Après une attaque meurtrière, Beit Shemesh cherche à maintenir la joie de Pourim
Alors que la ville est encore sous le choc, la majorité des synagogues sont restées ouvertes pour Pourim, contrairement aux directives de l'armée, mais les rues sont largement désertes
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Alors que le soleil se couchait, dans la soirée de dimanche, sur les rangées d’immeubles en pierre calcaire de Beit Shemesh, marquant le début de la fête de Pourim, un missile iranien solitaire a traversé le ciel.
Trop éloigné pour provoquer l’activation des sirènes d’alerte, le projectile s’est finalement heurté à un intercepteur. Bien en dessous, deux jeunes garçons haredim poussés par la curiosité — l’un était déguisé en vieux rabbin, portant une fausse barbe blanche ; l’autre portait les atours du Joseph de la bible — étaient en train de regarder le ciel depuis un rebord surplombant cette ville-dortoir tentaculaire.
Ils sortaient, à ce moment-là, d’une synagogue voisine où une foule s’était rassemblée pour écouter la lecture de la megillah, une récitation du livre biblique d’Esther qui raconte la victoire remportée par les Juifs contre leur persécuteur, Haman, dans la Perse antique.
Des lectures qui sont souvent bruyantes, les fidèles étant vêtus de costumes amusants pour célébrer cette fête qui ressemble à un carnaval.
Mais l’ambiance de Pourim à Beit Shemesh, cette année, est nettement moins joyeuse.
Vint-quatre heures auparavant, un missile balistique a frappé une synagogue de la ville – détruisant un abri public et entraînant la mort de neuf personnes, dont plusieurs enfants – une attaque qui a aussi fait plus de 40 blessés.
Cette frappe, la plus meurtrière à avoir été perpétrée par l’Iran jusqu’à présent dans le cadre de cette guerre, a secoué la ville tant physiquement que spirituellement.
La grande majorité des synagogues de Beit Shemesh, qui compte une importante population ultra-orthodoxe, sont encore ouvertes en cette soirée de Pourim, au mépris des directives du Commandement du front intérieur de l’armée israélienne, qui interdisent les rassemblements publics. Toutefois, il n’y pas d’exubérance qui est habituellement typique de Pourim.
Si beaucoup sont restés chez eux en raison des restrictions imposées par Tsahal, les habitants estiment que la catastrophe meurtrière qui est survenue samedi est en grande partie responsable de l’absence notable de célébrations publiques dans les rues, en grande partie vides – même si des petits groupes d’adolescents continuent de faire la fête.
« La tragédie a considérablement fait baisser le volume sur le plan émotionnel », explique Chana Orly Schmidt, l’épouse du rabbin d’une synagogue locale du mouvement Habad.
En même temps, Schmidt avoue que le récit de Pourim — qui raconte comment la reine Esther avait déjoué le complot ourdi par Haman, conseiller du roi perse Assuérus, qui cherchait à exterminer les Juifs du royaume — prenait encore plus de sens à la lumière de la catastrophe, alors qu’Israël continue de se battre contre la république islamique.
« Ce n’est pas seulement l’histoire, c’est ce qui se passe aujourd’hui », dit-elle alors qu’un petit nombre de fidèles se rassemblent dans la synagogue. « Dieu nous commande d’écouter la megillah comme un récit qui se déroulerait aujourd’hui, dans le présent… il y a toujours quelqu’un qui vient opprimer la nation juive, pour nous détruire ».
La guerre, note-t-elle, l’a placée, ainsi que d’autres habitants, à un « carrefour » : céder à la tristesse ou obéir à la volonté de Dieu. « Dieu veut que nous soyons heureux à Pourim », s’exclame-t-elle.
« Devons-nous sombrer, après avoir été témoins de cette réalité déprimante, dans un état de tristesse ? Ou bien devons-nous amplifier la voix de Dieu, qui nous dit d’être joyeux ? », s’interroge-t-elle.
Les années précédentes, le mouvement Habad local avait organisé des récitations de la megillah dans un grand parc public, en plein air, à toutes les heures dans la soirée de Pourim – attirant une centaine de personnes à chaque lecture. Mais cette fois-ci, une dizaine de personnes seulement se sont discrètement présentées à la synagogue.
Éclairée par des lampes fluorescentes, la synagogue arbore des décorations clairsemées : des banderoles souhaitant un joyeux Pourim aux fidèles et une écharpe scintillante posée sur la bimah. L’époux de Schmidt est arrivé quelques minutes avant la lecture.
« Il y a toujours de la musique, des activités pour les enfants — nous avions prévu des projets artistiques pour cette année. Mais nous avons dû tout déplacer à l’intérieur parce qu’il y a un abri public ici », explique le rabbin Aharon Schmidt.
Le rabbin Yehoshua Gerzi, qui dirige la synagogue Pilzno Shul de la ville, est l’un des rares rabbins à avoir pris, en toute conscience, la décision de réduire l’ampleur des festivités, annonçant au public que les offices de Pourim seraient annulés. Il a néanmoins organisé plusieurs quorums de prière limités.
Objectif : s’assurer que le moins de personnes possible sieont rassemblés au même endroit et toujours rester à proximité d’une zone protégée en cas d’alerte. « Le fait est que les quorums doivent continuer, mais qu’ils doivent se dérouler en toute sécurité », dit-il.
Vers 21 heures 30, les rues sont plutôt calmes, à l’exception de quelques cris et hurlements occasionnels qui proviennent de petits groupes d’adolescents qui errent dans les rues, une boisson alcoolisée à la main. Les familles sont rares : la majorité d’entre elles ont directement rejoint leur domicile après les lectures.
David Zino, soldat dans la marine israélienne, n’avait pas dormi une nuit complète depuis trois jours lorsqu’il est rentré chez lui depuis sa base, à Haïfa.
Ce soir, il boit néanmoins de l’arak avec ses deux frères dans une aire de jeux, tandis qu’un son techno retentit depuis un haut-parleur, à proximité. Ils sont pratiquement les seuls à être dehors.
Vêtu d’un drapeau israélien et d’une perruque blonde ébouriffée, le jeune homme âgé de 19 ans explique avoir supplié son commandant de lui accorder un congé. « J’ai insisté pour avoir un jour de vacances, la moitié de l’équipe est encore en mer, l’autre moitié fait la fête », confie-t-il d’un air penaud.
Le frère de Zino, Yitzhak, vêtu d’une combinaison orange de prisonnier et couvert de faux tatouages sur la nuque et sur les bras, insiste sur le fait que malgré la guerre et les tirs de missiles intermittents, les frères et sœurs célébreront Pourim comme ils le font habituellement.
« Comme on est en guerre en ce moment, peu de gens ont envie de faire la fête, mais les célébrations viennent à peine de commencer et nous faisons déjà la fête », dit-il avec optimisme. « À la fin, Pourim 2026 va être le plus joyeux de tous les temps ».
la Communauté du Times of Israël !







