mais il a ajouté avoir entendu le message de son parti.
« La question que mon parti se pose aujourd’hui est de savoir si je suis le mieux placé pour nous mener aux prochaines élections législatives. J’ai pris connaissance de la réponse de mon groupe parlementaire à cette question et j’accepte cette réponse », a-t-il déclaré.
Andy Burnham, populaire maire du Grand Manchester et grand favori pour lui succéder, doit être officiellement investi député lundi vers 14h30 locales. Une étape indispensable pour prétendre à la direction du parti travailliste et prendre la tête du gouvernement.
Keir Starmer avait répété vendredi qu’il se battrait pour rester au pouvoir mais la pression a continué de monter ce week-end.
Selon Sky News, des poids lourds du gouvernement, dont la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper, l’ont exhorté à fixer une date pour son départ du 10, Downing Street.
Plus de 100 députés travaillistes réclamaient son départ, soit environ un quart des députés du parti, selon l’agence Press Association.
Donald Trump avait pris pour acquis dès dimanche la démission de son homologue britannique. « Keir Starmer va démissionner » de son poste, avait écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social, lui souhaitant « le meilleur ».
Avec ce départ, le Royaume-Uni s’apprête à connaître son septième Premier ministre en dix ans, une instabilité sans précédent dans l’histoire moderne de ce pays.
A l’arrivée à Downing Street de cet ex-avocat, les attentes étaient grandes après le long règne des conservateurs. Mais, deux ans plus tard, le Royaume-Uni reste confronté à une économie apathique et à une forte hausse du coût de la vie.
Keir Starmer a aussi commis des erreurs notables, comme celle de nommer Peter Mandelson ambassadeur à Washington. Neuf mois plus tard, celui-ci était limogé après des révélations sur son amitié avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein.
Début mai, le Labour a subi une cuisante défaite à des élections locales, au profit du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage, intensifiant les critiques contre Keir Starmer au sein du parti.
Au contraire, Andy Burnham, 56 ans, l’a emporté jeudi dans la circonscription de Makerfield, dans le nord de l’Angleterre, avec 54,8 % des voix contre 34,5 % pour le candidat de Reform.
Devenu maire du Grand Manchester en 2017 et surnommé le « roi du Nord », il a répété pendant la campagne qu’il voulait « changer le Labour et le pays ».
S’il a déjà été candidat malheureux à deux reprises à la tête du parti travailliste – en 2010 et 2015 -, il est la personnalité politique préférée des Britanniques, selon l’institut YouGov.
À quoi s’attendre avec Burnham ?
Étoile montante sous le New Labour, l’affable et charismatique Burnham était perçu comme un allié indéfectible de l’ancien Premier ministre Tony Blair, fermement ancré dans l’aile centriste du parti. Cependant, lorsque les travaillistes ont perdu le pouvoir en 2010, Burnham a amorcé un virage à gauche. En dépit de sa tentative manquée pour prendre la direction du parti en 2010, Burnham était le favori lorsque le parti a entrepris de se choisir un nouveau chef après sa seconde défaite en 2015.
Ses espoirs ont été anéantis lorsque, par un magistral coup de théâtre, un outsider de la gauche radicale, Jeremy Corbyn, a remporté l’élection. Burnham a ensuite servi loyalement dans le Cabinet fantôme de Corbyn, refusant de démissionner en 2016 lorsque la plupart de ses collègues ont quitté l’équipe dirigeante lors d’une tentative de putsch manquée.
À Manchester, Burnham s’est positionné à la gauche de Starmer — bien que son parcours politique ait pris un nouveau tournant ces dernières semaines pour tenter de rallier des soutiens dans la circonscription ouvrière de Makerfield. Ce siège du « Mur rouge » est solidement travailliste depuis plus d’un siècle, mais il a également voté massivement en faveur du Brexit, et le parti populiste de droite Reform UK y a raflé la mise lors des élections locales de mai dernier. Si le très populaire Burnham ne s’était pas présenté, Reform aurait très bien pu remporter le siège.
Lors de sa campagne de 2015 pour la direction du parti, Burnham est resté fidèle à sa position jusqu’alors très pro-Israël, promettant lors d’une réunion publique avec la communauté juive que, s’il était élu, son premier déplacement à l’étranger aurait lieu en Israël. Opposé au mouvement BDS, il avait ajouté qu’il ne comprenait pas la « malveillance injustifiée » dirigée contre un pays qui défendait les droits des homosexuels, les droits syndicaux et les libertés civiles.
Suite au pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023, Burnham, qui était alors maire du Grand Manchester, s’est élevé contre les actes « barbares » et « épouvantables » du Hamas, réaffirmant sa foi dans le « droit d’Israël à se défendre et protéger ses civils ».
Néanmoins, aux côtés du maire de Londres Sadiq Khan, Burnham a été l’un des premiers travaillistes de premier plan à appeler à un cessez-le-feu dès la fin du mois d’octobre 2023 — soit quelques semaines seulement après le début de la guerre et des mois avant que Starmer, qui résistait farouchement aux pressions internes du parti pour revenir sur son soutien à Israël, finisse par les rejoindre.
Burnham a également appelé publiquement le Royaume-Uni à reconnaître un État palestinien en juin dernier. Ces derniers jours, cependant, il s’est attiré les foudres de la gauche radicale en refusant de qualifier les actes d’Israël à Gaza de « génocide ».
la Communauté du Times of Israël !







