Les pays reconnaissant l’État palestinien éludent la question cruciale des réfugiés
La France, le Royaume-Uni et le Portugal évitent la question des réfugiés palestiniens, enjeu clé du conflit ; l’Australie et le Canada appellent à une "solution juste"
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Les pays qui ont reconnu un État palestinien cette semaine ont présenté leur décision comme une avancée vers une solution à deux États, en évoquant la guerre à Gaza, les souffrances humaines, les otages israéliens, la démocratie palestinienne, le groupe terroriste palestinien du Hamas, l’ouverture d’ambassades et la difficulté d’obtenir un cessez-le-feu.
Mais un sujet central est resté absent de leurs déclarations : la question des réfugiés palestiniens, obstacle majeur au règlement du conflit.
La France, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada et le Portugal ont annoncé cette semaine leur reconnaissance de l’État palestinien, lors de l’Assemblée générale annuelle des Nations unies (ONU) à New York. La France, l’Australie, le Royaume-Uni et le Portugal n’ont pas répondu aux questions sur les réfugiés, mais le Canada et l’Australie ont déclaré soutenir une « solution juste » à cette question.
Les Palestiniens réclament depuis longtemps le « droit au retour », c’est-à-dire le droit pour tous ceux qui ont perdu leur maison dans ce qui est aujourd’hui reconnu comme territoire israélien, lors de la guerre d’indépendance de 1948 – mais, surtout, pour tous leurs descendants – de pouvoir revenir dans le pays comme partie intégrante de tout accord de paix.
Aucun gouvernement israélien n’a jamais accepté cette revendication, estimant qu’elle signifierait la fin d’Israël en tant qu’État juif, en renversant la majorité démographique juive. Cela créerait un premier État palestinien dans les territoires contestés, et transformerait Israël en un État à majorité palestinienne, et non plus un État à majorité juive.
Cette impasse est un point de friction dans le conflit depuis des générations.
Le président de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a fait plusieurs déclarations contradictoires sur le droit au retour. En 2014, il affirmait : « Vous voulez rentrer chez vous ? Vous rentrerez chez vous. » En 2018, il déclarait ne pas soutenir une solution qui « détruirait Israël ». Plus tôt cette année, lors d’un discours à l’ONU pour le 77ᵉ anniversaire de l’indépendance d’Israël et de la Nakba palestinienne, il affirmait que le droit au retour était « immuable et inaliénable ».
Dans son intervention vidéo à l’ONU cette semaine, Abbas portait une clé à son revers, symbole de ce droit.
Le Hamas, qui revendique ouvertement la destruction d’Israël, a déclaré que le droit au retour était au cœur de son idéologie. « Le droit des réfugiés palestiniens et des personnes déplacées de retourner dans leurs foyers d’où ils ont été bannis ou auxquels ils ont été interdits d’accéder, que ce soit dans les territoires occupés en 1948 ou en 1967 (c’est-à-dire l’ensemble de la Palestine), est un droit naturel », affirmait le groupe terroriste dans un manifeste de 2017.
Selon certains sondages, le droit au retour serait le deuxième point le plus important pour la population palestinienne, juste après celui de mettre fin à l’occupation.
La France, le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada et le Portugal contribuent tous au financement de l’UNRWA, l’agence de l’ONU créée après la guerre de 1948 pour soutenir les réfugiés palestiniens et leurs descendants. L’UNRWA est aujourd’hui l’un des principaux employeurs palestiniens, fournissant éducation et soins de santé.
Ses détracteurs l’accusent de perpétuer le conflit en défendant le droit au retour et en appliquant des critères très larges pour définir qui est réfugié.
Contrairement à toutes les autres populations réfugiées dans le monde, le statut est automatiquement transmis aux descendants de ceux qui ont fui lors de la guerre de 1948, y compris aux réfugiés qui ont acquis la citoyenneté ailleurs, créant une population en constante augmentation.
L’UNRWA recense environ 5,9 millions de réfugiés palestiniens, dont 1,59 million à Gaza et plus de 912 000 en Cisjordanie. Les autres vivent notamment en Jordanie, en Syrie et au Liban.
La résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies de 1948 stipule que les Palestiniens qui souhaitent retourner dans leurs foyers « devraient être autorisés à le faire dès que possible ».
L’UNRWA affirme que son rôle est de fournir une assistance « en attendant l’application de cette résolution ».
Contrairement au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’agence onusienne chargée de toutes les populations réfugiées à l’exception des Palestiniens, l’UNRWA ne peut pas réinstaller les réfugiés.
Elle définit les réfugiés palestiniens comme « les personnes dont le lieu de résidence habituel était la Palestine pendant la période comprise entre le 1er juin 1946 et le 15 mai 1948, et qui ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance à la suite du conflit de 1948 ». L’UNRWA ne définit pas le terme « Palestine » dans sa désignation et n’a pas répondu à une demande de commentaires. La Palestine mandataire britannique d’avant 1948 couvrait l’Israël actuel, la Cisjordanie et Gaza.
Cette reconnaissance d’un État palestinien présente également une contradiction : les pays qui l’ont actée financent en parallèle des programmes destinés aux réfugiés palestiniens enregistrés dans cet État.
Les accords internationaux stipulent en effet qu’un réfugié, pour être considéré comme tel, doit se trouver « hors du pays dont il a la nationalité ».
La Convention et le Protocole des Nations unies de 1951 relatifs au statut des réfugiés définissent un réfugié comme une personne qui « se trouve hors du pays dont elle a la nationalité » et qui ne peut ou ne veut y retourner par crainte d’être persécutée.
Les personnes contraintes de fuir leur foyer, mais qui restent dans leur propre pays sont définies par l’ONU comme des déplacés internes. Cette catégorie couvre les individus qui quittent leur région, mais demeurent à l’intérieur de leur pays. Selon le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, les déplacés internes relèvent de la responsabilité de leur gouvernement.
La Convention sur les réfugiés constitue la base juridique du HCR.
« C’est tout simplement illogique au sens le plus élémentaire du terme : comment peut-il y avoir des personnes nées dans un pays qui soient des réfugiés de cinquième génération de ce pays ? », a déclaré Einat Wilf, ancienne députée et critique éminente de l’UNRWA.
Le ministère français des Affaires étrangères n’a pas répondu aux demandes de commentaires sur la question des réfugiés. Les appels au service de presse de l’ambassade de France aux États-Unis sont également restés sans réponse. L’ambassade du Portugal aux États-Unis et la mission portugaise auprès de l’ONU n’ont pas davantage réagi.
Le ministère britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement s’est limité à rappeler l’annonce du Premier ministre Keir Starmer concernant la reconnaissance de l’État palestinien, sans mentionner les réfugiés.
Un porte-parole du ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce a déclaré que la reconnaissance de l’État « ne changeait en rien notre soutien de longue date à l’UNRWA ».
« Le travail de l’UNRWA restera essentiel jusqu’à ce qu’une solution juste et durable soit trouvée à la situation des réfugiés », a déclaré le porte-parole.
Un porte-parole de Global Affairs Canada a déclaré que « le Canada estime qu’une solution juste à la question des réfugiés palestiniens est essentielle au règlement du conflit israélo-palestinien. »
« Une solution à la question des réfugiés palestiniens doit être négociée entre les parties. Cette solution doit respecter les droits des réfugiés, conformément au droit international. »
Le site web du gouvernement canadien indique qu’il soutient la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU qui appuie le droit au retour.
« Tout cela est insensé : ces pays portent préjudice à une question qui devait être négociée, à savoir la création d’un État palestinien, mais adoptent ensuite une attitude passive sur cette question fondamentale » des réfugiés, a déclaré au Times of Israel.
Dans son livre publié en 2018, The War of Return [La guerre du retour], coécrit avec le journaliste Adi Schwartz, Wilf accuse la communauté internationale de perpétuer le conflit en soutenant l’UNRWA et le droit au retour, accordant ainsi à l’agence et à ce concept une reconnaissance internationale.
Ces critiques se sont renforcées suite aux révélations récentes que des membres du personnel de l’UNRWA ont participé au pogrom commis contre les Israéliens le 7 octobre 2023, et qu’un centre de données du Hamas à Gaza se trouvait sous le siège de l’UNRWA dans l’enclave. Les manuels scolaires de l’UNRWA ont également été accusés de radicaliser les enfants.
Le mois dernier, la France a suspendu son programme d’accueil des Palestiniens de Gaza après qu’un des arrivants a diffusé en ligne des messages antisémites.
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