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Deux comédies de Rachel Israel pour redonner le sourire à la diaspora

Avec « The Floaters » et « Influenced », la réalisatrice new-yorkaise place l'identité juive au cœur de l'amitié et de la famille, loin de l'antisémitisme

La réalisatrice Rachel Israel (à droite) et le producteur Shai Korman lors de la première de « The Floaters » lors du Festival du film juif de San Francisco 2025, le 3 août 2025. (Miikka Skaffari/Getty Images via la JTA)
La réalisatrice Rachel Israel (à droite) et le producteur Shai Korman lors de la première de « The Floaters » lors du Festival du film juif de San Francisco 2025, le 3 août 2025. (Miikka Skaffari/Getty Images via la JTA)

JTA — Depuis près de trois ans, une grande partie des productions culturelles juives tournent autour de la guerre, du regain d’antisémitisme et d’une identité mise sous pression. Ce n’est résolument pas le cas des tout derniers films de Rachel Israel.

En l’espace d’un an, la réalisatrice new-yorkaise a dirigé pas moins de deux comédies clairement juives : « The Floaters », qui se déroule dans une colonie de vacances juive, et « Influenced », une satire du milieu des influenceurs de Manhattan. Toutes deux s’enracinent dans l’identité juive, mais au lieu d’en parler comme d’un problème à résoudre ou d’une identité sous pression, la judéité sert ici de toile de fond à des histoires de famille, d’amitié, d’ambition et de communauté.

La critique Nell Minow a écrit à propos de « The Floaters » que le film avait « une neshama (âme) juive séduisante, perceptible sous la surface » et qu’il s’imposait comme « une représentation cinématographique exceptionnellement authentique de la façon dont les traditions et la culture juives reflètent et façonnent la vision du monde juive ».

Dans un entretien à la Jewish Telegraphic Agency, Rachel Israel revient sur ce qui l’a amenée à faire deux films juifs coup sur coup, mais aussi sur les raisons qui font que les personnages juifs lui sont venus naturellement, en tant que scénariste et réalisatrice, et même sur le fait que, même après le 7-Octobre, elle estime que le public est prêt à voir des films qui parlent de la communauté juive, jusque dans ses vulnérabilités.

« Je ne me suis jamais dit que je n’allais parler que des Juifs. Je crois que je ne ferai jamais une chose pareille », estime-t-elle. Et pourtant, ses deux derniers films, à l’instar de sa comédie romantique sortie en 2017, « Keep the Change », possèdent tous trois ce qu’elle qualifie de « forte composante juive ».

« Ça s’est juste fait comme ça », dit-elle.

Les films sortent à un moment de fort regain d’antisémitisme et de grande ferveur anti-Israël dûe à la guerre à Gaza, avec des Juifs clairement sur la défensive. Lors d’entretiens pour « The Floaters », la réalisatrice dit vouloir offrir une autre image de la « joie juive ».

« The Floaters » est une comédie sur une colonie de vacances juive, avec Jackie Tohn (de la série à succès – pour le coup très juive – de Netflix, « Nobody Wants This ») dans le rôle d’une aspirante rock star engagée pour encadrer un groupe de campeurs marginaux, les « floaters ». De son côté, « Influenced » raconte l’histoire d’une mère juive de Manhattan fraîchement divorcée (Jill Kargman) qui tente de gravir les échelons du monde des influenceurs de l’Upper East Side, tout en aidant ses jumeaux à préparer leur bar et bat mitzvah.

« The Floaters » a été tourné avant « Influenced ». « The Floaters » est actuellement dans les salles, avec une sortie en vidéo à la demande prévue plus tard cette année. « Influenced » est actuellement disponible à la location sur Apple, Amazon et d’autres plateformes.

Au-delà des rôles phares, les deux films s’énorgueuillissent de distributions très juives. « The Floaters » réunit Seth Green, Steve Guttenberg et le catcheur professionnel Maxwell Jacob Friedman et « Influenced » met en scène David Krumholtz — dans le rôle d’une ex-rock star à la rue qui collectionne les t-shirts de bar mitzvah —, Justin Bartha et Dan Hedaya. Judd Goodstein et Ellie Biron jouent le rôle des enfants de la b’nai mitzvah, avec une apparition de Gwyneth Paltrow.

« Je sais me saisir des occasions », explique-t-elle au sujet du tournage de ses deux films coup sur coup.

Il en va de même pour la famille. « J’étais enceinte pendant le tournage de ‘The Floaters’, nous avons atteint une étape importante dans le montage, après quoi j’ai accouché », raconte Rachel Israel. « Ensuite, ma fille avait 4 mois lorsque nous sommes entrés en production pour ‘Influenced’. »

Les cinq enfants de Rachel Israel sont âgés de 2 à 9 ans, et à plusieurs reprises déjà, elle a emmené l’un de ses enfants à « l’un des rendez-vous du week-end de maman », dans l’un des festivals où ses films sont projetés. Au sein d’une industrie notoirement peu accueillante envers les réalisatrices et les mères qui travaillent, son mari – le producteur et réalisateur Kurt Enger – et elle sont parvenus à trouver leur équilibre.

« Quand on a des parents cinéastes, je crois que toute la famille doit être derrière ; j’ai été éloignée de mes proches pendant un certain temps pour faire ces deux films, ce qui rend encore plus génial [le fait] de les emmener voir le résultat », confie-t-elle.

« The Floaters » a été tourné au Camp Tel Yehudah de Barryville, dans l’État de New York, dans les Catskills. C’est d’ailleurs dans cette colonie de vacances que les parents des producteurs se sont rencontrés. Le film donne à voir une large palette de personnages juifs, du personnel de cuisine veillant au respect de la casheroute à des jeunes un peu marginaux, en passant par une femme rabbin (interprétée par Aya Cash).

Rachel Israel n’est jamais allée en colonie de vacances juive, mais elle s’est régalée de pouvoir se plonger dans cette culture.

« C’était formidable d’avoir eu ça, d’avoir pu tourner dans ce lieu authentique pour en exploiter tout le potentiel, ce qui en fait quelque chose de complètement naturel à l’écran. Au moment du tournage, j’ai eu le sentiment de saisir ce qui fait l’essence-même d’une colonie de vacances », explique-t-elle en parlant de « The Floaters ».

Rachel Israel connait nettement mieux la ville de New York, où « Influenced » a été tourné en décor naturel. Originaire du New Jersey, Rachel Israel a passé des années très formatrices en Floride et a étudié à la Rhode Island School of Design, avant de s’installer à New York au début de ses études supérieures à l’université Columbia, où elle a obtenu un master en 2013.

Malgré tout, le tournage d’ « Influenced » a requis un certain temps d’apprentissage.

« Je ne suis même pas sur les réseaux sociaux », avoue-t-elle. Elle est ravie d’avoir pu aborder cette question et ce milieu avec un « regard neuf ».

« Keep the Change », son premier long-métrage, lui avait été inspiré de son court-métrage éponyme, tourné lors de ses études à Columbia. Le film se passe en partie dans un centre communautaire juif de Manhattan.

Le film, souligne-t-elle, est « adossé à des gens que je connaissais ».

Si « Influenced » n’est pas « ouvertement » un film juif, ses personnages le sont et il possède une « forte composante centrale juive ».

Lors de leur fête de bar/bat mitzvah, le point d’orgue du film, les enfants évoquent la Genèse et l’idée selon laquelle tous les êtres humains sont créés « b’tzelem Elohim — à l’image de Dieu », ce qui leur donne l’idée de créer une œuvre de bienfaisance en faveur des plus démunis.

« Influenced » a été projeté pour la toute première fois lors du Festival du film juif de Miami, en janvier dernier, de même que « The Floaters », après une première mondiale lors du Festival du film de Bentonville (Arkansas) en juin 2025. Les deux films ont circulé un temps dans le circuit des festivals du film juif, ce que Rachel Israel dit avoir grandement apprécié.

Dans la comédie indépendante « The Floaters », Sarah Podemski incarne Mara, la directrice du camp Camp Daveed. (Autorisation de Bright Iris Film Co. via la JTA)

« Quand on est juif », confie-t-elle, « on peut se retrouver dans une salle de cinéma remplie de membres de sa famille qu’on n’avait jamais rencontrés auparavant. Ce sentiment de familiarité juive, où que l’on soit, a quelque chose de merveilleux. »

Le festival de Bentonville n’a rien de juif, mais « nous avons fait venir la communauté juive de l’Arkansas ». « C’est drôle de sentir l’existence de cette grande famille du cinéma juif », ajoute-t-elle.

Elle se dit aujourd’hui « de tendance Réformée, aile conservatrice ».

Jill Kargman incarne une mère influenceuse de l’Upper East Side dans le film de 2026 « Influenced ». (Brainstorm Media/Menemsha Films via JTA)

« Le fait de faire Shabbat, d’être parent et de vouloir perpétuer cet héritage et cette connexion — cette connexion émotionnelle positive avec le fait d’être juif et d’en être fier — est quelque chose de très important pour mon mari et moi dans l’éducation de nos enfants », souligne Rachel Israel.

Elle n’est pas l’autrice des scénarios de ses deux nouveaux films, ce qui ne l’empêché pas de dire à propos de « The Floaters » qu’elle a « beaucoup apprécié de faire un film qui exprime ce qu'[elle] ressent à propos de la communauté juive ».

« D’aussi loin que je m’en souvienne, le fait d’être juive [et] de comprendre pleinement ce que signifie être juif, intellectuellement parlant, a toujours été central dans ma vie », affirme Rachel Israel. « J’avais une relation très, très forte avec mes grands-parents maternels, qui étaient tous deux des rescapés de la Shoah. »

« Avec l’amour qu’ils vouaient à leurs proches et leur sens de l’humour, ils ont été des figures centrales de mon existence. La relation que j’ai eue avec eux, dès mon plus jeune âge, m’a permis de comprendre ce que signifie d’être juif. C’est le fait de parler des choses, des sentiments, des sujets complexes. »

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