Beaucoup de groupes sont en train de soigner leurs blessures après la raclée infligée mardi à l’Union sioniste par le Likud.

Pour sûr la gauche israélienne a fait mieux que ce qu’elle avait fait pendant presque une génération. Elle s’est rassemblée autour du parti travailliste, a mobilisé sa base, envoyé des milliers de volontaires pour « faire sortir » les électeurs de chez eux.

Et elle a perdu. De façon spectaculaire.

Dans le processus, les politiciens, les experts, les sondeurs et les analystes ont appris quelques leçons importantes – et pas seulement d’humilité, aussi dans l’évolution de l’électorat israélien.

La droite a appris que le Likud est son indispensable grand parti, la grande tente sous laquelle on s’unit en cas de danger. Cet ethos de l’unité sous-jacente entre des formations de droite qui d’ordinaire se chamaillent a paré au défi le plus puissant venant de la gauche en près de deux décennies. Il ne sera pas oublié de sitôt.

Nous avons tous appris que la droite sait comment mobiliser les électeurs. Ou, au moins, que le Premier ministre Benjamin Netanyahu sait le faire. Sa méthode était simple : parler sans cesse du taux de participation de l’ennemi – de la gauche et des Arabes, et du financement étranger qui se cache derrière. Les derniers jours de la campagne du Likud ne furent pas très reluisants, mais cela a fonctionné.

Un plus fort taux de participation global à cette élection devait favoriser la gauche. C’était, après tout, les électeurs de gauche qui s’étaient abstenus lors des échéances précédentes.

Mais étant donné la poussée étonnante du Likud sur le final, une poussée qu’aucun expert ni sondeur n’avait prédit, un simple fait est incontournable : le peuple de droite est sorti voter, des gens de droite qui n’avaient pas pris la peine de voter lors des dernières élections, des gens de droite qui n’aimaient pas ou ne soutenaient pas Netanyahu, tous se sont sentis obligés de sauver Israël de la perspective d’une victoire de la gauche.

Dans les deux dernières heures de vote, le taux de participation est passé des 2 points de 2013 à un pic de 5 points. Ce rush, on peut maintenant le dire, était celui d’électeurs de droite offrant à leur camp sa première « surprise électorale ».

Dans la période récente, chaque élection a connu sa surprise, le jour du scrutin.

En 2006 ce fut le parti des retraités qui a grimpé à 7 sièges le jour J alors que les sondages ne lui en donnaient que 2.

En 2013 Yesh Atid a obtenu 19 sièges alors que le sondage le plus optimiste parlait de 14. Mais ces surprises ont toujours profité au centre et à la gauche. Ce n’est plus le cas. Le Likud a créé la surprise, et il l’a fait en gagnant la course de la participation.

Pourquoi le taux de participation a-t-il grimpé de façon spectaculaire ? C’est simple : la majorité de l’électorat israélien continue à se méfier du jugement de la gauche. C’est un déficit de confiance enraciné dans une méfiance plus générale vis-à-vis des intentions palestiniennes, de la Maison Blanche d’Obama et d’autres pierres de touche de la politique de la gauche.

Avec le recul, cela peut être l’une des ironies amères de cette campagne que le slogan des travaillistes, « C’est nous ou c’est lui », a peut-être fait autant pour garantir la victoire de Netanyahu que tout ce que Netanyahu a pu faire lui-même.

Et cela nous amène à ce que la gauche peut apprendre de cette campagne. Le désespoir que l’on entend aujourd’hui chez les électeurs de gauche et les experts n’est pas de mise. La gauche a fait mieux que ce qu’elle faisait depuis longtemps. Mais la gauche a passé près de deux décennies à ignorer le corps électoral considéré comme trop ignare, trop pris au piège par la peur ou la haine, pour investir dans une campagne sérieuse.

Cela a été du moins l’explication des médias de gauche comme Haaretz des succès dans les urnes de Benjamin Netanyahu pendant des années. Le projet de la récupération d’un électorat a été ridiculisé et méprisé pendant si longtemps comme une tâche trop difficile. Mais, c’est un fait, la gauche ne pourra pas réellement diriger Israël sans le soutien de la majorité des Israéliens. Isaac Herzog est le premier dirigeant de gauche depuis de nombreuses années qui semble l’avoir compris.

Heureusement pour la gauche, le soleil se lèvera jeudi matin, puis de nouveau vendredi, et chaque jour de la semaine prochaine. Et finalement, tôt ou tard (étant donné l’histoire récente d’Israël), ce nouveau gouvernement tombera. La politique ne s’arrête pas après une défaite.

Une des questions à plus long terme qui découle de cette course est de savoir si la gauche sera en mesure d’utiliser cette défaite comme catalyseur pour une future victoire.

Si, comme cela est son habitude, la gauche retombe dans sa rhétorique traditionnelle qui dépeint l’Israël de Netanyahu ravagé par la famine, la pauvreté, la guerre, et proche de l’effondrement, alors elle se condamne elle-même à un échec permanent.

Un tel discours est difficile à prendre au sérieux pendant une campagne électorale ; il serait vraiment dangereux de le prendre au sérieux après avoir perdu. La gauche doit maintenant bâtir à partir de son bon résultat, trouver de nouveaux électeurs, travailler sur le terrain et pas seulement dans les deux mois avant une échéance, mais dans les trois ans qui séparent l’une de l’autre. Le désespoir ne les mènera pas d’où ils sont maintenant vers l’endroit où ils doivent être pour gagner.

Enfin, les observateurs professionnels d’Israël dans le monde, les journalistes, experts, analystes et autres groupes de réflexion devraient (mais ils ne le feront probablement pas) tirer une leçon importante sur les Israéliens. Un thème récurrent sur les comptes Twitter des correspondants étrangers – au moins de la majorité écrasante qui n’a pas une opinion favorable de Netanyahu – est que Netanyahu a remporté ces élections en « jouant sur la peur ».

Il est vrai que Netanyahu a explicitement « joué sur la peur », et que grâce à cela il a accru sérieusement son avance mardi. Mais les critiques internationales de Netanyahu se méprennent fondamentalement sur son public, son électorat et ne comprennent profondément pas en quoi consiste cette campagne de peur.

Les critiques de Netanyahou soutiennent qu’il a vendu de la peur sur l’Iran et les Palestiniens. Il ne l’a pas fait – parce que cela n’est pas nécessaire. L’électorat israélien perçoit depuis longtemps les dirigeants palestiniens comme peu fiables et incapable d’apporter la paix. Et c’est l’Iran, et non Netanyahu, qui a convaincu presque tous les Israéliens, de tout le spectre politique, que l’Iran est un danger très réel pour Israël.

La seule chose contre quoi Netanyahu avait à mettre en garde, parfois en des termes ouvertement racistes, c’est le fait que les électeurs de gauche et arabes « sortaient voter en masse ».

Sa campagne alarmiste ne concernait pas le fond du désaccord avec la gauche – l’électorat ne faisant déjà plus confiance à la gauche sur ces questions – mais simplement la possibilité d’une victoire de la gauche. Cela seul a dopé le vote en faveur du Likud, même dans les heures froides de fin de soirée.

L’hypothèse qu’il a derrière l’accusation de la « campagne de peur » est que Netanyahu est la raison pour laquelle les Israéliens se méfient des initiatives de paix ou des accords avec l’Iran. C’est un argument pratique, qui suggère que si l’on pouvait se débarrasser de Netanyahu les problèmes seraient résolus, mais il est totalement erroné.

Les différends de la Maison Blanche ou de l’Union européenne avec Netanyahu ne sont pas réellement avec Netanyahu lui-même, mais avec l’opinion majoritaire des Israéliens qui ont réagi avec tant de force mardi quand ils ont finalement été convaincus que leur pays risquait bientôt d’être contraint à de nouvelles concessions ou à de compromis dangereux dans un Moyen-Orient précaire.

L’élection est passée d’une quasi-déroute de la droite prédite par toute la panoplie des sondeurs israéliens en une de ses victoires les plus lourdes depuis des décennies.

Les leçons abondent : l’analyse de la participation a montré que la géographie n’a pas tout à fait joué le rôle attendu, les colons se sont ralliés en masse au Likud même s’ils ont disparu en tant que groupe de pression lors des primaires de ce parti, et la campagne de V15 a probablement fini par mobiliser davantage de gens de droite que de gauche.

Mais la principale leçon est aussi la plus évidente. La gauche n’avait pas obtenu un si bon résultat depuis longtemps. Elle doit y voir une première étape sur le long chemin de la réhabilitation et de la victoire.