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Ohana critiqué pour l’exclusion du président de la Cour Suprême au discours de Trump

Le président de la Knesset rétorque : « Ceux qui piétinent la Knesset et ses décisions ne peuvent pas s'attendre à être invités » ; Lapid presse Herzog de boycotter de futurs événements en cas de récidive

Le président américain Donald Trump (à gauche), le président de la Knesset Amir Ohana (au centre) et le président Isaac Herzog à la Knesset, à Jérusalem, le 13 octobre 2025 (Crédit : Kenny HOLSTON / POOL / AFP)
Le président américain Donald Trump (à gauche), le président de la Knesset Amir Ohana (au centre) et le président Isaac Herzog à la Knesset, à Jérusalem, le 13 octobre 2025 (Crédit : Kenny HOLSTON / POOL / AFP)

Mardi, un différend a éclaté au sein des autorités israéliennes : le président Isaac Herzog a en effet reproché au président de la Knesset, Amir Ohana, de ne pas avoir invité le président de la Cour suprême et la procureure générale au discours du président américain Donald Trump à la Knesset, lundi, énième avatar de la lutte que se livrent depuis longtemps les branches du pouvoir en Israël.

Ohana a justifié sa décision – ce à quoi ont réagi les députés de l’opposition en se joignant au chœur des protestations. Yair Lapid, le chef de l’opposition, a pressé Herzog de boycotter de futures sessions de la Knesset.

Le discours historique de Trump, le premier d’un président américain à la Knesset depuis 2008, a célébré l’accord négocié par les États-Unis pour mettre fin à la guerre de Gaza et libérer les 48 otages détenus par des groupes terroristes dans la bande de Gaza. Il a été précédé le discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu, de Lapid et d’Ohana lui-même, dont le président de la Cour suprême, Isaac Amit, et la procureure générale, Gali Baharav-Miara, ont été les grands absents.

Fait rarissime, le président Herzog a critiqué un geste de politique intérieure et dénoncé la décision prise de ne pas inviter les deux hauts responsables.

« L’exclusion du président de la Cour suprême et de la procureure générale de cette session de la Knesset consacrée au discours du président américain est inappropriée et elle porte atteinte à la dignité de l’État »,peut-on lire dans le communiqué.

« Je suis sincèrement navré de cet incident », a ajouté le président. « C’est un coup dur porté à la dignité de l’État et un acte inapproprié – en particulier en cette journée pleine d’exaltation, de spiritualité et d’unité nationale. »

Sur ce composite, on voit le président de la Cour suprême Isaac Amit (à gauche) et la procureure générale Gali Baharav-Miara (Yonatan Sindel et Oren Ben Hakoon/Flash90)

Ces deux personnalités sont la cible du gouvernement Netanyahu, qui tente tant bien que mal de limoger Baharav-Miara et qui, à plusieurs occasions, a annoncé son intention de ne plus tenir compte de ses décisions en raison de la longue liste de celles prises contre l’avis du gouvernement.

Par ailleurs, le ministre de la Justice, Yariv Levin, refuse de se plier à l’autorité d’Amit, qu’il n’a pas eu d’autre choix que de nommer juge en chef de la Cour suprême. Enfin, cela fait maintenant plusieurs années que le gouvernement tente d’imposer une refonte du système judiciaire hautement polémique qui aurait pour effet de restreindre le pouvoir de la Cour suprême.

D’autres hauts responsables, à l’instar du contrôleur d’État Matanyahu Englman et du maire de Jérusalem, Moshe Lion, avaient eux été invités.

« Ce méprisable boycott ne frappe pas seulement le juge en chef Amit, symbole d’autorité, mais bien l’ensemble du pouvoir judiciaire et, de facto, la démocratie israélienne », a déclaré Amit Becher, chef du barreau d’Israël, à propos de cette rebuffade.

Le président américain Donald Trump (à gauche), le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) et le président de la Knesset, Amir Ohana, conversent à la Knesset, le 13 octobre 2025 (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Ohana a justement évoqué la refonte judiciaire et les réactions de la Cour à cette dernière pour justifier sa décision de ne pas inviter Amit et Baharav-Miara.

Ohana reproche à la Cour de « s’être placée au-dessus du peuple » au début de l’année dernière en invalidant un élément clé de la refonte. Cette loi, adoptée en tant que loi fondamentale quasi constitutionnelle en 2023, aurait aboli la norme dite du « caractère raisonnable » en ce qui concerne l’examen des mesures gouvernementales.

En janvier 2024, la Cour suprême avait statué que la loi portait gravement atteinte à la séparation des pouvoirs et au principe de l’État de droit.

« Il est regrettable que le président de l’État s’attende à ce qu’une seule branche du gouvernement [la Knesset] soit objective et agisse conformément aux règles, alors qu’une autre branche la piétine sans en avoir la compétence, en violation de la loi », a déclaré Ohana en qualifiant la décision de janvier 2024 d’« acte sans précédent dans l’État d’Israël qui a annulé la décision de la majorité – et en temps de guerre ».

« Ceux qui piétinent la Knesset et ses décisions ne peuvent pas s’attendre à être honorés d’invitation », a poursuivi le président de la Knesset.

Le ministre de la Justice Yariv Levin lors d’une cérémonie en l’honneur du juge sortant de la Cour suprême Yosef Elron, à la Cour suprême, à Jérusalem, le 18 septembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Levin a lui aussi réagi aux propos de Herzog en rappelent les décisions de la Cour suprême auxquelles il s’est fermement opposé et la décision unanime de la Cour exhortant le gouvernement à revenir sur la destitution de la procureure générale.

« L’unité et l’objectivité sont en effet des valeurs importantes. Cependant, le comportement coercitif et illégal dont fait preuve le pouvoir judiciaire et la négation systématique des décisions du peuple sont à l’opposé de l’unité et de l’objectivité », a déclaré Levin en ajoutant « Le temps où nous baissions la tête en signe de soumission est révolue et ne reviendra pas. »

Le président américain Donald Trump (à droite) serre la main du chef de l’opposition et député israélien Yair Lapid à la Knesset, à Jérusalem, le 13 octobre 2025. (Photo de SAUL LOEB / POOL / AFP)

Ces déclarations ont suscité de vives protestations de la part des députés de l’opposition.

« Hier, nous avons vécu des moments rares d’unité nationale, sans politique, mais la coalition renoue déjà avec les querelles et divisions », a déclaré Lapid mardi.

« J’en appelle à Amir Ohana : donnez à ce pays la chance de vivre le bien commun, invitez le président de la Cour suprême à la cérémonie d’ouverture de la Knesset, comme il se doit d’une personne de son titre et de son rang », a-t-il ajouté en pressant Herzog à boycotter l’événement en cas de refus d’Ohana.

Le président américain Donald Trump s’adresse aux députés israéliens à la Knesset, sous les applaudissements du président Amir Ohana, le 13 octobre 2025, à Jérusalem. (Crédit : Jalaa Marey/Pool Photo via AP)

Le député démocrate de gauche Gilad Kariv a déclaré qu’il porterait plainte auprès de la commission d’éthique de la Knesset à propos de cet incident.

« Un président de la Knesset qui ne reconnaît pas le président de la Cour suprême n’est pas apte à être reconnu par les membres de la Knesset et présente un danger pour la démocratie israélienne », a déclaré Kariv. « Je doute qu’aucun président de la Knesset ait jamais autant manqué de respect à la Knesset qu’Ohana. »

Kariv a également insisté pour recevoir la liste des « apparatchiks » du Likud invités à cet événement, accusant Ohana d’avoir « rempli la galerie des visiteurs [de la Knesset] » avec des fonctionnaires du Likud « aux dépens des familles d’otages ».

La députée du parti Yesh Atid, Karine Elharrar, a écrit un courrier à Ohana pour lui rappeler que les fonctions de président de la Knesset imposaient de se comporter de manière apolitique et au nom de l’ensemble des partis politiques.

« Vous n’avez pas compétence pour décider de boycotter ou non les hauts fonctionnaires simplement parce qu’ils ne soutiennent pas les politiques du gouvernement actuel. Cette décision est inconvenante et porte atteinte aux règles de fonctionnement attendues d’un État démocratique », a-t-elle écrit.

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