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Chic paléolithique : il y a de cela 500 000 ans, les fabricants d’outils israéliens avaient du goût

Selon une récente étude, les rarissimes haches à main qui ont été découvertes dans la vallée de Sakhnin prouvent que l'Homo erectus avait une préférence esthétique pour les pierres riches en fossiles et en cristaux

Le professeur Ran Barkai de l'Université de Tel Aviv (à gauche) et Muataz Shalata, un habitant de Sakhnin, tiennent des haches en pierre vieilles de 500 000 ans, fabriquées avec des matériaux spéciaux présentant des caractéristiques géologiques uniques. La découverte a été annoncée en mars 2026. (Université de Tel Aviv)
Le professeur Ran Barkai de l'Université de Tel Aviv (à gauche) et Muataz Shalata, un habitant de Sakhnin, tiennent des haches en pierre vieilles de 500 000 ans, fabriquées avec des matériaux spéciaux présentant des caractéristiques géologiques uniques. La découverte a été annoncée en mars 2026. (Université de Tel Aviv)

Selon une récente étude publiée dans le Tel Aviv Journal of the Institute of Archaeology de l’Université de Tel Aviv, les hommes qui vivaient dans le nord d’Israël il y a de cela 500 000 ans avaient une préférence pour des pierres bien spéciales, des pierres qui contenaient des animaux fossilisés ou des formations cristallines, avec lesquelles ils fabriquaient des outils richement décorés.

Cette récente étude présente les résultats de recherches consacrées à la vallée de Sakhnin, en Basse-Galilée, là où des centaines de haches à main du Paléolithique inférieur ont été découvertes, une quinzaine d’entre elles présentant des caractéristiques bien particulières, explique au Times of Israel lors d’une interview vidéo le professeur Ran Barkai de l’Université de Tel Aviv, par ailleurs principal auteur de l’article.

Selon Barkai, le nombre d’artefacts découverts est déjà remarquable en soi, dans la mesure où un très petit nombre de pareils artefacts avait été découvert ailleurs dans le monde jusqu’à présent.

Il estime que ces outils sont la preuve que ces hommes des temps anciens s’intéressaient aussi à l’esthétique de leurs outils, et pas seulement à leur fonctionnement. Ils avaient selon lui un sens esthétique ou symbolique, attaché à des croyances. Les caractéristiques géologiques des artefacts sont bien visibles, au centre de chacune des haches, ce qui laisse à penser que la taille a été faite de manière à les mettre particulièrement en valeur.

Les artefacts ont été découverts par hasard par le co-auteur de l’article, Muataz Shalata, un habitant de la ville arabe de Sakhnin, dans le nord d’Israël.

« Tout le monde pense que tous les sites archéologiques d’Israël, du moins ceux qui se trouvent en surface, ont été abondamment fouillés et qu’ils sont parfaitement connus », explique Barkai. « Et pourtant, personne ne connaissait Sakhnin. Autodidacte et passionné de nature, Muataz est un jour tombé sur ces pierres très spéciales. Il a contacté l’Autorité israélienne des antiquités, puis moi. »

Une hache à main vieille de 500 000 ans fabriquée avec des matériaux géologiques provenant de la vallée de Sakhnin. La découverte a été annoncée en mars 2026. (Université de Tel Aviv)

Barkai, qui est l’un des plus grands experts israéliens en archéologie préhistorique, se rend à Sakhnin en 2023. Au début, il n’y voit rien d’extraordinaire.

« J’avais fouillé plusieurs sites et j’avais vu des centaines de haches à main », explique-t-il en ajoutant qu’un très grand nombre de lieux présentent ces artefacts en grand nombre, que ce soit en Israël ou ailleurs.

Rapidement, il remarque que les environs regorgent de formations géologiques très spéciales – des « géodes » -, composées de concrétions de forme circulaire, semblables à des cerveaux, contenant des cristaux étincelants. Les pierres incrustées de fossiles maritimes vieux de plusieurs millions d’années y sont également courantes.

C’est alors que Barkai repère des outils fabriqués avec ces matériaux très spéciaux.

« Lorsque j’ai commencé à trouver des haches à main fabriquées avec des fossiles ou ces intéressantes formations géologiques, cela m’a rappelé quelque chose. C’est quelque chose d’assez inhabituel, d’assez rare même », précise-t-il.

« Il existe très peu d’objets de ce type, dans le monde, composés de restes fossiles ou de formations géologiques si spéciales. Les chercheurs admettent qu’ils sont le reflet de systèmes de croyances esthétiques ou symboliques. »

Un dessin des premiers humains en train de chasser un éléphant à l’aide de lances. (Avec l’aimable autorisation de l’Université de Tel-Aviv)

Selon l’archéologue, ces hommes des temps anciens connaissaient très bien leur environnement et ils avaient probablement compris que les fossiles et cristaux leur venaient du passé.

« Cela devait représenter à leurs yeux une sorte de connexion avec des entités passées, voire avec le cosmos », ajoute-t-il.

Dans la mesure où ces haches à main se trouvaient dans le sol, dans des champs cultivés et des bosquets, il n’a pas été possible de les dater sur la base de leur contexte archéologique. Pour autant, Barkai assure que leur typologie, ajoutée à celle d’autres outils, suggère qu’ils remontent à près d’un demi-million d’années.

« Nous n’avons pas que des haches à main mais la boîte à outils intégrale du Paléolithique inférieur tardif, » souligne-t-il.

« Nous connaissons assez bien l’archéologie préhistorique de notre région grâce à la densité et à la profondeur des découvertes, et nous savons que la combinaison de haches à main et d’un certain type de carottes et d’autres outils en silex est typique de cette période. »

Une hache à main vieille de 500 000 ans portant l’empreinte d’un fossile de la vallée de Sakhnin. La découverte a été annoncée en mars 2026. (Université de Tel Aviv)

La vallée de Sakhnin est située à proximité d’autres sites du Paléolithique inférieur, comme Gesher Bnot Yaakov, la grotte de Tabun ou encore Evron.

« Sakhnin se situe exactement entre les sites de la plaine côtière et ceux de la vallée du Jourdain », relève Barkai.

À cette époque, les petits groupes de chasseurs-cueilleurs se déplaçaient d’un endroit à un autre. Selon Barkai, ils suivaient souvent les routes migratoires des éléphants, qui abondaient dans ce qui est aujourd’hui Israël, mais aussi en Europe et en Asie, ainsi qu’en Afrique, avant leur extinction en raison de la sur-chasse dans de nombreuses régions.

« Sakhnin est située sur ce que l’on suppose être la route migratoire des éléphants, selon une récente étude de chercheurs français : il est donc logique que les premiers humains y soient passés eux aussi », explique l’archéologue.

Une vue de Sakhnin en Basse-Galilée, au nord d’Israël. (Wikipédia)

Les haches à main sont associées à l’Homo erectus, ancêtre à la fois de l’Homo sapiens – les hommes modernes – et des Néandertaliens, apparus entre il y a 400 000 et 300 000 ans.

« L’Homo erectus est apparu en Afrique il y a près de deux millions d’années et a quitté l’Afrique en plusieurs vagues, pour se rendre en Europe et en Asie », explique Barkai.

« L’Homo erectus était une espèce très réussie, sur le plan de l’évolution. Il a prospéré pendant près de 2 millions d’années. Les haches à main étaient des outils très utiles, qui ont continué à être fabriquées et utilisées pendant plus d’1,5 million d’années. »

Bien que leur utilisation précise fasse l’objet de débats académiques, Barkai estime que ces haches à main étaient un outil crucial pour découper la viande du gros gibier.

« Les haches à main servaient surtout pour les grands animaux, notamment les éléphants », explique-t-il. « Nous pensons que l’extinction des éléphants et des mammouths a provoqué ce changement au niveau de l’évolution humaine. L’Homo erectus a dû changer et s’adapter en chassant et en consommant des animaux plus petits, et les haches à main ont disparu. »

Barkai espère réunir les fonds pour fouiller de manière extensive la vallée de Sakhnin, ce qui pourrait mener à d’autres découvertes et à des datations plus précises et indépendantes.

« Si nous avons de la chance et que nous obtenons le permis et les fonds, nous mènerons des fouilles à grande échelle dans l’espoir de découvrir d’autres artefacts dans leur contexte », conclut-il.

« Ce que nous avons aujourd’hui, sur ce site, est sans doute le résultat du passage de plusieurs groupes d’humains anciens. Nous pensons que cette vallée a été habitée très longtemps. »

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