Rubio : les violences en Cisjordanie pourraient compromettre le cessez-le-feu à Gaza
Dans des propos rares sur les attaques contre les Palestiniens, le secrétaire d'État US salue Herzog et Tsahal pour avoir condamné la dernière vague de violence des résidents d'implantations
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Mercredi, dans ses premières déclarations sur la récente vague de violences commises par des résidents d’implantations radicaux, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a mentionné l’existence d’une « certaine inquiétude » quant au fait que les événements en Cisjordanie pourraient compromettre les efforts visant à maintenir le cessez-le-feu à Gaza.
« Les inquiétudes sont réelles quant au fait que les événements qui se déroulent en Cisjordanie pourraient affecter l’évolution de la situation, et compromettre ce que nous entreprenons à Gaza », a fait savoir Rubio aux journalistes, ajoutant qu’il espérait que la violence ne mettrait pas à mal le cessez-le-feu, et qu’il ne s’attendait de toutes façons pas à ce que ce soit le cas.
Rubio a salué les condamnations prononcées par le président Isaac Herzog et les hauts responsables de l’armée israélienne à l’encontre des violences commises par les résidents d’implantations, au lendemain des nombreux incendies causés par des dizaines d’Israéliens et visant des Palestiniens en Cisjordanie, notamment des usines et des terres agricoles entre les grandes villes de Naplouse et Tulkarem.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et les membres de sa coalition sont restés silencieux sur ce phénomène. Selon les critiques, le gouvernement pourrait soutenir tacitement ces attaques, qui se produisent presque quotidiennement.
S’il a évité toute condamnation directe et catégorique, Rubio, par ses commentaires, a marqué un cas rare de prise de position de l’administration du président américain Donald Trump sur la question de la violence des partisans du mouvement pro-implantations.
Dès son premier jour à la Maison Blanche, Trump a signé un décret mettant fin au régime de sanctions établi un an plus tôt par le président Joe Biden contre les radicaux pro-implantations et les entités qui les soutiennent.
Depuis, les attaques se sont poursuivies sans relâche, incluant notamment des raids répétés visant plusieurs villages chrétiens. Mike Huckabee, l’ambassadeur américain en Israël, qui a également été ordonné pasteur, s’est rendu dans l’un de ces villages en juillet. Il a alors réclamé que les auteurs de ces attaques soient traduits en justice mais, à ce jour, aucune mise en accusation n’a encore été prononcée.
L’engagement par Israël de poursuites judiciaires contre ce type de crimes est extrêmement rare. Le commandant de la division de la police de Cisjordanie fait actuellement l’objet d’une enquête. Il est soupçonné d’avoir fermé les yeux sur les violences commises par les résidents d’implantation afin de s’attirer les faveurs du ministre d’extrême droite chargé de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, également chef de la police. Ce commandant a toutefois été autorisé à réintégrer les forces de l’ordre, malgré la poursuite de l’enquête sur ses agissements.
Seuls quatre suspects ont été arrêtés à la suite de l’attaque de mardi. Trois d’entre eux ont été relâchés mercredi.
L’armée israélienne et la police se sont mutuellement reproché l’incapacité d’Israël à maîtriser ce phénomène. Certains responsables de la sécurité auraient, en privé, critiqué le gouvernement, dont les membres d’extrême droite présentent des liens avec les auteurs de ces actes.
L’administration Trump a également cherché à détourner l’attention de la communauté internationale de cette question.
Dans un communiqué publié par le G7 mercredi, les ministres des États membres ont affirmé leur engagement à « continuer à suivre de près la situation en Cisjordanie ».
L’an dernier, alors que Biden était encore en fonction, un communiqué similaire avait été rédigé, qui disait alors : « Nous exprimons notre inquiétude face à la dégradation de la situation sécuritaire en Cisjordanie. Toutes les parties doivent s’abstenir de toute action unilatérale, ainsi que de toute déclaration susceptible de compromettre la perspective d’une solution à deux États, y compris l’expansion des implantations israéliennes, la légalisation des avant-postes d’implantations, et toute éventuelle annexion de la Cisjordanie. »
Alors même que Rubio concluait ses propos, des informations faisaient état d’une nouvelle attaque de pro-implantations, visant cette fois le village cisjordanien de Sinjil, au nord de Ramallah. Les agresseurs auraient ouvert le feu sur la garde civile du village.
Un jeune homme a été touché au pied par des tirs à balles réelles. Il a été légèrement blessé, d’après le site d’information officiel de l’Autorité palestinienne, Wafa et Al Jazeera.
« Ce crime s’inscrit dans le cadre d’une escalade des attaques perpétrées par des partisans du mouvement pro-implantations soutenus par l’armée d’occupation », a fait savoir la municipalité de Sinjil dans un communiqué.
Si les attaques de résidents d’implantations se multiplient, les interventions policières ont pour leur part chuté, selon des données
Ces trois dernières années, le nombre d’enquêtes policières sur les violences nationalistes juives en Cisjordanie a fortement baissé, alors même que les attaques des partisans du mouvement pro-implantations contre les Palestiniens ont atteint des niveaux sans précédent, selon la chaîne d’information N12.
D’après la chaîne, le nombre d’enquêtes ouvertes depuis 2023, sous Ben Gvir, a diminué de 73 %. Les forces de l’ordre n’ont en effet ouvert que 60 enquêtes sur les violences commises par des résidents d’implantations cette année, contre 150 cas en 2024 et 235 cas en 2023, et ce, malgré l’augmentation du nombre d’agressions signalées au cours de cette période.
Le reportage a en outre indiqué que seulement 10 % des enquêtes ont abouti à des inculpations en 2023. Un chiffre qui a encore diminué l’année suivante, même si la chaîne n’a pas précisé le pourcentage exact, se contentant de noter que la majorité des enquêtes ont été suspendues ou classées sans suite.
Ben Gvir, qui réside dans une implantation de Cisjordanie, a, avant de se lancer en politique, travaillé comme avocat. À ce titre, il a souvent représenté des Israéliens juifs d’extrême droite accusés de violence extrémiste, après avoir lui-même été condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine et terrorisme.
La baisse du nombre d’enquêtes va de pair avec une augmentation marquée des violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations, avec plus de 704 incidents de type « crimes nationalistes » recensés par l’armée israélienne depuis le début de l’année – contre 675 pour l’ensemble de l’année 2024.
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