Le Shin Bet autorisé à lutter contre la criminalité au sein de la communauté arabe
Des fonds seront détournés du plan de développement communautaire et alloués à la lutte contre le crime organisé ; les groupes de défense des droits de l'Homme dénoncent une discrimination
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Le gouvernement a approuvé mercredi un plan qui vise à permettre à l’agence de sécurité du Shin Bet de lutter contre la criminalité violente qui sévit de façon endémique au sein de la communauté arabe israélienne – avec un taux d’homicides qui a grimpé en flèche ces dernières années.
Cette mesure, qui prévoit le détournement de centaines de millions de shekels qui étaient initialement destinés aux plans de développement communautaire et qui serviront finalement à financer les opérations de maintien de l’ordre, a été immédiatement condamné par les organisations de défense des droits de l’Homme qui ont averti qu’elle était discriminatoire et qu’elle aggraverait les inégalités entre les citoyens juifs et arabes d’Israël.
Ce plan a été proposé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, la ministre de l’Égalité sociale May Golan et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir.
Netanyahu a évoqué une « nouvelle spectaculaire » et « une étape importante » dans la lutte contre le crime organisé.
« La combinaison des capacités du Shin Bet en matière de renseignement, d’opérations et de technologie, avec les actions de la police israélienne et avec les actions des forces de l’ordre en général permettra de mettre en œuvre les meilleurs outils dont dispose le pays » pour neutraliser les chefs du crime organisé, pour détruire leurs infrastructures et pour « rétablir la sécurité personnelle des citoyens », a indiqué le Premier ministre dans un communiqué conjointement écrit avec Golan et avec Ben Gvir.
« Nous n’accepterons pas une situation faite de violences, d’extorsion et de meurtres dans les rues », a ajouté le Premier ministre.
L’argent sera prélevé sur un programme quinquennal de 30 milliards de shekels, le « Plan 550 », qui avait été mis en place en 2021 sous le gouvernement d’unité éphémère qui avait été dirigé par Naftali Bennett et Yair Lapid. Le programme était alors destiné à mettre les communautés arabes sur un pied d’égalité avec leurs homologues juives dans des domaines tels que le logement, la police et le développement économique, après des décennies de négligences.
Golan a estimé qu’avec ce nouveau programme, « au lieu que l’argent public renforce les organisations criminelles, il renforcera le Shin Bet et la police dans la lutte contre ces dernières ».
« C’est une excellente nouvelle pour les citoyens israéliens et c’est une nouvelle amère pour les organisations criminelles », a, de son côté, commenté Ben Gvir, le ministre d’extrême droite en charge de la police qui a été accusé de ne pas en faire assez pour endiguer les violences qui ont d’ores et déjà coûté la vie à 156 membres de la communauté arabe depuis le début de l’année.
Environ 497 millions de shekels issus du Plan 550 seront alloués à la campagne nationale qui sera lancée pour combattre le crime organisé au sein de la communauté arabe. 345 millions de shekels iront au Shin Bet pour la mise en place d’une unité spécialisée dans la lutte contre le trafic de drogue et contre la contrebande d’armes et pour améliorer les moyens de renseignement opérationnel. Une autre enveloppe de 132,4 millions de shekels sera versée à la police israélienne, qui sera ainsi en mesure d’établir une unité nationale qui se consacrera à la lutte contre la criminalité au sein de la communauté arabe. Le Shin Bet se verra attribuer un budget permettant de recruter 130 agents supplémentaires.
L’organisation « Abraham Initiatives », un groupe de veille des violences qui se concentre sur la communauté arabe, a vivement critiqué cette initiative.
« Il ne s’agit pas d’une campagne contre la criminalité, mais d’une manière de transformer les citoyens en menace pour la sécurité », a-t-elle fait savoir dans un communiqué.
« La criminalité, ce n’est pas du terrorisme. Au lieu de miser sur une force de police efficace, sur des enquêtes et sur la prévention civile, le gouvernement choisit d’affaiblir la société arabe et de porter atteinte à la démocratie ».
Des avocats de l’Association pour les droits des citoyens en Israël ont estimé que le recours au Shin Bet « sort du cadre de ses compétences et risque de porter gravement atteinte aux droits fondamentaux de l’ensemble de la population arabe ».
Ils ont souligné que les dossiers relatifs au crime organisé au sein de la communauté juive étaient gérés par la police, qui le combat à l’aide des outils habituels de lutte contre la criminalité.
Le transfert de fonds vers le Shin Bet, « qui n’est pas habilité à intervenir dans le domaine de la répression pénale… portera gravement atteinte aux droits de l’Homme ; il aggravera les inégalités et il portera atteinte aux principes fondamentaux de la démocratie », ont ajouté ces juristes.
Le Centre Mossawa – le centre de défense des citoyens arabes d’Israël – a expliqué dans un communiqué que ce projet détournera des fonds qui étaient initialement destinés à des projets en faveur des jeunes qui sont en situation de vulnérabilité, à la formation professionnelle des jeunes, à la création de zones industrielles, à l’amélioration de l’accessibilité aux transports publics et à la planification du logement.
« La ministre May Golan prouve une nouvelle fois qu’elle n’est pas à la hauteur de son rôle de ministre de l’Égalité sociale lorsqu’elle agit pour aggraver les discriminations au lieu de promouvoir l’égalité », a-t-il dit.
Une source gouvernementale a confié au site Ynet, sous couvert d’anonymat, que le Shin Bet ne serait pas amené à traiter directement avec les organisations criminelles, mais qu’il se concentrerait plutôt sur la contrebande et sur le trafic d’armes illégales.
« Il est évident que les armes de contrebande sont destinées aux organisations criminelles, mais il s’agit d’un créneau restreint », a noté la source, qui a souligné que le Shin Bet ne se substituerait pas à la police.
En plus des organisations de défense des droits, cette mesure s’est également heurtée à l’opposition de certains ministères – notamment à un avis juridique émanant du ministère de l’Égalité sociale qui a soulevé des objections concernant le détournement des fonds, a indiqué Ynet.
Cet avis a fait remarquer que le ministère de la Justice n’avait pas été consulté et que, sans allouer également des fonds aux autorités chargées des éventuelles poursuites judiciaires, cette nouvelle mesure risquait de créer « des déséquilibres structurels et des ‘goulets d’étranglement’, » tout en affectant l’efficacité du système répressif.
Selon le média, le ministère du Travail s’est opposé au projet de réaffectation des fonds du « Plan 550 », de l’argent qui devait servir à améliorer l’emploi au sein de la communauté arabe, tandis que le ministère de la Culture et des Sports a émis des objections supplémentaires en raison des projets qu’il mène.
L’ancien chef du Shin Bet, Ronen Bar, avait résisté aux pressions du gouvernement qui cherchait déjà à impliquer l’agence de sécurité intérieure dans la lutte contre la criminalité meurtrière au sein de la communauté arabe israélienne, avertissant que son ingérence dans les enquêtes criminelles concernant des citoyens était susceptible d’ouvrir la voie à des dérives.
Le Shin Bet se concentre principalement sur les questions de sécurité nationale.
L’actuel chef du Shin Bet, David Zini, s’est montré plus conciliant, ont expliqué les médias israéliens.
L’année dernière a été la plus meurtrière jamais enregistrée pour la communauté arabe en Israël – avec 252 personnes tuées dans des crimes violents. La grande majorité des homicides commis au sein de la communauté arabe sont restés non-élucidés en 2025, la police n’étant parvenue à résoudre que 10 % de ces dossiers, selon le groupe Abraham Initiatives. Le taux d’homicides au sein de la communauté arabe avait été multiplié par deux en 2023 et il a continué d’augmenter les années suivantes, à l’exception d’une brève baisse en 2024, avant d’atteindre un nouveau pic en 2025.
Cette hausse massive – qui a coïncidé avec le début du mandat de Ben Gvir en tant que ministre de la Sécurité nationale – a alarmé les responsables de la communauté arabe. Un grand nombre d’entre eux attribuent cette forte augmentation à l’inefficacité — voire aux négligences pures et simples – des forces de l’ordre.
De son côté, la police affirme faire tout ce qui est en son pouvoir pour lutter contre la criminalité violente. Des officiers, dont le chef de la police Danny Levy, ont rejeté la responsabilité du phénomène de ces violences sur les procureurs de l’État et sur le système judiciaire – affirmant, par ailleurs, que les agents ne disposaient pas des moyens technologiques nécessaires pour recueillir efficacement des preuves.
la Communauté du Times of Israël !







