Le cours des Abymes, lieu de la manifestation, était aux deux-tiers plein. Un important service d’ordre était déployé autour de cette vaste place en forme d’amphithéâtre tourné vers le lac.

Entourant les représentants institutionnels, des émissaires de l’Etat et des élus de la République et l’ambassadeur d’Israël, Yossi Gal, bravant un froid vif et un pale soleil hivernal, des centaines de Cristoliens et de Franciliens, juifs et chrétiens, africains et berbères, laïcs et religieux, sont venus dire leur indignation et leur révulsion face aux deux agressions antisémites qui ont frappé la ville au cours des trois dernières semaines.

Véritable cœur du Quartier du Port, le cours des Abymes est bordé par une dizaine de restaurants casher. Des familles juives, pratiquantes et nombreuses, constituent la majorité des habitants des immeubles en surplomb.

A l’arrière de la place, de nombreux commerces proposent des produits cashers, donnant à l’endroit un air de petite Jérusalem. Par beau temps, une grande animation y règne et il est difficile de trouver une place sur les terrasses des pizzerias, rôtisseries et kiosques à glaces estampillés Beth Din.

Des familles musulmanes viennent se mêler à la foule juive pour s’y restaurer et faire leurs emplettes, assurées d’y trouver les garanties exigées pour une nourriture hallal.

Les deux agressions, du 7 novembre et du 1er décembre 2014 ont eu lieu dans des immeubles adjacents.

Les habitants de Créteil pour lutter contre l'antisémitisme - 7 décembre 2014 (Crédit : Henri Bettan/Times of Israel)

Les habitants de Créteil pour lutter contre l’antisémitisme – 7 décembre 2014 (Crédit : Henri Bettan/Times of Israel)

Elles survenaient à la suite d’une longue série, ces derniers mois, contre des juifs de la ville, mettant fin à un climat de sérénité et d’entente dans cette localité à la population cosmopolite et hétérogène.

La première a visé un septuagénaire, Simon Elmaleh, roué de coups et dépouillé à son domicile. La seconde, apparemment due au même trio de malfaiteurs, s’est soldée par l’agression physique d’un jeune couple, le vol de leurs bijoux de leurs cartes bancaires et le viol de la jeune femme.

« J’ai peur, » s’est exclamé depuis la tribune, Alain Senior, grand Rabbin de la ville, se faisant l’écho des confidences de la mère des victimes. « Cet antisémitisme est comme une sorte de substance toxique qui, si on ne l’expurge pas, va petit à petit, gangréner, empoisonner et finalement détruire ce corps que constitue la République ».

« Nous ne voulons pas vivre dans la crainte et la peur, nous voulons être juifs et pleinement juifs en France, ce pays où nous sommes présents depuis plus de 2 000 ans » semblait lui répondre en écho, Albert Elharrar, président de la communauté juive cristolienne. Tandis que Laurent Cathala, député-maire de la ville, assurait la communauté de sa solidarité et de son affection.

« Nous en avons marre de devoir être protégés. Assez des Fofana, assez des Merah, assez des Nemouche… [trois auteurs des attentats meurtriers antisémites – NDR.] Une immense action doit être menée par l’Etat… Les juifs se sentent en danger dans un pays auquel ils ont tant contribué. Si l’Etat ne fait pas de cette cause nationale une ardente obligation pour tous les citoyens, les Juifs partiront en masse et la France tombera, soit entre les mains de la charia, soit entre celles du Front national », a prévenu Roger Cuckierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France.

Le président du Crif Roger Cukierman à Créteil - 7 décembre 2014 (Crédit : Henri Bettan/Times of Israel)

Le président du Crif Roger Cukierman à Créteil – 7 décembre 2014 (Crédit : Henri Bettan/Times of Israel)

Le président du Consistoire devait aussitôt lui emboîter le pas en s’exclamant : « j’en ai marre de devoir traverser l’ensemble des communautés du pays ! Non pas pour inaugurer des synagogues ou pour faire la fête, mais pour participer à des rassemblements contre l’antisémitisme à Villeurbanne, à Toulouse, à Sarcelles, à la Roquette. Jusqu’où ? Jusqu’à quand ? » se demande Joël Mergui, avant de conclure : « si la France a été depuis la fin de la Guerre, le premier pays d’immigration juive [en Europe], elle est devenue depuis cette année le premier pays d’émigration juive ».

Dernier à prendre la parole avec une solennité particulière, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, a confirmé d’emblée le caractère antisémite des « crimes commis. »

Se disant partie prenante de l’anxiété de l’ensemble de la communauté juive de France, il s’adresse au public : « Je sais que chacun d’entre vous se demande : où et quand cela s’arrêtera t-il ? »

« La République vous défendra de toutes ses forces parce que sans vous, elle ne serait plus la République » martèle le ministre avant d’argumenter : « Nous ne devons pas nous voiler la face, les actes antisémites ont bien augmenté en France de plus de 90 p. cent au cours de la dernière année. La pire erreur que nous pourrions commettre, ajoutait-il, serait de croire que les attaques qui visent les Français de confession juive ne nous concernent pas tous. »

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve à Créteil  -  7 décembre 2014 (Crédit : Henri Bettan/Times of Israel)

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve à Créteil – 7 décembre 2014 (Crédit : Henri Bettan/Times of Israel)

« Le gouvernement entend décréter la lutte contre l’antisémitisme grande cause nationale, » annonce alors Bernard Cazeneuve, sous l’acquiescement manifeste du public rassemblé …. Et ce, malgré son scepticisme tout aussi manifeste.