Le gouvernement libanais vote le désarmement du Hezbollah
Les quatre ministres chiites présents à la réunion de jeudi, dont deux affiliés au Hezbollah, un au mouvement Amal, son allié, et un indépendant, se sont retirés avant la fin de la séance
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Le gouvernement libanais s’est réuni à nouveau jeudi pour discuter de l’épineuse question du désarmement du Hezbollah, au lendemain du rejet par le mouvement chiite de la décision de confisquer ses armes.
Sous pression des États-Unis et face aux craintes d’une intensification des attaques israéliennes au Liban, le gouvernement avait chargé mardi l’armée de préparer un plan pour désarmer d’ici la fin de l’année le mouvement islamiste soutenu par l’Iran.
La réunion de jeudi était consacrée à l’examen d’un mémorandum apporté par l’émissaire américain, Tom Barrack, incluant un calendrier de désarmement.
Selon le ministre de l’Information Paul Morcos, le gouvernement a approuvé l’introduction du texte américain, mais sans discuter d’échéances spécifiques.
L’émissaire américain a salué jeudi le Liban pour sa décision « historique, audacieuse et juste ».
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a dans la foulée félicité Beyrouth pour sa « décision courageuse et historique », qui doit lui permettre selon lui d’« aller vers une pleine souveraineté ».
Les quatre ministres chiites présents à la réunion de jeudi, dont deux affiliés au Hezbollah, un au mouvement Amal, son allié, et un indépendant, se sont retirés avant la fin de la séance pour protester contre la décision de désarmer le mouvement, selon la télévision du mouvement, Al-Manar.
La ministre de l’Environnement Tamara Elzein, proche d’Amal, a déclaré à Al-Manar que le gouvernement « espérait d’abord consolider le cessez-le-feu et le retrait israélien, avant de pouvoir finaliser les points restants », faisant référence à la proposition américaine.
Le Hezbollah est la seule faction libanaise qui avait été autorisée à conserver ses armes après la fin de la guerre civile (1975-1990).
Lors d’une conférence de presse suivant la réunion du Conseil des ministres, Morcos a été interrogé sur la manière dont le désarmement du Hezbollah serait mis en œuvre, compte tenu du refus du groupe de coopérer. Il a répondu que les décisions seraient appliquées conformément à un plan que l’armée libanaise présentera d’ici la fin du mois d’août, et qui comprendra un calendrier prévoyant le désarmement d’ici la fin 2025.
Selon une copie de l’ordre du jour du Conseil des ministres libanais consultée par Reuters, la proposition américaine, présentée par l’envoyé spécial du président américain Donald Trump dans la région, Tom Barrack, définit les mesures les plus détaillées à ce jour pour le désarmement du Hezbollah, soutenu par l’Iran, et le retrait complet de l’armée israélienne de cinq postes clés dans le sud du Liban.
Barrack a salué jeudi la décision « historique » de Beyrouth d’approuver le cadre.
Dans une publication sur X, il a félicité les dirigeants libanais « d’avoir pris cette semaine la décision historique, courageuse et juste de commencer à mettre pleinement en œuvre » l’accord de cessez-le-feu. « Les résolutions adoptées cette semaine par le Conseil des ministres ont enfin mis en œuvre la solution “Une nation, une armée” pour le Liban. Nous soutenons le peuple libanais », a-t-il ajouté.
La proposition de désarmement des États-Unis vise à « prolonger et stabiliser » l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre entre le Liban et Israël ».
« L’urgence de cette proposition est soulignée par le nombre croissant de plaintes concernant les violations par Israël du cessez-le-feu actuel, notamment les frappes aériennes et les opérations transfrontalières, qui risquent de provoquer l’effondrement du fragile statu quo », a-t-il déclaré.
La phase 1 du plan prévoit que, dans un délai de 15 jours, le gouvernement libanais promulgue un décret engageant le Hezbollah à se désarmer complètement d’ici au 31 décembre 2025. Durant cette phase, Israël mettrait également fin à ses opérations militaires, terrestres, aériennes et maritimes.
La phase 2 prévoit le lancement, dans un délai de 60 jours, de la mise en œuvre effective du plan de désarmement par le Liban, avec l’adoption par le gouvernement d’un « plan détaillé de déploiement [de l’armée libanaise] pour soutenir l’objectif de placer toutes les armes sous l’autorité de l’État ». Ce plan précisera les objectifs du désarmement.
Au cours de cette deuxième phase, Israël commencerait à se retirer des positions qu’il occupe dans le sud du Liban et les prisonniers libanais détenus par Israël seraient libérés, en coordination avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
Au cours de la phase 3, qui s’étendra sur 90 jours, Israël se retirera des deux derniers des cinq positions qu’il occupe, et un financement sera mobilisé pour entamer le déblaiement des décombres au Liban ainsi que la réhabilitation des infrastructures en vue de la reconstruction.
La phase 4, prévue sur 120 jours, imposera le démantèlement des dernières armes lourdes du Hezbollah, y compris les missiles et les drones. Durant cette même phase, les États-Unis, l’Arabie saoudite, la France, le Qatar et d’autres États partenaires organiseront une conférence économique destinée à soutenir l’économie et la reconstruction du Liban, et à « mettre en œuvre la vision du président Trump pour le retour du Liban en tant que pays prospère et viable ».
Un plan qui « n’aboutira jamais »
Le gouvernement affirme agir dans le cadre du cessez-le-feu conclu sous médiation américaine, qui a mis fin le 27 novembre à un an d’hostilités entre le Hezbollah et Israël en marge de la guerre dans la bande de Gaza.
L’accord de cessez-le-feu prévoit le retrait du Hezbollah de la zone située au sud du fleuve Litani et le démantèlement de ses infrastructures militaires, en contrepartie du renforcement du déploiement de l’armée libanaise et des Casques bleus de l’ONU.
Il prévoit également un retrait israélien du sud du Liban. Mais Israël maintient des troupes dans cinq positions frontalières qu’il juge stratégiques.
Israël a porté un coup dur au Hezbollah lors de son offensive l’an dernier, qui a marqué le point culminant d’un conflit déclenché le 8 octobre 2023, avec les tirs quasi quotidiens de drones et de roquettes sur Israël par le groupe libanais, en soutien à son allié, le groupe terroriste palestinien du Hamas. Ce dernier avait perpétré, la veille, un pogrom sanglant dans le sud d’Israël, déclenchant la guerre en cours dans la bande de Gaza.
Au cours de cet assaut meurtrier, les terroristes du Hamas ont assassiné plus de 1 200 personnes, en majorité des civils, et en ont kidnappé 251 qu’ils ont emmenées en otages dans l’enclave palestinienne.
En réponse à la décision de le désarmer, le Hezbollah, affaibli par la guerre avec Israël, a accusé le gouvernement de commettre un « péché grave » et affirmé qu’il ignorerait cette décision.
Jeudi, le bloc parlementaire du mouvement a appelé le gouvernement à « corriger la situation dans laquelle il s’est mis, ainsi que le Liban, en acceptant les exigences américaines qui servent inévitablement les intérêts de l’ennemi sioniste ».
Il considère que cette décision « sape la souveraineté du Liban » et « donne les mains libres à Israël pour porter atteinte à sa sécurité, à sa géographie, à sa politique et à son existence future ».
Iraj Masjedi, coordinateur adjoint de la Force Qods, branche des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de l’Iran, a déclaré que le désarmement du Hezbollah « n’arrivera pas ».
Le porte-parole de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), Andrea Tenenti, a annoncé jeudi que ses forces avaient « découvert un réseau étendu de tunnels fortifiés près de Naqoura », dans le sud du Liban, « comprenant plusieurs caches, des pièces d’artillerie, des lance-roquettes multiples ainsi que des centaines de projectiles et de roquettes, des mines antichars et d’autres explosifs ».
Israël, qui, malgré le cessez-le-feu, poursuit ses bombardements contre des infrastructures et des membres du groupe terroriste au Liban, disant cibler le Hezbollah, a menacé d’intensifier ses opérations militaires si le mouvement n’est pas désarmé.
Des frappes israéliennes ont tué au moins cinq personnes et en ont blessé dix jeudi dans l’est du Liban, selon le ministère de la Santé.
la Communauté du Times of Israël !







