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Mladenov : Le Hamas renforce son emprise sur Gaza et impose des taxes aux plus démunis

Selon l'émissaire du Conseil de Paix, qui souligne que le Hamas remettrait ses armes au NCAG et non à Israël, le plan de désarmement n'entraînera pas sa disparition en tant que mouvement politique

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des terroristes armés du Hamas et du Jihad islamique palestinien, à l'issue de la prière de l'Aïd al-Fitr, à Gaza-City, le 20 mars 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)
Des terroristes armés du Hamas et du Jihad islamique palestinien, à l'issue de la prière de l'Aïd al-Fitr, à Gaza-City, le 20 mars 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)

L’envoyé du Conseil de Paix à Gaza a déclaré mercredi que le groupe terroriste palestinien du Hamas renforçait son emprise sur la bande de Gaza, tout en traînant les pieds pour accepter un accord-cadre soutenu par les États-Unis visant à la remise de ses armes, ce qui a entraîné le blocage des projets de reconstruction de cette enclave ravagée par la guerre.

« Le Hamas renforce son emprise sur la population. Il impose des taxes aux gens dans la rue qui n’ont plus rien à donner », a déclaré Nickolay Mladenov lors d’une conférence de presse avec des journalistes étrangers à Jérusalem.

Mladenov a tenu cette rare rencontre avec les médias alors que le Conseil de Paix peine à déterminer la meilleure façon de procéder, le Hamas ayant une nouvelle fois rejeté sa proposition de désarmement début mai.

Depuis lors, le Haut représentant du Conseil de Paix pour la bande de Gaza s’est rendu à deux reprises à Jérusalem pour rencontrer le Premier ministre Benjamin Netanyahu et d’autres hauts responsables. Il a profité de ces occasions pour exhorter Israël à respecter ses propres engagements pris dans l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025, qui a institué le Conseil de Paix pour superviser la gestion d’après-guerre de Gaza.

Évitant une question sur la reprise par Israël d’opérations militaires visant à désarmer le Hamas – ce qu’il n’a pas réussi à faire au cours des plus de deux ans de guerre déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 -, Mladenov a affirmé que les seules options sur la table étaient le maintien du statu quo ou l’acceptation par le Hamas du cadre de désarmement, qui, selon lui, offre pour la première fois un avenir aux Gazaouis.

« La voie diplomatique reste ouverte, mais on ne peut pas demander à la population de Gaza d’attendre indéfiniment que les mêmes questions soient débattues une deuxième, une troisième, une quatrième ou une cinquième fois », a-t-il déclaré, indiquant que les négociations avec le Hamas n’avaient pas complètement cessé.

« Pas de zones de couleur »

L’émissaire du Conseil de Paix a insisté sur sa volonté d’aller de l’avant, sans toutefois préciser comment il comptait procéder.

Un responsable américain a déclaré au Times of Israel que Washington – qui exerce une influence considérable au sein du Conseil de Paix présidé par le président Donald Trump – envisageait de passer d’une approche « tout ou rien » en matière de reconstruction à une stratégie visant à se concentrer dans un premier temps sur la reconstruction de la moitié orientale de la bande de Gaza, toujours sous contrôle israélien.

Le plan en vingt points de Trump pour mettre fin à la guerre à Gaza prévoit le retrait progressif d’Israël de cette partie du territoire, mais subordonne ce retrait au désarmement du Hamas.

Initialement, les États-Unis envisageaient de donner la priorité à la construction dans la « zone verte » contrôlée par l’armée israélienne plutôt que dans la « zone rouge » contrôlée par le Hamas, dans l’espoir d’inciter la grande majorité des 2 millions de Gazaouis vivant dans la zone côtière à s’y installer, en leur proposant des solutions de logement et des emplois.

Cependant, Washington a abandonné cette stratégie après s’être heurté à une opposition massive de la part de pays arabes potentiels donateurs, qui ont averti qu’elle risquait d’aggraver la division de la bande de Gaza.

Alors que les États-Unis pourraient être en train de reconsidérer leur position, Mladenov a révélé mercredi qu’il ne serait pas simple non plus de revenir au plan initial.

Il a confirmé lors de la conférence de presse un reportage diffusé mardi par la chaîne publique Kan, selon lequel le Hamas a récemment empêché des travailleurs palestiniens de se rendre à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, où ils avaient été engagés par le Conseil de Paix pour construire la première nouvelle communauté du côté israélien de la « Ligne jaune » de cessez-le-feu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontrant l’envoyé du Conseil de Paix pour Gaza, Nickolay Mladenov, à Jérusalem, le 13 mai 2026. (Crédit : Maayan Toaf/Bureau de la presse gouvernementale)

Cependant, Mladenov n’est pas allé aussi loin que le responsable américain, semblant rejeter l’idée de concentrer les efforts de reconstruction sur une partie de l’enclave plutôt que sur l’ensemble de la bande de Gaza.

« Nous n’avons désigné aucune zone de couleur à Gaza », a-t-il déclaré.

« On ne demande pas au Hamas de disparaître »

Mladenov a tenté de présenter la proposition de désarmement du Conseil de Paix comme une mesure que le Hamas n’a pas à considérer comme une concession.

Des Gazaouis participant à une manifestation contre l’accès limité aux pièces détachées médicales et aux batteries pour les personnes sourdes et malentendantes dans la bande de Gaza, à Gaza-City, le 2 mai 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)

« Il ne s’agit pas d’un message de coercition. Cela offre aux Palestiniens de Gaza un véritable choix pour la première fois depuis très longtemps », a-t-il déclaré, mettant en avant les projets de reconstruction prêts à être mis en œuvre si le Hamas y consent, et ajoutant que des dizaines de milliers d’emplois dans le secteur public seraient créés pour les Gazaouis dès la première année.

« Rien dans ce cadre ne vous demande de renoncer à votre identité, à votre foi, à votre histoire, à votre dignité – en réalité, il demande exactement le contraire », a fait valoir Mladenov.

« Nous ne demandons pas au Hamas de disparaître en tant que mouvement politique. Un parti politique qui renonce à l’action armée peut se présenter aux élections nationales palestiniennes, et la feuille de route [de désarmement] préserve cette possibilité », a ajouté Mladenov.

On ignore si Israël accepterait que le Hamas continue de participer à la vie politique palestinienne.

Israël avait exigé la remise immédiate de toutes les armes du Hamas, mais le cadre adopté par le Conseil de Paix dirigé par les États-Unis prévoit une approche progressive qui commence par la remise des armes lourdes et des cartes des réseaux de tunnels de Gaza, suivie du désarmement de toutes les armes personnelles restantes sur une période de huit mois.

« Une autorité, une loi, une arme »

Fournissant de nouveaux détails sur le cadre de désarmement présenté au Hamas plus tôt cette année, Mladenov a déclaré qu’il était « fondé sur le principe de réciprocité ».

« Chaque mesure que nous suggérons à une partie de prendre entraîne une mesure de la part de l’autre, et chaque mesure est validée par un mécanisme de surveillance indépendant avant que la suivante ne soit mise en œuvre », a-t-il expliqué, ajoutant que ce processus ne nécessitait pas de confiance entre Israéliens et Palestiniens, même en l’absence de toute confiance.

Nickolay Mladenov, haut représentant bulgare pour Gaza, s’exprimant lors de la réunion du « Conseil de Paix » dans le cadre de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM), à Davos, le 22 janvier 2026. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Ce cadre prévoit une option de rachat volontaire permettant aux Palestiniens armés d’être indemnisés en échange de la restitution de leurs armes, ainsi qu’une « amnistie conditionnelle » pour ceux qui y participent et acceptent de vivre désormais en citoyens respectueux des lois.

« Nous ne cherchons pas à nous venger. Nous voulons une transition », a déclaré Mladenov.

Les responsables du Hamas qui perdront leur poste à la suite de leur remplacement par le nouveau gouvernement technocratique, le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), se verront proposer une aide à la réintégration, comprenant notamment des aides financières directes.

Les membres des groupes armés qui refuseraient ce cadre se verraient offrir la possibilité de se réinstaller dans des pays tiers, a précisé Mladenov.

Présentant la proposition de désarmement comme s’inscrivant dans la lignée d’un principe de longue date de l’Autorité palestinienne (AP), Mladenov l’a résumée par la formule « une autorité, une loi, une arme » et a insisté pour que toutes les armes à Gaza soient placées sous le contrôle du NCAG.

« Nous ne demandons pas aux Palestiniens de remettre leurs armes à Israël. Nous leur demandons de consolider les institutions dont dépend leur avenir », a-t-il poursuivi.

« C’est de cela que dépendent la reconstruction, le retrait israélien et l’horizon politique. »

Le NCAG, composé de douze membres, n’est pas encore entré à Gaza depuis sa création en janvier ; le Conseil de Paix espère en effet que le Hamas acceptera d’abord la proposition de désarmement.

Le Hamas a fait valoir qu’on ne pouvait pas s’attendre à ce qu’il mette en œuvre la deuxième phase du plan de désarmement en vingt points de Trump, accusant Israël de violer les engagements de la première phase avec des frappes quotidiennes en profondeur dans la partie de Gaza contrôlée par le Hamas, un non-respect systématique des objectifs en matière d’aide humanitaire, une expansion unilatérale de la partie de Gaza qu’il contrôle et un fonctionnement limité du poste-frontière de Rafah.

Israël affirme qu’il se réserve le droit de prendre pour cible les Palestiniens qui constituent une menace pour ses troupes.

L’armée israélienne a annoncé mercredi avoir éliminé la semaine dernière un terroriste du Hamas qui avait participé à l’attaque contre la base militaire de Nahal Oz lors le 7-Octobre.

Selon Tsahal, la frappe visait Hamza Sharbasi, un commandant du bataillon Shejaiya du Hamas, qui représentait une menace pour les troupes israéliennes à Gaza. Bien qu’il ne fût pas la cible, la frappe a également éliminé Azzam al-Hayya, le fils de 23 ans du négociateur en chef du Hamas, Khalil al-Hayya.

Le terroriste du Hamas Hamza Sharbasi, à la base Nahal Oz de l’armée israélienne lors du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, sur une photo publiée le 13 mai 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Selon l’armée, Azzam al-Hayya était membre de l’unité « Nukhba » (« élite » en arabe) du Hamas, « qui a récemment joué un rôle central au sein de l’organisation ».

« Récemment, Sharbasi opérait près de la ligne jaune et, dans le cadre de ses fonctions, s’efforçait de mettre en œuvre des projets terroristes visant des soldats de l’armée israélienne opérant dans la région », a déclaré Tsahal.

Interrogé sur les violations présumées du cessez-le-feu par Israël, Mladenov les a reconnues sans nommer explicitement Israël, mais a indiqué que le Conseil de Paix ne divisait pas le plan en vingt points en phases comme le fait le Hamas.

« On peut parler de phase un et de phase deux, mais il n’y a qu’un seul plan en vingt points, et nous ne pouvons pas choisir ce que nous mettons en œuvre », a-t-il déclaré.

Des tentes montées sur un terrain vague afin de créer un camp d’accueil pour les millions de familles gazaouies déplacées, chassées de leurs foyers lors des bombardements israéliens sur la bande de Gaza, dans le camp de réfugiés de Bureij, au centre de la bande de Gaza, le 1ᵉʳ mai 2026. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

La semaine dernière, le Times of Israel a obtenu une lettre indiquant que le Conseil de Paix n’avait pas l’intention de contraindre Israël à respecter les termes du cessez-le-feu de Gaza d’octobre 2025, si le Hamas n’acceptait pas la proposition de désarmement.

L’approche de plus en plus dure de Mladenov à l’égard du Hamas a suscité des critiques de la part du groupe terroriste, qui se sont à nouveau fait entendre mercredi.

« Mladenov n’est pas digne d’assumer la responsabilité d’une seule journée de gestion transitoire pour notre peuple palestinien », a déclaré Bassem Naïm, haut responsable du Hamas, dans un communiqué.

À LIRE : L’avenir de Gaza repose sur 3 documents contradictoires et des promesses fragiles

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