Frederik Willem de Klerk, l’ancien président d’Afrique du Sud qui a négocié la fin du régime d’apartheid de son pays, a déclaré mardi qu’il était « injuste » de désigner Israël comme un Etat d’apartheid.

« Vous avez fermé les frontières, mais l’Amérique a fermé les frontières. Ils ne permettent pas à tout Mexicain qui veut venir d’entrer », a déclaré De Klerk à la Deuxième chaîne, alors qu’il se trouvait en Israël pour recevoir un doctorat honorifique de l’Université de Haïfa.

Par opposition à la ségrégation raciale en Afrique du Sud,
« vous avez des Palestiniens vivant en Israël avec les pleins droits politiques », et « vous n’avez pas de lois discriminatoires contre eux, je veux dire comme ne pas les laisser nager sur certaines plages ou des choses comme ça. Je pense qu’il est injuste d’appeler Israël un Etat apartheid. Si [le secrétaire d’État John] Kerry l’a fait, je pense qu’il a commis une erreur ».

En avril, Kerry avait déclaré qu’Israël était susceptible de devenir un Etat d’apartheid si, en l’absence d’une solution à deux Etats, il choisissait d’annexer toute ou partie de la Cisjordanie sans accorder la citoyenneté à part entière aux Palestiniens. Plus tard, il est revenu sur ses propos.

Après que le journaliste ait précisé que Kerry avait souligné qu’Israël n’était pas à l’heure actuelle un Etat d’apartheid, Klerk a déclaré que dans un scénario futur, Israël ne pouvait être considéré comme
« apartheid » que s’il devient un Etat binational et que son gouvernement binational discrimine les Arabes.

« Le test est : si tout le monde vit alors dans un tel Etat unitaire – est-ce que tout le monde a les pleins droits politiques ? Est-ce que tout le monde jouit de tous leurs droits fondamentaux ? Si c’est le cas, ce n’est pas un Etat d’apartheid », a-t-il expliqué.

Le lauréat du prix Nobel de la paix a également averti Israël que la chance d’obtenir une solution à deux Etats s’évaporait lentement, et a exhorté le gouvernement à agir rapidement.

« Je ne dis pas que c’est la bonne solution pour Israël, mais il y aura en Israël un tournant et si les principaux obstacles qui existent à ce moment là empêchant une solution à deux Etats ne sont pas surmontés, cette solution deviendra impossible », analyse-t-il.

« Alors, en tant qu’outsider, je vous conseillerai, de croire qu’une solution à deux Etats peut être la meilleure, vous devrez agir vite, déceler l’occasion, en profiter – ou alors elle pourrait vous filer entre les doigts ».

L’ancien président a donné un aperçu des tactiques qu’il avait utilisées avec Nelson Mandela pour parvenir à un accord pour mettre fin à l’apartheid. Il les compare à « une omelette économique ».

« Une fois que vous faites une omelette avec des œufs », explique-t-il,
« vous ne pouvez plus jamais séparer à nouveau le jaune du blanc ».

De Klerk a insisté sur le fait que « pour sortir de l’impasse vous avez besoin de prendre des initiatives », et que l’empathie mutuelle était essentielle pour surmonter les obstacles de départ. Il a soutenu que
« notre plus grand succès était quand Mandela lui-même s’est mis à ma place, et a fait des pieds et des mains pour comprendre ma position, et j’en ai fait de même pour me mettre à la place de Nelson Mandela ».

« Nous avons dressé une liste, sur quels points étions-nous d’accord. Et la liste était plus longue que ce que nous pensions. Et puis, lentement mais sûrement, nous avons d’abord travaillé sur les choses plus
faciles », et plus tard nous sommes passés aux questions plus controversées, explique-t-il.

Réprimandant de manière subtile mais apparente l’intervention américaine dans les pourparlers israélo-palestiniens, de Klerk a souligné qu’ « à la fin, nous nous sommes forcés – nous n’étions pas forcés par d’autres – nous nous sommes forcés à dire : nous avons fait de tels gros progrès, nous devons maintenant résoudre les problèmes les plus difficiles ».

Dans une interview en mars avec l’Oxford Student Paper, de Klerk a réitéré qu’Israël n’était pas un Etat d’apartheid, mais que les Israéliens et les Palestiniens « doivent prendre certaines initiatives », comme la reconnaissance d’Israël et l’établissement de frontières viables pour un futur Etat palestinien.

« Je pense que le point de départ du côté palestinien est qu’ils doivent reconnaître le droit d’Israël d’exister en tant qu’Etat, et ils doivent
déclarer : nous voulons être un bon voisin avec cet Etat », affirme-t-il à l’époque. « Et Israël doit chercher à offrir aux Palestiniens un Etat géographique dont ils peuvent être fiers. Les frontières sont donc importantes. Mais aussi du côté arabe et palestinien, la reconnaissance sans réserve du droit de l’Etat d’Israël à exister ».