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En Égypte, le pain rationné après des coupes dans l’aide alimentaire

850 000 personnes ont perdu leur carte d'aide alimentaire dans le cadre d'une réforme qui touchera plusieurs millions de personnes l'an prochain ; Environ 66 millions de personnes dépendent des allocations pour le pain

Un homme portant un plateau de pain sur un marché populaire du Caire, en Égypte, le 7 juin 2024. (Crédit :  Amr Nabil/AP)
Un homme portant un plateau de pain sur un marché populaire du Caire, en Égypte, le 7 juin 2024. (Crédit : Amr Nabil/AP)

Dans la file d’attente d’une boulangerie du quartier populaire d’El-Marg, au Caire, Eman Abdel Fattah compte son argent : depuis que sa carte d’aide alimentaire a été désactivée, elle se demande combien de temps elle pourra encore acheter du pain.

« Avant, on se préoccupait de savoir si on pouvait acheter de la viande. Désormais, c’est pour le pain qu’on s’inquiète », confie cette femme de 42 ans, mère de quatre enfants. Elle doit débourser dix fois plus qu’avant pour se procurer cet aliment incontournable en Égypte.

Comme elle, 850 000 personnes ont perdu le bénéfice de cette aide, selon le ministère de l’Approvisionnement, dans le cadre d’une réforme qui touchera plusieurs millions de personnes l’an prochain.

Cette mesure vise à réduire le coût d’un des plus grands programmes de subventions alimentaires au monde, qui a coûté 2,75 milliards d’euros à l’État l’an dernier, alors que l’Égypte applique un programme de réformes du Fonds monétaire international (FMI).

Mais pour les Égyptiens, c’est un nouveau coup dur.

Ces dernières années, ils ont déjà vu leurs économies fondre après plusieurs dévaluations de la livre, la monnaie nationale, et des taux d’inflation annuelle à deux chiffres, frôlant parfois les 40 %.

Le loyer mensuel moyen au Caire atteint désormais 10 500 livres (176 euros), selon le cabinet d’urbanisme égyptien 10 Tooba. Soit largement plus que le salaire minimum de 7 000 livres, qui, selon de nombreux travailleurs, est rarement respecté.

35 millions de pauvres

Dans les commerces du quartier d’El-Marg, les clients doivent faire preuve de gymnastique mentale avant chaque passage en caisse : il faut calculer le montant des achats et, bien souvent, retirer des articles du panier.

« Je m’inquiète constamment de savoir si je pourrai boucler le mois », explique Siham Abdel Qawi, une femme au foyer de 40 ans qui a renoncé à la viande, aux fruits et aux sucreries.

Avant qu’une sévère crise économique ne s’installe en 2022, un tiers des Égyptiens, soit environ 35 millions de personnes, vivaient déjà en dessous du seuil de pauvreté, tandis qu’un autre tiers vivotait juste au-dessus.

Depuis, l’Égypte n’a pas publié de statistiques, mais le gouvernement indique qu’environ 66 millions de personnes dépendent des allocations pour le pain.

En 2025, neuf millions d’habitants souffraient de sous-alimentation et plus de 30 % de la population était en situation de précarité alimentaire, selon l’ONU.

Des critères contestés

Siham Abdel Qawi et Eman Abdel Fattah ont toutes deux perdu leurs subventions alimentaires après avoir inscrit leurs enfants dans un établissement privé sans prétention, dans l’espoir de trouver une alternative aux écoles publiques égyptiennes, notoirement surpeuplées et sous-financées.

Or, la scolarisation est l’un des critères pris en compte pour déterminer l’éligibilité au programme d’aide, de même que le patrimoine, les revenus ou encore la consommation d’électricité.

Pourtant, scolariser ses enfants dans le privé « peut refléter des sacrifices consentis par les familles, et non une situation financière aisée », souligne Hisham Kamel, ancien responsable du ministère de l’Approvisionnement, auprès de l’AFP.

Le gouvernement répond que seules les écoles internationales d’élite entraînent une exclusion des subventions, mais cinq familles interrogées par l’AFP assurent avoir perdu les aides après une inscription dans une école privée ordinaire.

Pour Kressen Thyen, sociologue à l’université allemande de Cassel, qui étudie les systèmes d’aide au Moyen-Orient, « de nombreuses familles vulnérables sont exclues en raison d’erreurs administratives et de failles du système ».

Des milliers de personnes ont formé un recours, selon un porte-parole du ministère de l’Approvisionnement, alors que le sujet de l’aide alimentaire est sensible dans le pays.

En 1977, des émeutes avaient contraint les autorités à revenir sur un plan de réduction des subventions. Et en 2011, « Pain, liberté, justice sociale » était le slogan de ralliement lors du soulèvement qui a renversé le président Hosni Moubarak.

À chaque vague de libéralisation, le gouvernement s’était donc gardé de toucher au pain subventionné… jusqu’en 2024, date à laquelle il a fait passer le prix de cinq à 20 piastres (0,2 livre). Le tarif du pain non subventionné s’établit, lui, à deux livres pour une galette de 80 grammes.

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