Alors que son parti, le Likud, dégringole dans les sondages et se place derrière l’Union sioniste avec un écart de 3 à 4 sièges, le Premier ministre s’est engagé dans une campagne médiatique pour booster les votes.

Vendredi après-midi, à quelques heures de Shabbat, il a accordé une interview au Times of Israel.

Les sondages suggèrent que Netanyahu pourrait plus facilement former une coalition que le dirigeant de l’Union sioniste Isaac (Buji) Herzog, mais l’élan semble retombé pour le Likud. Les calculs de coalition sont périlleux – et pourraient facilement se faire et se défaire en fonction de différents facteurs, dont la participation des électeurs, des partis chutant en dessous du seuil de 3,25 %, et les préférences des chefs de parti au moment de faire leur recommandation pour leur choix de Premier ministre au président Reuven Rivlin une fois que les votes seront comptabilisés.

Lors de notre interview, menée par téléphone, l’objectif principal de Netanyahu était de plaider auprès des électeurs du « camp national » – ceux qui veulent le voir réélu – de voter pour le Likud plutôt que pour ses alliés potentiels tels que pour le HaBayit HaYehudi de Naftali Bennett, Yahad d’Eli Yishai ou pour Koulanou de Moshe Kahlon.

Alors que la gauche s’est unie pour entrer dans ces élections, a-t-il expliqué, la droite était divisée et il n’y avait aucune garantie que même les chefs de partis tels qu’Avigdor Liberman d’Yisrael Beitenu, son ministre des Affaires étrangères et ancien allié, le soutiendraient pour le poste de Premier ministre.

Il se plaint également de ce qu’il appelle une campagne sans précédent « presque de style soviétique » pour l’évincer, menée avec un financement important en provenance de l’étranger, et une campagne agressive dans les médias locaux. Le quotidien gratuit pro-Netanyahu Yisrael Hayom n’est qu’ « une goutte dans l’océan » par rapport à la « chaîne de montagne de mots et d’images et de calomnies qui ont été déversés à mon sujet » a-t-il déploré.

Lorsque qu’on lui a demandé si l’administration Obama – à laquelle il s’est publiquement opposé il y a dix jours lors de son discours au Congrès sur l’accord nucléaire iranien – doit être comptée parmi ceux qui veulent le voir partir, Netanyahu a déclaré sèchement que cela ne demandait pas beaucoup d’imagination pour arriver à cette conclusion.

The Times of Israel : Est-ce que vous craignez que l’Iran utilise la bombe contre Israël s’ils l’obtiennent ?

Benjamin Netanyahu : l’Iran est une puissance très agressive sans armes nucléaires. Il se déchaîne à travers le Moyen-Orient et mène une campagne mondiale de terreur. Donc, une fois qu’ils seront armés avec des armes nucléaires, le niveau de leur agression conventionnelle augmentera. Et vous ne pouvez pas ne pas prendre en compte les agressions non conventionnelles.

L’ensemble du seuil – la capacité des Etats à se défendre dans le Moyen-Orient contre le terrorisme, contre les groupes terroristes avec un patron nucléaire – serait gravement compromise.

Mais aussi, il existe toujours une possibilité qu’un tel régime utilise une arme contre Israël. Je me souviens que l’un des dirigeants les plus modérés, soi-disant un dirigeant modéré, de l’Iran a déclaré qu’Israël est un pays pourvu d’une bombe, alors que l’Iran est un pays pourvu de beaucoup de bombes, ce qui signifie qu’ils pourraient envisager d’utiliser la première bombe contre Israël.

Pensez-vous que l’administration américaine actuelle ne reconnaît pas la gravité de cette menace ?

L’Amérique est un très grand pays ; Israël est l’un des plus petits. L’Amérique vit dans un quartier sûr ; nous vivons dans la partie la plus dangereuse de la planète.

L’existence de l’Amérique n’est pas directement menacée ; nous le sommes. Alors, naturellement, nous avons une divergence de points de vue sur la gravité de la menace. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher cet accord qui ouvre la voie à l’Iran pour accéder à la bombe.

Benjamin Netanyahu au Congrès le 3 mars 2015 (Crédit : flash 90/Amos Ben Gershom/GPO)

Benjamin Netanyahu au Congrès le 3 mars 2015 (Crédit : flash 90/Amos Ben Gershom/GPO)

Vous avez parlé, hier, de gouvernements étrangers anonymes qui essaient de vous évincer. Incluez-vous le gouvernement américain actuel ?

Il y a une démarche entreprise par les ONG de gauche à travers le monde, et les magnats de gauche et des consultants de divers partis politiques, y compris des États-Unis, pour tenter de faire évincer le Likud et moi-même. Ils le disent ouvertement. Ils mènent une campagne avec des dizaines de millions de dollars sous la bannière « Tout sauf Bibi ». Ils savent que si je pars, la droite s’effondrera. Et c’est ce qu’ils essaient de faire.

Ils essaient de mettre en place un gouvernement Buji et Tzipi ici, parce qu’ils se rendent compte qu’ils vont capituler à toutes les exigences que la gauche internationale veut imposer à Israël. Ils ne le font pas parce qu’ils se soucient du coût de la vie en Israël. Ils se soucient du retrait d’Israël des lignes de 1967, de diviser Jérusalem, et d’accepter cet accord avec l’Iran. Je m’y oppose, et donc je me pose en travers de leur chemin.

La chose importante est de reconnaître que le camp national (mené par le Likud) en Israël n’a pas de dizaines de millions de dollars, une flopée de consultants internationaux et des organes de presse coopérant ici sur une vaste échelle, comme Yedioth (Ahronoth) et Ynet le font sans tabou.

Ceux qui soutiennent le camp national doivent comprendre que, dans les jours qui nous restent (avant le 17 mars) qu’ils doivent se rallier autour de moi et du Likud et voter Mahal (le bulletin de vote du Likud). Parce que les votes qui ne parviennent pas au Likud comblent effectivement le fossé entre les travaillistes et le Likud, donnant à Buji et Tzipi la capacité de former un gouvernement.

Et ajoutez à cela que Kahlon et Liberman ne se sont même pas engagés à nous soutenir. L’adjoint de Kahlon, le numéro deux de la liste, a annoncé qu’ils iraient avec Herzog. Lapid va certainement aller avec Herzog.

Donc, les électeurs du camp national, s’ils veulent combler l’écart, doivent voter pour le Likud. Cela inclut les électeurs de Bennett du HaBayit HaYehudi et du Shas. Tout le monde doit s’unir derrière le Likud rapidement, ou ce complot va réussir.

Vous avez aussi une ressource importante dans les médias : Vous avez un journal [Yisrael Hayom / Israël aujourd’hui] qui vous est très favorable.

C’est une goutte dans l’océan, rien, par rapport à la montagne, la chaîne de montagnes de mots et d’images et de calomnies qui ont été déversés sur moi.

Je ne pense pas qu’il y ait eu quelque chose de tel dans aucune autre campagne. Cela relève presque du style soviétique. C’est organisé, tout d’abord, au niveau local par Noni Mozes (de Yedioth). Il utilise des tactiques que personne n’utilise, qu’Israël Hayom n’utilise jamais – enquêtes, pression, menaces, contrairement à ce qui se fait ailleurs.

Mais il y a malheureusement aussi l’effet mouton de la plupart des médias qui le suivent, sur ses tendances de gauche. Nous n’avons jamais vu quelque chose de semblable.

Et pourtant, malgré cette fantastique campagne de calomnie et de diffamation, la majorité de la population veut de moi comme Premier ministre.

Ceux qui (expriment) leur opinion (dans les sondages), continuent et de manière constante, à me vouloir comme Premier ministre.

C’est certainement encore plus vrai pour le camp national. Ce qu’ils ne comprennent pas c’est, ils pensent que je serai élu automatiquement. Ils pensent que je suis assuré d’être le Premier ministre. En fait, ce n’est pas vrai.

La seule façon dont ils peuvent contrecarrer cette fantastique campagne internationale et locale, c’est d’aller voter pour le Likud. Cela garantira ma présence et que Tzipi et Buji n’occupent pas la place du bureau du Premier ministre.

Vous vous opposez à cet accord que l’administration Obama soutient. Pensez-vous que l’administration Obama veut vous voir quitter le poste de Premier ministre ?

Eh bien, ce n’est pas un formidable effort d’imagination, ne pensez-vous pas ? Pourquoi ne pas le leur demander à eux ?

Cela ne demanderait pas un formidable effort d’imagination ?

Eh bien, je vous suggère de leur poser la question. Mais il est clair qu’il y a une énorme campagne ici en provenance de l’étranger, énorme, rien de moins qu’une campagne inédite, qui tente de faire sortir le vote arabe en grand nombre, de faire sortir le vote à gauche en grand nombre et de mener une campagne négative à mon encontre à une échelle sans précédent.

Le président américain Barack Obama et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche (Crédit : Avi Ohayon/Flash 90)

Le président américain Barack Obama et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche (Crédit : Avi Ohayon/Flash 90)

A propos des Palestiniens, vous avez dit que vous ne vouliez pas voir Israël devenir un Etat binational, mais vous êtes très prudent, en fait, vous vous opposez à l’heure actuelle à l’abandon de territoires.

L’objectif [d’éviter un État binational] revient, mais dans les circonstances actuelles du Moyen-Orient, à quitter un territoire qui sera utilisé pour ériger un État islamiste armé contre nous. C’est exactement ce qui s’est passé au Liban. C’est ce qui s’est passé à Gaza. Et depuis le Printemps arabe, c’est exactement ce qui va se passer en Cisjordanie – en Judée et en Samarie – si nous quittons le territoire.

Il y a une différence entre ce que les gens veulent en théorie et ce qu’ils vont obtenir dans la pratique. Je me concentrerai sur ce qui se passera dans la pratique, et tout le monde dans son bon sens comprendra. Donc je ne pense pas que nous devrions abandonner le territoire sur une prémisse qui ne tient pas la route.

Après la guerre de l’été dernier, vous vouliez voir enclencher un processus qui mènerait à la démilitarisation de la bande de Gaza. Cela n’est pas arrivé. Que s’est-il passé ? Et qu’est-ce qui pourrait mieux convenir sur ce front ?

Nous sommes en train de bloquer un certain afflux d’armes, y compris grâce aux efforts que les Egyptiens entreprennent. Mais ça va être long. Nous n’en avons pas fini avec le Hamas. Nous aurons à retrouver ce front. Mais j’ai choisi de leur porter un coup très lourd sans nous enfoncer à l’intérieur de Gaza, parce que j’ai observé d’autres fronts : au Liban, au Golan, Da’ash (l’Etat islamique), et bien sûr l’Iran. Nous avons un ensemble de défis autour de nous qui sont différents de ceux auxquels toute autre nation fait face.

Et la réelle question de cette élection est : ‘Qui va régler ce problème ? Tzipi et Buji ? Vont-ils s’en charger ? Ils vont juste capitulent avant même de commencer.

Je pense que tout le monde comprend que je prends une position responsable très énergique, mais contre toutes ces menaces. Et c’est ce dont il s’agit dans cette élection, une fois que cela sera fini.

En ce moment, (il y a) de nombreuses autres questions, et certaines d’entre elles sont très importantes – en particulier le logement, le prix des logements et le coût de la vie, et j’ai l’intention de les attaquer de plein fouet si je suis réélu. Il y a beaucoup à faire. Nous avons beaucoup fait. Nous avons beaucoup à faire.

Il y a par ailleurs les questions cruciales de défense et de sécurité. Et il y a une véritable fracture entre Tzipi et Buji, d’un côté, et moi et le Likud de l’autre. La population a vraiment choisi : Ils nous veulent vraiment. Ils veulent vraiment le Likud et moi pour diriger le pays. Mais ils éparpillent leurs votes. Alors que la gauche est unie, la droite est divisée. Et j’appelle l’ensemble de la droite à s’unir derrière mon leadership et mon parti et à voter pour mon parti, pour empêcher la gauche de prendre le contrôle sur Israël.

Les gens vous préfèrent à Herzog en tant que Premier ministre, et pourtant votre parti ne va pas assez bien pour vous faire rester à ce poste. Pourquoi donc ?

Actuellement (certaines personnes) pensent qu’ils ont le luxe de voter pour d’autres partis. Certains de ces partis auront leurs voix pour la gauche.

Lapid va certainement aller à gauche, (avec les voix de) certaines personnes qui voudraient que je sois Premier ministre.

Kahlon et Liberman pourraient certainement aller à gauche. Ils ne le nient pas. Donc, ils pourraient emporter ces votes avec eux. Et (il y a) des électeurs de Bennett et du Shas qui pourraient penser qu’ils ont le choix de voter pour ces partis tout en pensant me voir Premier ministre.

Mais en fait, ils ne m’auront pas. La seule façon de me voir au poste de Premier ministre est si le Likud obtient suffisamment de voix. C’est quelque chose qui n’a pas été entendu. Ils pensent qu’ils disposent de deux voix, de deux bulletins de vote. Mais ce n’est pas le cas. Ils en ont qu’un. Et ceux qui veulent me voir Premier ministre doivent voter pour mon parti, le Likud.

Tzipi Livni et le chef de l'opposition Isaac Herzog vuS à la Knesset le 12 novembre, 2014. (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Tzipi Livni et le chef de l’opposition Isaac Herzog vuS à la Knesset le 12 novembre, 2014. (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Craignez-vous pour le bien-être d’Israël si vous n’êtes pas réélu ?

Je pense que les politiques que je mène sont essentielles pour l’avenir du pays. C’est pourquoi je les entreprends. Sinon, pourquoi aurais-je subi l’énormité de ces attaques personnelles et des insultes si je n’éprouvais pas un sentiment de mission ? Bien sûr que j’ai peur, et je pense que la direction que Tzipi et Buji vont prendre pour ce pays – avec le plein appui du parti arabe qui va sortir en masse – je pense que c’est très dangereux pour le pays.

Dans notre vie, voir les Juifs d’Europe occidentale envisager Israël comme une destination de nécessité est une réalité très grave. Vous avez dit aux Juifs d’Europe qu’ils devraient venir en Israël, mais n’est-ce pas exempter les gouvernements européens devant leurs devoirs ?

Non, (les gouvernements doivent) prendre soin de la sécurité de leurs citoyens juifs comme celle de tous les autres citoyens.

Mais aussi, je pense qu’en Israël au moins les Juifs peuvent se tenir fièrement comme appartenant à leur propre État. Non sans danger. Non sans difficultés. Mais celui dans lequel ils peuvent dire fièrement dans la rue, je suis un Juif, et ne pas avoir à regarder par-dessus leur épaule.