Netanyahu entend convaincre Trump que seule la menace d’une guerre peut apporter la paix
Les dirigeants s'accordent à dire que Gaza doit être démilitarisée et que l'Iran doit être empêché de se reconstituer, mais avec le Hamas qui campe sur ses positions et le Hezbollah qui se réarme, les ennemis d'Israël doivent craindre de nouvelles attaques
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Les cinq rencontres entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump cette année ont toutes été des étapes importantes pour la sécurité et la position d’Israël dans le monde. Cependant, la sixième, programmée lundi dans la résidence Mar-a-Lago de Trump, intervient à un moment particulièrement critique, alors que des décisions difficiles doivent être prises concernant l’avenir de Gaza, du Liban et de l’Iran.
La première phase du plan en vingt points de Trump pour Gaza, annoncé en septembre à l’issue de la quatrième réunion entre les deux dirigeants à Washington, puis entériné en octobre lors de leur dernière rencontre à la Knesset, touche à sa fin.
Il était difficile d’imaginer un tel exploit lors de ce « grand, grand jour » où les dirigeants ont annoncé le plan à la Maison Blanche, mais tous les otages encore en vie sont de retour en Israël ; seul le corps de l’otage mort, le sergent-chef Ran Gvili, se trouve encore dans la bande de Gaza. La nourriture et l’aide humanitaire affluent dans la majeure partie de l’enclave.
Cela n’a pas été facile.
Même la première phase du plan, apparemment plus simple que la deuxième, a nécessité une surveillance étroite de la part des États-Unis, par le biais du Centre de coordination civilo-militaire (CMCC) établi à Kiryat Gat, ainsi qu’une succession ininterrompue de visites de hauts responsables pour maintenir le cessez-le-feu.
Les attaques meurtrières du Hamas contre les troupes de l’armée israélienne et l’escalade des frappes de Tsahal en réponse ont mis à rude épreuve la trêve.
Le passage frontalier de Rafah, entre Israël et l’Égypte, est censé être ouvert dans les deux sens, mais il reste fermé, l’Égypte refusant de l’ouvrir tant qu’Israël exige que les Gazaouis puissent seulement sortir, et non entrer.
De plus, le Hamas était censé remettre tous les otages morts dans les 72 heures suivant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, mais n’en a remis aucun. Au lieu de cela, ils ont été rendus par petits groupes, Israël accusant le groupe terroriste palestinien de ralentir intentionnellement le processus pour gagner du temps.
Selon Trump et ses conseillers, la clé du succès de cet accord réside dans le maintien de la dynamique. Tant que les choses continueront d’avancer, une alternative au Hamas émergera progressivement et le groupe terroriste s’affaiblira avec le temps.
Israël considère toutefois que le Hamas n’a aucune intention de désarmer et ses dirigeants n’hésitent pas à le dire publiquement.
Il semble que la Force internationale de stabilisation (ISF), que les États-Unis tentent de mettre sur pied, ne fera pas peur au Hamas. Aucun pays ne souhaite envoyer des troupes qui pourraient être engagées dans des combats.
Si des pays puissants et hostiles comme la Turquie ou le Pakistan devaient y contribuer, ils pourraient servir de bouclier derrière lequel le groupe terroriste reconstituerait ses effectifs en tirant les enseignements des derniers combats avec Israël.
Dans ce contexte, Israël souhaite que Trump fixe une date butoir pour le désarmement du Hamas, sous peine d’une opération militaire sans retenue de Tsahal.
L’heure de vérité a sonné
Netanyahu a l’intention de présenter la situation actuelle comme étant déterminante pour l’héritage des principaux envoyés de Trump, en particulier Steve Witkoff et Jared Kushner, a déclaré une source israélienne au Times of Israel.
Il leur dira qu’ils pourront soit rester dans les mémoires pour avoir sauvé les otages et orchestré la chute du Hamas, soit pour avoir été déjoués par le groupe terroriste, tout en préparant le terrain pour de futurs conflits et effusions de sang à Gaza.
Il n’y a aucune garantie que le message sévère – et sans doute condescendant – de Netanyahu soit bien reçu, surtout sans son bras droit, l’ancien ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer, à ses côtés.
Au cours de l’année écoulée, Dermer avait démontré une réelle aptitude à cerner Trump, prédisant que le président se joindrait aux frappes de juin sur l’Iran, alors que les hauts gradés de Tsahal, trop confiants dans leur compréhension de la politique américaine, étaient convaincus qu’Israël bombarderait seul les sites nucléaires du pays.
Aujourd’hui, bon nombre des dossiers dont s’occupait Dermer sont sous la responsabilité de l’ambassadeur d’Israël à Washington, Yechiel Leiter, qui occupe son premier poste diplomatique et et qui est bien moins aligné idéologiquement sur Netanyahu que ne l’était Dermer.
Militant du mouvement pro-implantations, Leiter est en parfaite harmonie avec la droite religieuse, un bloc auquel Netanyahu est associé, mais dont il ne fait pas partie.
De plus, si l’on en croit les récentes informations, les principaux conseillers de Trump sembleraient quelque peu lassés par Netanyahu. Selon Axios, ils estiment que le Premier ministre sabote l’accord de cessez-le-feu ainsi que le processus de paix.
Netanyahu a également du pain sur la planche sur d’autres fronts dangereux.
Fin 2024, Israël a laminé le Hezbollah, allié de la République islamique d’Iran. Le gouvernement libanais issu de cette victoire ne cache pas son intention de mettre fin à l’existence du groupe terroriste chiite en tant qu’armée indépendante.
Cependant, les Forces armées libanaises (LAF) ne feraient pas le poids face au Hezbollah en cas d’affrontement, et la milice chiite n’hésiterait pas à brandir la menace d’un retour à la guerre civile au Liban si le gouvernement la poussait à bout.
Sur ce front, la tâche de Netanyahu devrait se révéler plus facile cette semaine.
Le délai fixé par les États-Unis pour le désarmement du Hezbollah prendra fin à la fin de l’année. De hauts responsables américains ont officiellement averti qu’Israël intensifierait ses attaques si le groupe terroriste ne se désarmait pas.
De plus, alors même que Tsahal a éliminé près de 400 terroristes du Hezbollah depuis le cessez-le-feu de 2024, l’administration Trump continue d’autoriser Israël à imposer sa volonté par la force à ce groupe terroriste soutenu par Téhéran.
Donner pour recevoir
Bien qu’il se soit révélé impuissant face aux frappes israéliennes tout au long de la guerre de douze jours en juin, le régime iranien explore activement les moyens de se relever et, à terme, de riposter.
Il considère que son programme de missiles balistiques est un succès, car des dizaines de missiles ont réussi à franchir la défense israélienne, atteignant des bases importantes et tuant des civils.
Contrairement à son programme nucléaire, aucun traité n’empêche Téhéran de construire autant de missiles balistiques qu’il le souhaite.
Netanyahu tentera d’aligner l’approche de Trump sur celle d’Israël en ce qui concerne le calendrier et les détails opérationnels d’une nouvelle attaque potentielle contre la République islamique, comme il l’a fait au cours des six premiers mois de l’année.
Il ne faut pas oublier que Trump s’est empressé de se rallier à une campagne de désinformation dans les semaines et les jours qui ont précédé les frappes israéliennes, qui comprenait des fuites sur de prétendus désaccords entre Jérusalem et Washington.
Une répétition d’une telle coordination contre l’Iran reste possible, mais comme Trump fonde une grande partie de sa politique étrangère sur des rapports de type transactionnel en concluant des deals, Netanyahu devra faire des concessions pour obtenir des contreparties.
Pour commencer, il serait relativement facile de modifier l’approche d’Israël vis-à-vis du nouveau régime syrien.
Sachant qu’il dépend de la position de l’Occident, qui le considère comme un pragmatique ayant renoncé au djihadisme, Ahmed al-Sharaa et son gouvernement n’ont absolument aucun intérêt à menacer ou à attaquer Israël.
De plus, la Syrie soutient actuellement fermement l’État juif dans sa lutte contre le Hezbollah et l’Iran, et elle est le mieux placée pour empêcher le réarmement du groupe terroriste chiite libanais sur le terrain.
Un retrait progressif mais régulier des troupes de Tsahal de la zone tampon en Syrie est un prix relativement modeste à payer pour obtenir un soutien plus enthousiaste de la part de Trump contre l’axe iranien.
Cependant, deux facteurs internes compliquent encore davantage la tâche de Netanyahu.
Il devra faire face à des élections législatives l’année prochaine.
En tant que Premier ministre en exercice le 7 octobre 2023, dirigeant qui a supervisé une guerre épuisante ayant laissé le Hamas au pouvoir, Netanyahu n’est pas dans une position particulièrement forte.
Les deux scandales qui ont éclaboussé son entourage, l’affaire du « Qatargate » et la fuite d’informations classifiées au journal Bild, ont pris un nouvel élan au cours de la semaine dernière et pourraient l’affaiblir davantage.
Netanyahu doit donc trouver un juste équilibre entre la nécessité de faire preuve d’un leadership efficace en temps de guerre et celle d’éviter une crise avec Washington qui compromettrait son affirmation selon laquelle il est le mieux placé pour tirer parti du second mandat de Trump.
Parallèlement, il tente de persuader Trump, qui soutient fermement le partenariat avec Israël, mais dont les proches conseillers et l’entourage familial sont favorables à un refroidissement des relations bilatérales.
Un cessez-le-feu permet d’obtenir ce que l’on a gagné sur le champ de bataille. Toutefois, bien que la porte-parole de Netanyahu, Shosh Bedrosian, ait affirmé il y a deux mois qu’Israël avait atteint tous ses objectifs de guerre avec le plan Trump, sa mise en œuvre montre à quel point cette déclaration était illusoire.
Il se pourrait bien qu’Israël doive retourner sur le champ de bataille à Gaza – et potentiellement au Liban et en Iran – pour instaurer la paix qui permettra de concrétiser la vision de Trump d’un Moyen-Orient stable et prospère. Mais le président américain préférerait que ce résultat soit obtenu grâce à sa diplomatie singulière, qui s’avère parfois efficace.
Pour qu’un nouveau Moyen-Orient ait une chance de voir le jour, Trump et Netanyahu devront trouver un terrain d’entente cette semaine sur la manière d’y parvenir.
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