Francesca Albanese publie une caricature reprenant le trope antisémite de la toile d’araignée
Le bureau de la rapporteuse spéciale de l’ONU affirme qu’il s’agit d’un "filet" et non d’une toile, tout en condamnant l’antisémitisme ; le musée de la Shoah juge l’image "inadmissible"
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

La rapporteuse spéciale des Nations unies pour les Palestiniens, Francesca Albanese, a diffusé la semaine dernière une caricature anti-Israël montrant une toile d’araignée s’étendant sur le globe, dont les fils, ornés d’argent et d’armements, rappellent, selon des spécialistes, de vieux stéréotypes antisémites.
Le bureau d’Albanese a affirmé que la caricature ne cherchait pas à représenter une toile d’araignée ou Israël, et a condamné l’antisémitisme.
Accusée d’un long passif d’antisémitisme et de discours extrémistes contre Israël, Albanese se présente comme une défenseure des droits des Palestiniens et une opposante à la discrimination, y compris à l’égard des Juifs.
La caricature, publiée sur le compte Instagram d’Albanese, qui compte 1,2 million d’abonnés, montre quatre mains tenant les coins d’une toile d’araignée s’étendant sur le globe. Des billets de banque, des pièces d’or, un char, un fusil et une bombe pendent des fils de la toile. La carte représentée sur le globe est ambiguë : au centre se trouve une flamme, semblant symboliser Israël et la guerre à Gaza.
Albanese a publié cette caricature pour accompagner son dernier rapport à l’ONU, intitulé Gaza Genocide : A Collective Crime [Le génocide de Gaza : un crime collectif].
« Le génocide et l’occupation coloniale de la Palestine par Israël ne sont pas des actes isolés : ils sont le résultat d’un système mondial de complicité », a écrit Albanese en légende de l’image.
Les autorités spécialisées dans la lutte contre l’antisémitisme ont souligné que l’image rappelait des stéréotypes antisémites très anciens.
Sara J. Bloomfield, directrice du United States Holocaust Memorial Museum, a qualifié la caricature d’Albanese « d’inadmissible » et estimé qu’elle « trahissait l’esprit et les valeurs que les Nations Unies devraient incarner ».
Le bureau d’Albanese a dit que l’illustration ne représentait pas une toile d’araignée, mais un « filet ».
La caricature était censée « illustrer le rôle des États tiers et les liens entre divers secteurs – diplomatie, commerce, armée et humanitaire », a déclaré le secrétariat des Nations Unies en charge du mandat de la rapporteuse spéciale pour les territoires palestiniens.
« L’image ne fait en aucun cas référence à Israël ou à son peuple, ni ne les représente. Elle symbolise un filet qui s’étend sur ces secteurs pour en montrer l’interconnexion. Ce n’était pas censé ressembler à une toile d’araignée, et nous regrettons qu’elle ait été perçue ainsi », a ajouté le secrétariat, précisant qu’Albanese « a toujours affirmé que l’antisémitisme est un fléau ».
La caricature représente néanmoins clairement une toile d’araignée, avec un réseau irrégulier de fils et de cercles concentriques partant de son centre.
Albanese a par le passé fait référence à plusieurs reprises à un « réseau » international soutenant Israël, positionnant ce dernier au centre d’un effondrement moral mondial. Dans son rapport publié la semaine dernière, elle a écrit qu’il existe un « réseau d’intérêts politiques, financiers et militaires » soutenant Israël dans la guerre.
Dans un rapport publié en juin, Albanese avait déjà dénoncé une « toile complexe » soutenant Israël, et dans un discours prononcé à l’ONU en juillet, elle avait évoqué une « toile mondiale » et une « toile d’acteurs corporatifs » alimentant la guerre.
En tant que rapporteuse spéciale pour les Palestiniens, Albanese publie régulièrement des rapports d’enquête et bénéficie d’une tribune et de l’autorité nécessaire pour faire connaître son point de vue sur le conflit.
L’imagerie antisémite a longtemps représenté les Juifs comme des araignées manipulant les affaires mondiales à travers une toile, notamment dans la propagande antisémite relayée par les nazis et l’Union soviétique.
Une édition de 1934 des Protocoles des Sages de Sion, un pamphlet antisémite fabriqué de toutes pièces, qui a eu un impact dévastateur sur les Juifs du monde entier, montrait une araignée juive chevauchant le globe.
D’autres stéréotypes antisémites ont refait surface parmi les activistes anti-Israël contemporains, où Juifs est remplacé par Israël ou sionisme. Cela inclut des images d’Israël sous la forme d’une pieuvre, l’assimilation du sionisme à une maladie, l’insinuation que les Israéliens ont tué Jésus-Christ, ou des symboles entremêlant l’étoile de David et la croix gammée, un motif apparu dans la propagande antisioniste de l’Union soviétique.
En réaction à la caricature publiée par Albanese, Bloomfield, du musée de la Shoah, a affirmé que « dépeindre les Juifs comme des manipulateurs cachés des événements mondiaux est un vieux trope antisémite qui existait bien avant les nazis, que ceux-ci ont habilement exploité dans leur propagande avec des conséquences meurtrières effroyables ».
« Utiliser des images d’araignées et de toiles d’araignées pour perpétuer ce mensonge sur le contrôle secret des Juifs déshumanise le peuple juif, le dépeignant comme quelque chose qui doit être méprisé. Le fait que ces images soient de plus en plus répandues est extrêmement dangereux », a déclaré Bloomfield.
Jonathan Brent, directeur exécutif de l’Institut YIVO pour la recherche juive à New York, a rappelé que « ce motif a été utilisé à maintes reprises dans la propagande antisémite soviétique, mais également par les nazis et par les antisémites au Japon, en France, au Portugal et sans doute ailleurs dans le monde ».
« J’ai également vu cette image dans la presse antisémite d’extrême droite russe au début des années 1990. Cette image est liée aux Protocoles des Sages de Sion. La toile représente la conspiration mondiale. L’araignée, bien sûr, représente les Juifs », a ajouté Brent.
L’année dernière, un autre rapporteur spécial de l’ONU a publié un dessin anti-Israël que ses détracteurs ont qualifié d’antisémite. Michael Fakhri, rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, a publié une caricature centrée sur les Palestiniens, montrant une créature monstrueuse à plusieurs têtes amassant de l’or, avec les étiquettes « impérialisme », « capitalisme » et « racisme », et attaquant la Palestine. Une bulle de texte disait : « Israël ne se défend pas contre une “organisation terroriste”, il attaque, au contraire, les Palestiniens indigènes en tant que peuple. »
Albanese, d’origine italienne, a été sanctionnée par le gouvernement américain pour son « antisémitisme sans retenue », à l’instar d’autres personnalités juridiques internationales anti-Israël.
L’envoyé italien auprès de l’ONU a qualifié ce dernier rapport de « totalement dépourvu de crédibilité et d’impartialité » ajoutant qu’Albanese avait « manifestement » violé les termes de son mandat à l’ONU.
Selon Deborah Lipstadt, ancienne ambassadrice et envoyée spéciale des États-Unis chargée de la surveillance et de la lutte contre l’antisémitisme, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, aurait qualifié Albanese « d’horrible personnage ».
Albanese fait également l’objet de poursuites engagées par des organisations civiles. La semaine dernière, elle a été assignée en justice aux États-Unis alors qu’elle participait à un événement en son honneur à la Fondation Nelson Mandela, en Afrique du Sud, selon des documents judiciaires.
Dans le cadre de cette procédure, deux organisations chrétiennes pro-Israël basées aux États-Unis ont déposé une plainte en diffamation contre Albanese, à la suite de lettres de menace qu’elle leur aurait adressées et de critiques formulées à leur encontre dans un rapport de l’ONU concernant leurs liens avec Israël.
Lors d’une intervention en Afrique du Sud la semaine dernière, Albanese a contesté le droit d’Israël à se défendre immédiatement après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas en octobre 2023, au cours duquel les terroristes du groupe ont assassiné plus de 1 200 personnes et en ont pris 251 en otage pour les emmener dans la bande de Gaza, déclenchant la guerre dans l’enclave. Elle a ajouté que les Israéliens devaient être « considérés comme suspects » et faire l’objet d’enquêtes lorsqu’ils se trouvaient à l’étranger ; elle a déclaré que les autres pays devaient suspendre leurs exportations de produits pharmaceutiques vers Israël ; elle a qualifié Israël de « société génocidaire » et a présenté l’État juif comme un obstacle à la justice mondiale.
« Le génocide de Gaza a fait de la Palestine l’épicentre du jugement mondial », a-t-elle déclaré.
« La lutte des Palestiniens pour la liberté est au cœur du mouvement vers un ordre mondial véritablement décolonisé », a-t-elle déclaré. « La Palestine sera de plus en plus au centre de toutes les luttes pour la justice dans le monde entier. »
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