Annexion : Les pressions américaines augmentent afin de stopper Netanyahu
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Annexion : Les pressions américaines augmentent afin de stopper Netanyahu

L'envoyée jordanienne à Washington a averti que le royaume hachémite remettrait en cause le traité de paix ; les membres du Congrès sommés de dénoncer le plan

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump (à gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu arrivent pour la cérémonie de présentation de sa proposition de paix israélo-palestinienne, le 28 janvier 2020, à Washington, dans la salle Est de la Maison Blanche. (AP Photo/Alex Brandon)
Le président américain Donald Trump (à gauche) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu arrivent pour la cérémonie de présentation de sa proposition de paix israélo-palestinienne, le 28 janvier 2020, à Washington, dans la salle Est de la Maison Blanche. (AP Photo/Alex Brandon)

WASHINGTON — Les mises en garde des décisionnaires politiques et des diplomates, à Washington, deviennent de plus en plus nombreuses à l’égard d’Israël. Les Américains ont averti que le plan gouvernemental visant à annexer la Cisjordanie, qui est soutenu par les Etats-Unis, entraînerait une crise et nuirait à la possibilité d’une solution à deux Etats.

Alors que la date du 1er juillet, choisie par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour lancer le plan d’élargissement de la souveraineté, approche à grand pas, de multiples acteurs du conflit ont supplié l’administration Trump et les membres du Congrès, cette semaine, à s’opposer à cette initiative qui prévoit l’annexion des implantations et de la vallée du Jourdain.

Lundi, l’ambassadrice jordanienne aux Etats-Unis, Dina Kawar, s’est faite l’écho d’autres responsables, à Amman, en affirmant que le royaume hachémite pourrait remettre en cause son traité de paix, signé dans les années 1990, avec l’Etat juif si l’initiative devait se préciser.

« Quand nous avons signé le traité en 1994, il y a eu l’euphorie de la paix, de la confiance qui existaient – cette idée de coopération entre les Jordaniens, les Palestiniens et Israël – c’était un beau rêve que nous nourrissions alors », a dit Kawar à l’AJC (American Jewish Committee) pendant une visioconférence sur Zoom.

« Et maintenant, quand on regarde la direction qu’on prend, je me demande : ‘Pourquoi faire ?’ Est-ce que c’est quelque chose que les Israéliens veulent vraiment, de se mettre dans cette situation éventuelle ? Est-ce que c’est quelque chose que nous sommes en droit d’imposer aux Palestiniens ? Et est-ce que c’est quelque chose qui est sûr pour nous, les Jordaniens ? », a-t-elle interrogé.

Dina Kawar, ambassadrice de Jordanie aux Etats-Unis. (Crédit : Capaquette / Wikipedia)

L’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) a déclaré cette semaine aux membres du Congrès n’avoir aucune objection face aux critiques que pourraient faire ces derniers sur le plan d’annexion, a déclaré JTA.

Le puissant lobby pro-israélien travaille généralement à décourager toute condamnation d’Israël, ce qui rend cet appel d’autant plus notable.

Sous les termes d’un accord de coalition, conclu entre Netanyahu et le ministre de la Défense, Benny Gantz, le gouvernement israélien pourra lancer les procédures d’annexion, avec l’appui des Etats-Unis, dès le 1er juillet.

L’administration Trump a indiqué qu’elle ne s’opposerait pas à l’initiative israélienne d’élargir sa souveraineté sur des territoires – prédéterminés dans le plan de paix des Etats-Unis – qui intègreront en conséquence l’Etat juif. La proposition américaine prévoit également la mise en place d’un Etat palestinien sur 70 % de la Cisjordanie.

Ce plan a entraîné l’opposition féroce de l’Europe, d’une partie du monde arabe et au sein d’Israël, avec des mises en garde contre une plus grande instabilité dans la région, une mise à l’écart plus importante d’Israël à l’international et une mise en danger du caractère démocratique dans le pays.

Netanyahu et une grande partie de la droite israélienne défendent l’annexion qui, selon eux, est la reconnaissance recherchée depuis longtemps de la réalité sur le terrain après des décennies de constructions d’implantations et de présence militaire en Cisjordanie, et des efforts de paix depuis longtemps moribonds en raison de l’intransigeance des Palestiniens.

Mardi, un groupe formé de 25 ex-députés de la Knesset a envoyé une lettre aux membres du Congrès américain, leur recommandant vivement de dénoncer une annexion unilatérale de la part de l’Etat juif de secteurs de la Cisjordanie, avertissant qu’elle viendrait détruire l’idéal sioniste d’une démocratie juive.

« Pour sauver l’avenir d’Israël en tant que démocratie pour les Juifs et pour préserver l’espoir d’une résolution négociée au conflit israélo-palestinien, il est impératif de dénoncer toute construction d’implantation et toute occupation militaire unilatérales », ont-ils écrit dans leur courrier. « Que cette initiative prenne la forme d’une décision gouvernementale ou d’une législation à la Knesset, elle entraînera inévitablement une réalité insondable d’apartheid en Israël. »

Des Palestiniens brandissent des panneaux pendant une manifestation contre le plan israélien d’annexion de la Cisjordanie, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 11 juin 2020. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Au Capitole, cela fait des mois que les démocrates implorent Netanyahu de ne pas faire avancer le projet d’annexion. Au mois de décembre, la Chambre des représentants, où les Démocrates sont majoritaires, ont adopté une résolution s’opposant à l’annexion et soutenant une solution à deux Etats.

Et, au cours des dernières semaines, d’éminents démocrates ont dénoncé les perspectives d’élargissement de la souveraineté israélienne sur les implantations de Cisjordanie, mais ils n’ont pas détaillé quelle serait la réaction politique des Etats-Unis si Netanyahu devait toutefois aller de l’avant.

Sur cette photo du 10 avril 2019, le sénateur démocrate Michael Bennet du Colorado s’exprime lors d’une conférence des Syndicats du bâtiment d’Amérique du nord, à Washington DC. (Crédit : Zach Gibson/Getty Images Amérique du nord /AFP)

Le sénateur du Colorado Michael Bennet a envoyé une lettre mercredi au Secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, lui recommandant vivement de bloquer l’annexion et disant qu’une telle initiative « diminuera les perspectives futures pour les négociations de paix et pourrait potentiellement déstabiliser la région encore davantage, sapant les intérêts sécuritaires américains et israéliens », selon le Jewish Insider.

Cette missive est survenue après que 10 sénateurs démocrates ont écrit à Netanyahu et au nouveau Premier ministre d’alternance, le mois dernier, disant que l’annexion « aurait un impact clair sur l’avenir d’Israël comme sur nos relations bilatérales et bipartisanes vitales ».

D’autres éminents démocrates ont exprimé eux aussi leurs inquiétudes. Cela a été notamment le cas de la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, et du candidat à la présidentielle démocrate, Joe Biden.

Pelosi a expliqué, la semaine dernière, que l’annexion nuirait aux intérêts américains, tandis que Biden a expliqué à de multiples occasions qu’elle « étoufferait tout espoir de paix ».

Husam Zomlot, envoyé palestinien à Washington, parle durant un entretien avec l’Associated Press à Washington, le 16 février 2018. (Crédit : AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

Les déclarations faites par l’ex-vice-président n’ont néanmoins pas satisfait les Palestiniens. Au mois de mai, l’envoyé de l’AP au Royaume-Uni, Husam Zomlot, a dénoncé le positionnement adopté par Biden, jugeant qu’il n’était pas assez ferme et ajoutant que son refus d’appeler à réduire les aides envoyées à Israël transmettait au Premier ministre le message qu’il pouvait faire avancer son plan sans crainte de sanctions dissuasives.

« Il n’y a rien qui soit susceptible de dissuader Netanyahu d’aller de l’avant dans l’annexion », a déploré Zomlot.

Ron Dermer, l’envoyé israélien à Washington, a pour sa part poussé l’administration Trump à donner à Israël le feu vert, craignant que Biden ne bloque l’annexion s’il devait être élu, avait fait savoir la Treizième chaîne au mois de mai.

Le président américain Donald Trump (à gauche) écoute le discours du Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) lors d’un événement dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, pour annoncer le plan très attendu de l’administration Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien. (Crédit : AP Photo/Susan Walsh)

Si le département d’Etat a déclaré être prêt à reconnaître l’annexion par Israël de certains territoires de la Cisjordanie, un responsable avait néanmoins confié au Times of Israël au mois d’avril qu’une telle initiative devait avoir lieu « dans le cadre de l’acceptation par le gouvernement israélien de négociations avec les Palestiniens, sur la base des lignes avancées dans le plan de Vision du président Trump ».

Cette initiative, si elle devait avoir lieu, serait un tournant majeur dans le conflit israélo-palestinien, avec les Palestiniens, les dirigeants étrangers, des députés américains et des négociateurs étant intervenus dans les anciens pourparlers de paix qui ont estimé qu’elle nuirait gravement aux perspectives d’une solution à deux Etats, recherchée depuis longtemps.

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