Edelstein : le gouvernement promeut « exactement le contraire » d’une loi sur la conscription
Le député du Likud, évincé après avoir proposé une version plus stricte, prévient que les opposants au texte exemptant les étudiants des yeshivot feront face à de fortes pressions avant le vote
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Le projet de loi du gouvernement visant à réglementer la conscription des ultra-orthodoxes est « exactement le contraire » de la législation qu’il avait lui-même proposée, a déclaré en début de semaine le député Yuli Edelstein (Likud) quelques jours avant que la version révisée ne soit présentée aux législateurs.
Edelstein a reçu le Times of Israel mardi dans son bureau au Parlement. Il a prédit que le texte rédigé par son collègue du Likud, le député Boaz Bismuth, serait probablement annulé par la Haute Cour de justice même s’il était adopté.
Edelstein a été démis en juillet de la présidence de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset après avoir préparé un projet de loi bien plus strict sur la conscription des haredim, qui avait provoqué la colère des partenaires ultra-orthodoxes de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Il a été remplacé par Bismuth, qui a présenté jeudi une version édulcorée, atténuant les sanctions proposées et maintenant l’exemption des étudiants des yeshivot du service militaire. Edelstein n’a pas ménagé ses critiques à l’égard de cette version.
« Le projet de loi est tellement mauvais qu’il sera difficile pour les membres de la coalition d’expliquer à eux-mêmes et aux électeurs du Likud pourquoi ils le soutiennent », a affirmé Edelstein, ajoutant que « ce à quoi nous assistons aujourd’hui et ce que la coalition tente de faire adopter est exactement le contraire » de la loi sur la conscription qu’il avait tenté de promouvoir.
Il a averti que la coalition Netanyahu était prête à exercer de fortes pressions sur les quelques députés de ses propres rangs qui restent « fermement opposés » à ce texte controversé.
« Personne ne peut dire ce qui se passera lorsque les choses se gâteront, comment les gens voteront, car je sais à quelle pression ils seront soumis », a déclaré Edelstein. « Il y aura des pressions, il y aura des promesses, il y aura des menaces, il y aura des opportunités de carrière. »
On estime qu’environ 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans sont actuellement éligibles au service militaire, mais ne se sont pas présentés pour la conscription. Tsahal a indiqué avoir un besoin urgent de 12 000 recrues en raison de la pression exercée sur les forces permanentes et de réserve par la guerre contre le Hamas à Gaza ainsi que par d’autres défis militaires.
La question des exemptions a profondément ébranlé la coalition de Netanyahu, davantage encore que d’autres dossiers. Les dirigeants ultra-orthodoxes se sont battus pour préserver les exemptions générales dont la communauté bénéficie depuis des dizaines d’années. À la suite de la décision rendue l’an dernier par la Cour suprême, qui a déclaré les exemptions générales illégales, les dirigeants haredim ont fait pression sur Edelstein pour qu’il rédige une loi exemptant leur communauté du service militaire.
Malgré les pressions du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Edelstein a bloqué le texte en commission, soutenant que seule « une véritable loi sur la conscription, qui augmenterait significativement le vivier de conscrits de Tsahal », justifierait d’avancer.
Son refus a provoqué son éviction, après que les partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah ont quitté le gouvernement pour protester contre sa proposition, qui imposait des sanctions lourdes aux réfractaires. Il a ensuite été écarté de la commission.
Après avoir pris la direction de la commission, Bismuth a largement écarté la version d’Edelstein pour repartir de zéro. Il a indiqué que sa proposition révisée continuerait d’exempter les étudiants à temps plein des yeshivot du service militaire pour les années à venir, et ne recruterait que progressivement la moitié des membres éligibles de la communauté qui ne suivent pas d’études talmudiques à plein temps au cours des cinq prochaines années.
L’avancement du projet de loi a ensuite été ralenti par les positions inflexibles des dirigeants ultra-orthodoxes, ainsi que par les divisions internes au sein de la coalition.
Toutefois, après que la faction Degel HaTorah de Yahadout HaTorah a récemment annoncé son soutien au texte, Bismuth a dévoilé jeudi soir une version révisée du projet. Il a également annoncé une série de discussions à venir en commission, marquant une nouvelle tentative pour faire adopter la loi et ramener les partis haredim au gouvernement.
Edelstein a vivement critiqué la proposition de Bismuth, la qualifiant d’un « énième pansement politique qui ne répond en aucune manière aux besoins de Tsahal » dans un communiqué publié jeudi.
« Cette législation prétend concerner la conscription », a-t-il expliqué au Times of Israel quelques jours plus tôt. « Mais comme le reconnaissent les députés eux-mêmes, il ne s’agit pas d’un projet de loi sur la conscription. C’est un texte destiné à préserver le statut des étudiants des yeshivot. »
Edelstein a ajouté que même si le projet de loi présenté par Bismuth était adopté, il aurait très peu de chances d’être validé par la Haute Cour. Selon lui, le texte ne bénéficie pas du soutien des conseillers juridiques de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.
« Ce qui est absolument clair, c’est que sans l’appui des conseillers juridiques de la Knesset, il n’y a aucune chance qu’il soit adopté par la Cour suprême », a-t-il affirmé.
Avant leur départ du gouvernement cet été, Shas et Yahadout HaTorah avaient engagé une confrontation publique avec Edelstein, l’accusant d’avoir renié des promesses formulées lors d’un compromis de dernière minute censé éviter que les partis haredim ne fassent chuter la coalition à la veille de la guerre avec l’Iran.
Edelstein a rejeté cette version, expliquant au Times of Israel que, s’il avait été prêt à concéder certains points parce qu’il avait été informé d’une attaque imminente, les dirigeants ultra-orthodoxes avaient ensuite déformé la portée réelle de l’accord conclu.
(Il précise que le chef du Shas Aryeh Deri et le chef de Degel HaTorah Moshe Gafni avaient, eux aussi, été informés de l’attaque avant qu’elle ne soit lancée.)
Selon Edelstein, lors des ultimes négociations avant le déclenchement de la guerre de douze jours contre l’Iran, les représentants haredim « voulaient simplement obtenir toujours plus ». Même s’il avait conscience de la limite de ce qu’il pouvait concéder, il affirme que « la priorité numéro un était de ne pas compromettre l’attaque » en provoquant une dissolution de la Knesset.
Après une nuit entière de discussions tendues, un accord a certes été trouvé sur « peut-être cinq questions centrales », mais « jamais sur l’ensemble de la législation », insiste-t-il, réfutant l’idée qu’une version convenue du texte aurait existé.
Lorsqu’il a présenté sa version révisée du projet de loi, « tout a explosé », raconte-t-il. Edelstein pense qu’il existait « un consensus général sur le fait que mon départ permettrait de gagner du temps » pour tenter de sauver la loi.
Interrogé par le Times of Israel sur l’existence éventuelle d’une campagne organisée contre le projet de loi au sein de la coalition, Edelstein a répondu par la négative.
Il dit que ses positions étaient largement connues, mais qu’organiser une opposition interne à ce stade aurait été perçu comme une stratégie en vue des prochaines primaires du parti.
Il affirme que le parti doit rester uni autour du principe de la conscription.
« Je n’ai jamais entendu dire que le Likud ne défendait pas l’égalité de service, les besoins de Tsahal ou la sécurité », a-t-il déclaré. « Je pense que nous devons être extrêmement prudents et ne pas mêler cela à des considérations politiques. »
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