Miser sur les Kurdes iraniens, un pari tentant pour les États-Unis et Israël
Des médias américains affirment que les États-Unis comptent armer des milices kurdes pour susciter un soulèvement contre le pouvoir, ce que la Maison Blanche a fermement démenti
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Pour renverser la République islamique, les États-Unis et Israël pourraient être tentés d’exploiter les tensions ethniques internes à l’Iran, notamment la question kurde. Un pari qui séduit les stratèges militaires, mais qui peut se révéler risqué à long-terme.
La majorité de la population iranienne est perse et ce pays de 90 millions d’habitants est, dans l’ensemble, moins touché par des tiraillements ethniques ou religieux que ses voisins afghans, pakistanais ou irakiens, malgré un certain mécontentement envers le clergé chiite au pouvoir.
Cependant, depuis l’élimination d’Ali Khamenei, qui détenait le pouvoir suprême dans cette violente théocratie, survenue samedi, Téhéran a lancé des projectiles sur des groupes armés kurdes iraniens basés dans une région montagneuse du nord de l’Irak, près de la frontière iranienne. Cette région sert depuis longtemps de refuge à ces factions opposées à Téhéran.
Un milicien a ainsi été tué mercredi dans l’un de ces camps, selon un responsable kurde.
Des médias américains affirment que les États-Unis comptent armer des milices kurdes pour susciter un soulèvement contre le pouvoir.
« Complètement faux », selon la porte-parole de la Maison Blanche.
Elle a toutefois confirmé mercredi que Donald Trump avait « parlé avec des dirigeants kurdes » à propos de la base dont disposent les États-Unis dans le nord de l’Irak.
« Présence au sol »
Les combattants kurdes, que Téhéran qualifie de « terroristes », plaisent à Washington car ils représentent « la frange la plus organisée du mouvement d’opposition iranien au sens large », explique Mohammed Salih, chercheur au Foreign Policy Research Institute, aux États-Unis.
À l’inverse, dit-il, si le fils de l’ancien shah d’Iran, Reza Pahlavi, bénéficie d’une certaine reconnaissance grâce à son nom, il n’a pas de soutien armé sur le territoire iranien.
« Vu la tournure que prennent les opérations en Iran, les États-Unis et Israël auront vraiment besoin d’une présence armée au sol, étant donné qu’ils n’ont pas l’intention d’envoyer leurs propres troupes », estime Salih.
Selon Stefano Ritondale, responsable chez Artorias, une entreprise spécialisée dans l’analyse du renseignement, les combattants kurdes pourraient jouer un rôle similaire à celui de l’Alliance du Nord en 2001 contre les talibans en Afghanistan, en créant une zone à partir de laquelle les forces spéciales américaines pourraient opérer.
« Ce qui est intéressant dans la logique de réflexion de l’administration [Trump], remarque-t-il, c’est d’utiliser les Kurdes comme une opposition armée afin de remettre suffisamment en cause le pouvoir en place pour créer un effet en cascade qui pousserait les gens à redescendre dans la rue et à manifester », quelques semaines après la répression sanglante de manifestations contre le coût de la vie.
Les Kurdes, un peuple sans État principalement réparti entre la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran, sont alliés aux États-Unis depuis de longues années, avec des fortunes diverses.
Le soutien américain a ainsi permis aux Kurdes d’Irak et de Syrie de se forger une forme d’autonomie, mais Washington vient de laisser tomber la faction syrienne qui l’avait pourtant aidé à combattre le groupe terroriste sunnite État islamique (EI).
Bien que majoritairement sunnites, les Kurdes partagent avec les Perses des affinités culturelles et linguistiques, et les Kurdes d’Iran (environ 9 % de la population) ont historiquement moins eu maille à partir avec le pouvoir central que ceux d’Irak et de Turquie.
Les Azéris sont la principale minorité d’Iran. Ce groupe ethnique turc, présent dans le nord-ouest, près de l’Azerbaïdjan, est particulièrement bien intégré dans la société. Khamenei lui-même était d’origine azérie.
Parmi les autres minorités, on compte les Arabes, les Turkmènes et les Baloutches, également présents au Pakistan voisin, où ils mènent une insurrection séparatiste.
« Ligne rouge »
Des observateurs soulignent toutefois le risque de miser sur des groupes ethniques en Iran, ce qui pourrait déclencher des conflits internes. C’est notamment le cas entre les groupes kurdes et Reza Pahlavi, qui vit en exil près de Washington.
Quelques jours avant le début de l’opération militaire israélo-américaine, cinq groupes kurdes ont annoncé la formation d’une coalition visant à renverser la République islamique, mais aussi à « l’autodétermination kurde ».
Pahlavi les a alors accusés de menacer l’unité nationale et a prévenu : « L’intégrité territoriale de l’Iran est la ligne rouge ultime. »
Le représentant aux États-Unis d’un de ces groupes, le Parti démocratique du Kurdistan iranien, affirme toutefois que son mouvement aspire à un Iran fédéral.
« Nous nous voyons comme une sorte de force iranienne qui veut préserver l’intégrité territoriale du pays », dit Arash Saleh.
« Mais nous croyons que la meilleure façon de maintenir l’intégrité territoriale du pays aussi solide que possible est de trouver des mécanismes qui permettent à tous les Iraniens de se sentir vraiment faire partie de ce pays. »
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