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Ramallah est la mieux placée pour diriger Gaza après la guerre – Premier ministre de l’AP

Mustafa a dit que l'instance basée en Cisjordanie s'engageait à mener à bien les réformes, insistant sur le fait que l'AP est la meilleure chance de stabilité dans la bande de Gaza

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Mohammad Mustafa assiste à une session extraordinaire du Conseil des ministres des Affaires étrangères des États membres de l'Organisation de coopération islamique (OCI) à Djeddah, le 7 mars 2025. (Crédit : Amer HILABI / AFP)
Le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Mohammad Mustafa assiste à une session extraordinaire du Conseil des ministres des Affaires étrangères des États membres de l'Organisation de coopération islamique (OCI) à Djeddah, le 7 mars 2025. (Crédit : Amer HILABI / AFP)

ONU- Jeudi, Mohammad Mustafa, Premier ministre de l’Autorité palestinienne, a plaidé en faveur de l’attribution à Ramallah d’un rôle de premier plan dans la gestion de Gaza après la guerre, arguant que celle-ci était la mieux placée pour ces fonctions, malgré les obstacles dressés par le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« L’Autorité palestinienne est importante, non seulement pour le maintien de la stabilité en Cisjordanie, mais aussi pour le rétablissement de la situation à Gaza », a déclaré Mustafa au cours d’un événement virtuel organisé par le groupe de réflexion Brookings Institution, basé à Washington. « Malgré tous les défis, malgré toutes les difficultés, malgré les réformes nécessaires — sur lesquelles nous travaillons —, la seule partie en capacité de remettre les choses sur les rails avec le soutien des partenaires internationaux est sans conteste l’Autorité palestinienne. »

Si une grande partie de la communauté internationale soutient le remplacement du Hamas par l’Autorité palestinienne en tant qu’organe de gouvernance à Gaza, Israël a pour sa part maintenu un veto effectif sur cette transition, affirmant que l’instance, dont le siège est à Ramallah, est irrémédiablement corrompue et qu’elle encourage la violence contre Israël.

L’administration du président américain Donald Trump s’est parfois elle-même montrée critique envers l’Autorité palestinienne, allant jusqu’à interdire au président Mahmoud Abbas d’entrer aux États-Unis pour assister à l’Assemblée générale des Nations unies le mois dernier. Mais les principaux acteurs arabes ont conditionné leur soutien à la gestion de Gaza après la guerre à un rôle donné à une Autorité palestinienne réformée. Washington semble désormais modifier légèrement son approche, autorisant Abbas à assister à une conférence des dirigeants mondiaux qui a été organisée au début du mois en Égypte. A cette occasion, Trump a été vu embrassant chaleureusement le dirigeant de l’Autorité palestinienne.

Mustafa, conseiller économique de longue date d’Abbas, ancien vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, a également dirigé le Fonds d’investissement palestinien et occupé des postes de haut niveau à la Banque mondiale. Il a été nommé Premier ministre l’an dernier, dans un contexte d’appels croissants à la réforme de l’Autorité palestinienne, qui n’a pas organisé d’élections législatives depuis 2006, ni d’élections présidentielles depuis 2005.

Il a profité de l’opportunité – relativement rare – de s’adresser à un public américain pour présenter les défis auxquels l’Autorité palestinienne est confrontée ainsi que les réformes qu’il a mises en œuvre.

Mustafa a tout d’abord souligné la présence de plus de 1 000 points de contrôle mis en place par l’armée israélienne dans toute la Cisjordanie, qui ont considérablement restreint les déplacements des Palestiniens et entravé la bonne marche de l’économie de la Cisjordanie. Selon Israël, ces mesures sont nécessaires pour assurer la sécurité des résidents d’implantations qui vivent dans le territoire, dans un contexte où les groupes terroristes palestiniens visent les civils et les soldats.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne a ensuite fait remarquer que le gouvernement israélien retenait plus de 3 milliards de dollars de fonds destinés à l’AP, rendant « notre vie économique extrêmement difficile ».

En effet, en raison du statut de territoire de l’Autorité palestinienne, les accords d’Oslo stipulent qu’il revient à Israël de percevoir les recettes douanières au nom de l’Autorité et de transférer ces fonds chaque mois à Ramallah. L’Autorité palestinienne dépend très fortement de ces fonds, qui constituent la majeure partie de son budget annuel.

Israël a, à plusieurs reprises, retenu ces fonds, invoquant les prestations sociales versées par l’Autorité palestinienne aux terroristes condamnés et à leurs familles, ainsi qu’aux proches des agresseurs décédés. Pour Jérusalem, cette pratique récompense directement le terrorisme.

En février, Abbas a signé un décret mettant fin à la politique de versement de prestations aux prisonniers en fonction de la durée de leur peine. Si des documents obtenus par le Times of Israel indiquent que l’ancien système a effectivement été supprimé, Israël affirme qu’il est toujours en vigueur, sans n’avoir toutefois encore fourni de preuves à ce sujet.

Ainsi, à cause de ce manque de fonds, les employés du secteur public ont perdu 13 mois de salaire au cours des seules trois dernières années, a déploré Mustafa.

Les enseignants des écoles publiques se sont mis en grève en raison du paiement partiel de leurs salaires, provoquant un retard dans la rentrée scolaire.

Des soldats de l’armée israélienne en opération en Cisjordanie, sur une image publiée le 31 octobre 2025. (Crédit : Armée israélienne)

Par ailleurs, les nouvelles politiques bancaires israéliennes ont également empêché l’Autorité palestinienne de déposer quelque 4,6 milliards de dollars, créant ainsi une importante crise de liquidités, qui a aggravé une situation économique déjà catastrophique.

Le taux de chômage en Cisjordanie a bondi pour atteindre 35 %. Plus de 200 000 Palestiniens ont en effet perdu leur emploi en Israël lorsque l’armée israélienne a révoqué leurs permis d’entrée pour des raisons de sécurité, dans le sillage de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

Mustafa a indiqué que Ramallah avait réussi à convaincre les pays arabes et européens de fournir une aide supplémentaire destinée à compenser le manque de fonds, mais que l’Autorité palestinienne continuait malgré tout d’accumuler un déficit massif, en raison des emprunts contractés auprès du secteur privé.

Le Premier ministre de l’AP a ensuite évoqué les opérations antiterroristes menées par Tsahal dans toute la Cisjordanie, des opérations qui ont contraint des dizaines de milliers de Palestiniens à quitter leur foyer, dans un contexte de crise économique. Pour Israël, ces opérations sont indispensables sur le plan sécuritaire, parce qu’elles permettent de lutter contre des réseaux terroristes bien implantés, et de déjouer de nombreux attentats meurtriers chaque année.

Ces raids ont eu lieu dans un contexte d’attaques quasi quotidiennes menées par des résidents d’implantations contre les Palestiniens, des agressions qui sont restées largement impunies.

Illustration : des soldats et des résidents d’implantations israéliens se rassemblent dans le village d’Edna, au nord de la ville cisjordanienne d’Hébron, pendant la saison de la récolte des olives, le 12 octobre 2025. (Crédit : Photo de HAZEM BADER / AFP)

L’an dernier, l’administration Biden a obtenu des pays occidentaux qu’ils sanctionnent les individus et les entités extrémistes parmi les résidents d’implantations. Mais Trump a annulé cette politique, et Mustafa, pour sa part, a reconnu que les sanctions n’avaient eu que peu d’effet sur le terrain.

Il a néanmoins exhorté les États à prendre « des mesures plus sérieuses pour envoyer le bon signal… à ce gouvernement israélien, afin qu’il comprenne que cela n’est pas acceptable ».

Israël ne peut pas se servir de la réforme comme « excuse »

Mustafa, interrogé sur les réformes que lui-même et l’Autorité palestinienne entreprennent, a admis que Ramallah avait encore des efforts à faire. Il a néanmoins souligné la tenue d’élections l’an prochain, avec l’approbation d’Abbas. Des élections municipales auront également lieu début 2026, a précisé le Premier ministre.

Si, dans le passé, Abbas a, à plusieurs reprises, fait part de son intention d’organiser des élections, il les a cependant et de nombreuses fois annulées, imputant la responsabilité de ces annulations aux restrictions imposées par Israël. Mais ses détracteurs invoquent plutôt la crainte que lui-même et son parti, le Fatah, largement impopulaire, ne subissent une défaite écrasante en cas de scrutin public.

« Même si nous ne sommes pas l’administration la plus performante au monde, nous avons toutefois et toujours une responsabilité envers notre peuple, en particulier celui de Gaza », a déclaré Mustafa. « Ce dont ce peuple a le plus besoin aujourd’hui, c’est d’aide. Nous devons pouvoir leur fournir des hébergements, renvoyer les enfants à l’école, soigner les blessés, permettre aux gens de trouver de nouveaux emplois… [et] reconstruire Gaza. »

En outre, a-t-il noté, si de nombreux dirigeants mondiaux ont appelé à une réforme de l’Autorité palestinienne, ce terme est désormais une sorte de mot à la mode, et reste en réalité souvent vague.

Des Palestiniens transportent de l’eau au milieu des ruines de la ville de Gaza, le 26 octobre 2025. (Crédit : AP/Jehad Alshrafi)

« Nous mettons actuellement tout en œuvre pour [mener] ces réformes. Nous espérons néanmoins que ce point ne servira pas de prétexte au gouvernement israélien pour poursuivre son occupation », a confié Mustafa.

Quant à la capacité de l’Autorité palestinienne à reprendre le contrôle de Gaza après avoir été, en 2007, évincée par le Hamas, Mustafa a fait valoir que Ramallah comptait déjà 35 000 employés dans l’enclave côtière, notamment 6 000 enseignants, 7 000 médecins et des milliers d’agents de sécurité inactifs, susceptibles de constituer une base à la force de police nécessaire pour stabiliser Gaza.

Plusieurs milliers d’autres employés de l’Autorité palestinienne sont également formés par la Jordanie et l’Égypte afin d’être déployés ultérieurement à Gaza, a-t-il ajouté. Le personnel de l’Autorité palestinienne a en outre été chargé de participer à la reprise de la gestion du poste-frontière de Rafah – une fois qu’Israël aura autorisé sa réouverture.

Des engins lourds lors d’une opération supposée visant à récupérer le corps d’un otage dans le quartier d’al-Tuffah à Gaza, le 27 octobre 2025 (Omar AL-QATTAA / AFP)

Mustafa a annoncé que l’Autorité palestinienne était prête à inviter officiellement une force de sécurité internationale pour aider à stabiliser la bande de Gaza, ainsi que le prévoit le plan en 20 points avancé par Trump pour mettre fin à la guerre.

Cette force de sécurité, a-t-il souligné, devra toutefois être mandatée par le Conseil de sécurité des Nations unies, travailler avec et soutenir les forces existantes de l’Autorité palestinienne, et constituer une solution temporaire.

« J’encourage tout le monde à aider l’Autorité palestinienne à se mettre en place… non seulement pour gouverner en Cisjordanie, mais également à Gaza, car tel est le meilleur moyen de faire avancer la situation dans [l’enclave] », a poursuivi Mustafa. « Aucune mission internationale ne pourra y parvenir seule. L’Autorité palestinienne représente un atout majeur pour la stabilité dans la région. »

Interrogé, en guise de conclusion, sur son point de vue au sujet des récentes décisions de plusieurs grands pays occidentaux de reconnaître un État palestinien, Mustafa a insisté sur le fait que ces initiatives n’étaient pas juste symboliques.

« Je pense que ces décisions nous aideront à retrouver l’espoir, à nous dire qu’une solution à deux États est encore possible [en ce qu’elles prouvent] qu’il existe toujours un fort soutien international en sa faveur », a-t-il affirmé. « Il est important de rappeler au gouvernement et au peuple d’Israël que l’occupation n’est pas la solution. Des millions de Palestiniens sont toujours là, juste à côté, et ils continuent de revendiquer leurs droits, malgré le temps qui passe. »

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