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Le Liban prévoit de désarmer le Hezbollah d’ici fin 2025 ; le groupe terroriste dénonce un « diktat »

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a affirmé que le groupe terroriste n'accepterait "aucun calendrier censé être appliqué sous le feu de l’agression israélienne"

Sur cette photo publiée par le service de presse de la présidence libanaise, le président libanais Joseph Aoun, au centre, et le Premier ministre libanais Nawaf Salam, à gauche à l'arrière-plan, dirigent une réunion du Conseil des ministres pour discuter du désarmement du Hezbollah, au palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, au Liban, le 5 août 2025. (Crédit : Service de presse de la présidence libanaise via AP)
Sur cette photo publiée par le service de presse de la présidence libanaise, le président libanais Joseph Aoun, au centre, et le Premier ministre libanais Nawaf Salam, à gauche à l'arrière-plan, dirigent une réunion du Conseil des ministres pour discuter du désarmement du Hezbollah, au palais présidentiel de Baabda, à l'est de Beyrouth, au Liban, le 5 août 2025. (Crédit : Service de presse de la présidence libanaise via AP)

Le gouvernement libanais a chargé mardi l’armée de préparer un plan pour désarmer le Hezbollah d’ici la fin de l’année, une mesure sans précédent depuis la fin de la guerre civile.

Cette décision, encore impensable avant la guerre avec Israël ayant fortement affaibli le groupe terroriste pro-iranien à l’automne dernier, a été prise lors d’une réunion du Conseil des ministres, à l’heure où l’influence du Hezbollah sur la scène politique libanaise, qu’il dominait, a nettement reculé.

Elle s’inscrit dans le cadre de l’application du cessez-le-feu conclu sous médiation américaine, qui a mis fin le 27 novembre à plus d’un an de conflit entre le Hezbollah et Israël. L’accord prévoit que seuls six organismes militaires et sécuritaires sont autorisés à porter les armes.

Le désarmement du Hezbollah constitue une question épineuse au Liban. La formation terroriste chiite est la seule à avoir conservé son arsenal après la guerre civile (1975-1990) au nom de la « résistance » contre Israël, qui a occupé le sud du pays jusqu’en 2000.

Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré que « l’armée libanaise a été mandatée pour élaborer un plan d’action afin que, d’ici la fin de l’année, les armes soient exclusivement détenues » par l’armée et cinq autres services de sécurité, tel que stipulé « dans la déclaration encadrant le cessez-le-feu » ayant mis à la guerre entre le Hezbollah et Israël.

Il a précisé que ce plan serait soumis au Conseil des ministres d’ici le 31 août pour être examiné et adopté.

Un partisan du Hezbollah brandit un drapeau du Hezbollah devant le siège de la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie occidentale (CESAO) à Beyrouth, au Liban, le 26 juillet 2025. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

Le ministre de l’Information, Paul Morcos a déclaré que les ministres Tamara Zein, proche du mouvement chiite Amal, allié du Hezbollah, et Rakan Nasreddine, proche du Hezbollah, avaient quitté la séance pour marquer leur opposition à la décision du gouvernement.

Le Conseil des ministres a également décidé, selon M. Salam, de « poursuivre jeudi l’examen du document présenté par la partie américaine », en référence à la proposition transmise par l’émissaire américain Tom Barrack, qui propose un calendrier de désarmement du Hezbollah.

« Diktat »

Lors d’un discours télévisé diffusé parallèlement à la réunion du gouvernement, le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a affirmé que sa formation n’accepterait « aucun calendrier censé être appliqué sous le feu de l’agression israélienne ».

Des gens lèvent le poing pendant que le chef du Hezbollah, Naim Qassem, fait un discours à la télé à Dahiyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 30 juillet 2025, lors d’une commémoration marquant le premier anniversaire de la mort du haut commandant du Hezbollah Fuad Shukr, tué dans une frappe aérienne israélienne. (Crédit : AP Photo/Bilal Hussein)

« Veut-on ouvrir une discussion, ou simplement que nous remettions nos armes sans débat ? », s’est-il interrogé, estimant « inacceptable que le Liban s’engage à abandonner progressivement sa force tandis que tous les leviers de puissance restent entre les mains de l’ennemi israélien ».

M. Qassem a dénoncé un « diktat » américain destiné à « priver le Hezbollah et le Liban tout entier de leur force ».

M. Barrack avait appelé le gouvernement libanais fin juillet à traduire en actes « immédiatement » ses engagements à garantir à l’État « le monopole des armes ».

Un responsable libanais impliqué dans les discussions a indiqué à l’AFP, sous couvert d’anonymat, que « le Hezbollah ne remettra pas ses armes sans contrepartie, ce que les Américains savent pertinemment ».

Des partisans du Hezbollah ont parcouru mardi les quartiers populaires situés au sud de Beyrouth à moto, brandissant des drapeaux jaunes du parti et des portraits de ses dirigeants, a rapporté un photographe de l’AFP.

Le président Joseph Aoun a réaffirmé il y a quelques jours la détermination du gouvernement à désarmer tous les groupes, y compris le Hezbollah.

« Impasse diplomatique »

Le groupe terroriste réclame au préalable un retrait d’Israël des cinq positions qu’il occupe dans le sud du Liban, l’arrêt des attaques et bombardements israéliens qui se poursuivent en dépit du cessez-le-feu, et la reconstruction d’après-guerre, notamment.

Israël accuse le Hezbollah de reconstruire ses installations militaires et a menacé de poursuivre ses attaques tant qu’il ne sera pas désarmé, et ce afin de garantir la sécurité des Israéliens vivant dans le nord du pays.

M. Qassem a averti mardi que si Israël lançait une « agression de grande ampleur » contre le Liban, « des missiles s’abattraient sur le territoire de l’entité israélienne ».

Mais avec le bouleversement des équilibres internes et les conséquences du conflit avec Israël, les options du Hezbollah semblent désormais limitées.

Selon David Wood, du groupe de réflexion International Crisis Group, le Liban pourrait toutefois se retrouver dans une « impasse diplomatique », le Hezbollah conditionnant toute discussion sur son désarmement à la réalisation préalable de plusieurs exigences impliquant Israël.

« Si la question n’est pas résolue (..) aujourd’hui ou dans les semaines à venir, la voie diplomatique risque de se refermer », estime-t-il.

Avant son dernier conflit avec Israël, enclenché au début de la guerre à Gaza en 2023, le Hezbollah faisait figure de force toute-puissante au Liban.

Au lendemain du pogrom perpétré par le groupe terroriste islamiste palestinien du Hamas, les forces dirigées par le Hezbollah avaient, pendant des mois, attaqué presque quotidiennement des communautés israéliennes et des postes militaires le long de la frontière, le groupe affirmant agir pour soutenir Gaza pendant la guerre qui s’y déroule.

Puis, le Hezbollah a étendu ses attaques pour viser également des villes du centre et du nord d’Israël avec des roquettes, en plus des attaques à la frontière.
Quelque 60 000 habitants ont été évacués des villes du nord, à la frontière libanaise, peu après l’offensive du Hamas du 7 octobre, par crainte que le Hezbollah ne mène une attaque similaire et en raison de l’intensification des tirs de roquettes par le groupe terroriste.

Les attaques du Hezbollah contre Israël depuis octobre 2023 ont fait 46 morts parmi les civils. En plus, 80 soldats et réservistes de l’armée israélienne ont été tués dans des escarmouches transfrontalières, des attaques contre Israël et lors de l’opération terrestre lancée dans le sud du Liban fin septembre.

Deux soldats ont été tués dans une attaque de drone depuis l’Irak, et plusieurs attaques ont également eu lieu depuis la Syrie, sans faire de blessés.

L’armée israélienne estime que quelque 3 500 membres du Hezbollah ont été tués dans le conflit. Une centaine de membres d’autres groupes terroristes, ainsi que des centaines de civils, auraient également été tués au Liban.

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