« C’est tous des Juifs de merde » : des étudiantes dénoncent un climat antisémite dans une prépa à Paris
Alertée à plusieurs reprises, la direction de l'École normale catholique Blomet est accusée d'avoir tardé à réagir
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Une enquête de Radio France met en lumière plusieurs signalements d’actes antisémites au sein des classes préparatoires de l’École normale catholique Blomet, ainsi que le manque de réactivité de cet établissement privé sous contrat situé à Paris.
L’affaire débute en février lorsqu’une étudiante en hypokhâgne découvre une feuille sur laquelle il est inscrit : « C’est tous des Juifs de merde, des Maghrébins, des barbares, des PD ». Le document est rédigé en caractères Fraktur, une typographie associée au nazisme, et comporte une étoile de David dessinée à la main.
« J’ai immédiatement pris une photo et envoyé le cliché à Éric Barbier, directeur des classes préparatoires », raconte l’étudiante. Reçue une semaine plus tard, elle affirme qu’« Éric Barbier m’a dit que les faits étaient graves, mais qu’il ne pouvait pas s’en occuper pour le moment, à cause des journées portes ouvertes. Il m’a aussi expliqué qu’il souhaitait régler ça en interne ».
Ses parents tentent ensuite de joindre la direction, en vain. « Je n’ai jamais eu aucune réponse. Je pensais qu’on allait me rappeler tout de suite, mais petit à petit j’ai compris que le sujet avait sans doute été mis de côté pour ne pas faire de vague. »
Quelques semaines plus tard, l’étudiante échange avec une autre élève de la promotion, qui est juive. Toutes deux rapportent que cet épisode ne constitue pas un cas isolé.
« En classe ou dans les couloirs, nous entendons en permanence des propos racistes, antisémites, sexistes », rapportent-elles.
Les deux étudiantes disent également avoir observé la présence récurrente de symboles associés à l’idéologie néonazie, notamment une rune d’Odal dessinée sur l’agenda d’un étudiant. Deux autres élèves avaient déjà alerté un enseignant en 2024 sur des « remarques racistes à longueur de cours » et un « climat anxiogène ».
Selon les deux étudiantes, environ 20 des 80 étudiants que compte leur promotion afficheraient ouvertement des convictions d’extrême droite, tandis qu’une partie importante des autres élèves banaliserait ou cautionnerait ces comportements.
Face à ce qu’elles considèrent comme une réaction insuffisante de la direction, elles sollicitent à nouveau « l’aide des professeurs ». On leur répond alors que « la pluralité des problèmes que soulèvent ces comportements explique que la direction prenne son temps ».
Ce n’est finalement que le 19 mai que deux jours d’exclusion sont prononcés contre les élèves concernés. Et ce, alors que les recommandations de l’Éducation nationale prévoient, en cas d’injures à caractère antisémite, un signalement auprès de l’Éducation nationale et de la justice. Par ailleurs, alors que les procédures officielles déconseillent les conciliations entre élèves dans ce type de situation, la direction organise une séance d’excuses devant la classe. Mais « à aucun moment, nos deux camarades n’ont reconnu la gravité de leurs propos », déplorent les deux étudiantes. « Ils se sont contentés de dire qu’ils étaient désolés si leurs paroles ‘maladroites’ avaient pu choquer. Pire, une autre élève de la classe est intervenue pour prendre leur défense. Elle nous a reproché d’avoir été ‘lâches’ en alertant la direction. »
Aujourd’hui, l’une des deux étudiantes ayant dénoncé ce climat antisémite envisage de porter plainte contre les étudiants mis en cause ainsi que contre l’établissement. Elle est accompagnée dans ses démarches par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF).
La direction de l’établissement défend pour sa part le déroulement de la procédure. Selon elle, « il n’existe pas de justice expéditive dans un établissement scolaire » et « deux étudiants ont fait l’objet d’une procédure » pour « un comportement inapproprié ».
Alertée par l’enquête de Radio France, l’académie de Paris indique avoir saisi la procureure de Paris et demandé à la direction de l’établissement un rapport détaillé sur les faits signalés et les mesures prises, préalable à une éventuelle enquête administrative.
« Si ces faits sont avérés, ils sont d’une particulière gravité, a fortiori dans l’enceinte d’un établissement scolaire, où aucun propos ou comportement à caractère raciste, antisémite ou homophobe ne peut être accepté », souligne l’académie.
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