« Les prochaines élections ne se feront pas entre la droite et la gauche, mais entre ceux qui peuvent résoudre la crise du logement et ceux qui ne peuvent pas, ceux qui veulent résoudre le problème et ceux qui ne le veulent pas. »

C’est du moins ce que dit – ou peut-être, espère – Moshe Kahlon, le chef de file de Koulanou, qui s’est confié cette semaine au Times of Israel.

Mais, alors que les électeurs confirment régulièrement aux sondeurs que l’économie est de loin le problème le plus important de la campagne, plus que l’Iran et les Palestiniens réunis, ce sentiment ne se traduit pas par un rejet spectaculaire des lignes traditionnelles gauche-droite. Les partis les plus populaires, selon les sondages, restent le Likud, de centre-droit, et l’Union sioniste, de centre-gauche.

Kahlon, 54 ans, est l’un des hommes politiques les plus appréciés en Israël. Crédité des réformes spectaculaires qui ont fait tomber le coût élevé du téléphone cellulaire dans le pays, il arrive régulièrement en tête des sondages qui demandent aux Israéliens en qui ils font confiance pour gérer l’économie.

En effet, l’avance de Kahlon est spectaculaire. A la question posée par La Deuxième chaîne il y a quelques semaines « Quelle personnalité fera le meilleur travail face à la crise du logement ? » Kahlon est arrivé en tête avec 29 %, suivi de loin par l’ancien ministre des Finances Yair Lapid avec 13 %, le chef de l’Union sioniste Isaac Herzog avec 9 %, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec 7 % et le ministre de l’Economie Naftali Bennett à seulement 6 %.

Et à la question de savoir qui était « le plus apte à être ministre des Finances », Kahlon a attiré 19 % des personnes interrogées, devant Manuel Trajtenberg de l’Union sioniste avec 18 % ; puis Yuval Steinitz du Likud et Lapid avec 8 % chacun.

Trajtenberg est l’un des économistes les plus réputés du pays, avec une stature qui transcende les clivages politiques. Il était à la tête de la commission éponyme nommée par Netanyahu pour proposer des mesures pour faire face à la flambée du coût de la vie en Israël, et est actuellement le candidat déclaré de l’Union sioniste pour le ministère des Finances.

Le ministre des Finances Yair Lapid (G) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu en conférence de presse en 2013 (Crédit : Flash90)

Le ministre des Finances Yair Lapid (G) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse en 2013 (Crédit : Flash90)

Kahlon est le seul politicien professionnel à battre Trajtenberg dans les sondages qui demandent aux Israéliens de choisir le prochain responsable de leur économie.

Et Kahlon veut ce poste. Sa déclaration publique – où il a annoncé qu’il exigera le ministère des Finances dans le prochain gouvernement de coalition – constitue un élément majeur de la campagne de son parti.

« Le ministère des Finances peut apporter un réel changement social », dit-il.

Mais Kahlon peut-il réellement obtenir ce ministère ? Cela reste une question ouverte. La confiance généralisée en sa personne ne se traduit pas dans les sondages qui pourraient lui permettre de réclamer ce haut poste ministériel.

Koulanou obtient en moyenne environ huit sièges dans les récents sondages – atteignant jusqu’à dix sièges dans un sondage du week-end dernier.

Pourtant, il reste optimiste.

Beaucoup comparent sa performance électorale à son concurrent centriste de Yesh Atid, qui est crédité d’une moyenne légèrement supérieure de 11 sièges ou plus.

Mais « nous avons commencé à zéro », pas avec les 19 sièges de Yesh Atid, fait-il remarquer. « Je suis très satisfait de la campagne. Je pense que nous avons un message clair, fort. »

Il a siégé dans trois législatures, il a été ministre des Affaires sociales et des Communications et président de la commission des Affaires économiques de la Knesset. Kahlon apporte à son parti de politiciens relativement inexpérimentés le savoir-faire parlementaire qui a si manifestement fait défaut dans le premier mandat de Yesh Atid.

Yesh Atid s’est battu pour gagner le contrôle de la plupart des principaux postes de politique intérieure dans le dernier gouvernement, en prenant les ministères des Finances, de la Santé, de l’Éducation, des Affaires sociales et de la Science.

Mais il a négligé la Knesset lors des négociations de coalition, considérant le travail législatif comme moins décisif et influent que l’action de l’exécutif.

Une fois au pouvoir, Yesh Atid a découvert la gravité de son erreur. Ses initiatives ont été constamment entravées par des rivaux politiques qui contrôlaient les commissions de la Knesset, comme celles des Finances, des Affaires étrangères et de la Défense et de l’Intérieur sans lesquelles les grandes politiques ne peuvent pas être adoptées.

Kahlon ne compte pas faire la même erreur.

La liste de son parti, élaborée par lui, est destinée à présenter un panel transversal de la société israélienne – des femmes aux côtés des hommes, des militants de la pauvreté aux côtés de dirigeants de grandes entreprises, des Israéliens de naissance aux côtés d’immigrants, des résidents des villes périphériques comme Kiryat Shmona et Arad avec ceux des métropoles centrales comme Tel-Aviv, un général et un ambassadeur à côté d’une militante de la jeunesse à risque.

Les identités diverses des candidats, ainsi que le nom du parti, qui se traduit par « nous tous », reflètent son credo politique : « Je crois dans le professionnalisme, moins dans les politiciens. »

Ce parti étrangement apolitique – « Je n’exclus personne » en tant que partenaires de la coalition, a insisté Kahlon – estime qu’il s’est hissé au-dessus de la mêlée partisane et se consacre à un programme simple de dépannage de l’économie nationale.

Kahlon lance sa campagne, en faisant appel à tout le monde (Crédit : Facebook)

Kahlon lors du lancement de sa campagne (Crédit : Facebook)

« Ce sont des personnes de qualité », dit Kahlon de sa liste pour la Knesset.

En effet, Eli Alalouf (n° 3) a remporté la plus haute distinction civile israélienne, le Prix Israël, pour son travail sur la pauvreté.

Le général de division (à la retraite) Yoav Galant (n° 2), un ancien chef du Commandement Sud de l’armée israélienne, est l’une des personnalités militaires les plus éminentes d’Israël.

La Maire d’Arad Tali Ploskov (n° 6) est arrivée en Israël de Moldavie en 1991 et a commencé à travailler comme femme de chambre d’hôtel, une origine humble pour une maire qui rentrera certainement à la Knesset.

L’ambassadeur Michael Oren (n° 5) est un historien formé à Princeton et un auteur à succès.

Ils ont été choisis pour leur expertise, dit Kahlon. « Ce sont des gens qui comprennent les enjeux socio-économiques, les questions diplomatiques. Je me sens très à l’aise en plaçant dans les commissions [de la Knesset] des gens qui savent de quoi ils parlent. »

Son accent sur les commissions de la Knesset et sa promesse de campagne de demander le poste du Trésor – traditionnellement considéré comme le ministère où s’achèvent les carrières politiques, puisque c’est le ministre des Finances qui est souvent contraint de réduire les prestations d’aide sociale – souligne sa foi dans sa capacité à tenir ses promesses de réformer le marché du logement et de réduire le coût de la vie.

Mais les ambitieuses promesses de campagne n’ont pas entièrement émoussé son sens politique.

Le Times of Israel lui a demandé quels portefeuilles il demanderait s’il ne pouvait pas avoir celui du Trésor, une question à laquelle Kahlon a répondu avec le pragmatisme politique né de l’expérience : « Ce serait la plus grande erreur de mener les négociations [de coalition] maintenant. Je ne connais même pas le nombre de sièges que j’obtiendrai. »

Les espoirs politiques de Koulanou dépendent en grande partie du thème des dernières semaines de la campagne.

Tant que la conversation se concentre sur l’Iran, les Palestiniens ou les dépenses du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le message de Koulanou aura du mal à être entendu.

Dans un effort pour s’assurer que cela n’arrive pas, la campagne du parti est devenue agressive au cours des dernières semaines.

Une vidéo récente montre Netanyahu, maintenant dans sa sixième année consécutive au poste de Premier ministre, promettant à maintes et maintes reprises d’adopter des politiques qui réduiraient le coût du logement, tandis qu’une ligne rouge sur un graphique superposé montre simultanément la hausse persistante dans ce coût au cours des deux gouvernements de Netanyahu.

Kahlon espère que la campagne – et les électeurs – finira par se tourner vers les questions économiques, où le souci est élevé et sa popularité est encore plus élevée.

« Les autres sujets sont des questions qui vont et viennent, mais ils ne sont pas le sujet des élections », tient-il à affirmer.

« Je n’ai aucun doute que l’électorat va donner sa confiance à ceux qui ont les connaissances et la capacité de résoudre la crise du logement. Au bout du compte, Lapid, Bennett et Netanyahu ont eu leur chance dans le gouvernement sortant, ils ont eu l’opportunité de le faire et ne l’ont pas fait. »