Le tabagisme passif peut perturber le sommeil des enfants de façon inattendue – étude israélienne
Des scientifiques ont observé une hausse de 67 % des troubles du sommeil chez des enfants de 1 à 12 ans, même en l'absence de problèmes respiratoires, suggérant que la nicotine pourrait avoir un impact sur le système nerveux central
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Une étude novatrice menée par des chercheurs israéliens a révélé que l’exposition au tabagisme passif nuit directement au sommeil des enfants en agissant sur le système nerveux central, indépendamment des problèmes respiratoires causés par la fumée ambiante.
Cette étude à comité de lecture a montré que les enfants exposés au tabagisme passif dormaient nettement moins bien que leurs camarades, même lorsque leur respiration et leur concentration en oxygène dans le sang restaient tout à fait normales.
« Éliminer la fumée de tabac de l’environnement d’un enfant peut instantanément améliorer la qualité de son sommeil, sa récupération cérébrale et sa santé générale », a déclaré le co-directeur de l’étude, le professeur Ariel Tarasiuk, à l’occasion d’un appel vidéo.
Les chercheurs ont donc recommandé aux pédiatres d’inclure des questions sur le tabagisme des parents ou des personnes qui s’occupent des enfants, lorsque les enfants sont traités en consultation ou admis à l’hôpital.
« Les pédiatres ne posent probablement pas cette question, mais ils devraient le faire », a affirmé Tarasiuk.
Cette étude a été publiée lundi dans Scientific Reports.
La littérature médicale indique que le tabagisme passif provoque des inflammations et des ronflements chez les jeunes enfants, a expliqué Tarasiuk.
Il a précisé qu’après que les enfants ont été traités pour des problèmes respiratoires, « leurs parents sont venus nous dire : ‘Notre enfant ronfle moins, mais il s’agite énormément dans son lit’, etc. C’est ce qui a éveillé notre intérêt. »
Une première difficulté rencontrée par les chercheurs a été la sous-déclaration, par les parents et les personnes en charge des enfants, de leur consommation de tabac.
« Les parents n’avouent pas toujours franchement qu’ils fument », a fait remarquer Tarasiuk. « Mais nous ne les jugeons pas. C’est en partie une question de culture, et en partie une question de honte. »
Les analyses ont confirmé que près de la moitié des enfants avaient au moins un parent fumeur, parmi lesquels 60 % niaient catégoriquement exposer leur enfant au tabagisme passif.
Les chercheurs ont utilisé des questionnaires et mesuré la cotinine dans la première urine matinale des enfants. La cotinine est un sous-produit issu de la dégradation de la nicotine par l’organisme.
La nicotine est rapidement éliminée de l’organisme. Le dosage de la cotinine est donc le moyen le plus fiable de mesurer une consommation récente de tabac ou une exposition au tabagisme passif.
« La cotinine est la référence absolue pour mesurer l’exposition au tabac », a déclaré Tarasiuk. « L’urine matinale est en quelque sorte une fenêtre sur ce qui s’est passé les jours précédents.
L’équipe de recherche de l’université Ben Gurion a suivi 30 enfants sans troubles du développement, âgés de 1 à 12 ans, qui avaient été orientés vers le laboratoire du sommeil de l’université afin d’être placés sous surveillance nocturne en raison d’une suspicion de troubles respiratoires du sommeil.
Outre la détermination des taux de cotinine, les scientifiques ont eu recours à la polysomnographie, une série de tests permettant de mesurer les ondes cérébrales des enfants pour déterminer leurs phases de sommeil profond et de sommeil léger, ainsi que les épisodes de réveil brusque ou d’éveil.
Les chercheurs ont également surveillé le débit d’air dans le nez et la gorge des enfants, les mouvements thoraciques, le taux d’oxygène dans le sang, la fréquence cardiaque et l’activité musculaire afin d’évaluer leur agitation physique.
Les données ont révélé un indice d’éveil supérieur de 67 % – ce qui signifie des changements plus fréquents et rapides de l’activité cérébrale, faisant passer ces enfants à un sommeil plus léger ou à un état d’éveil – par rapport aux autres enfants non exposés à la fumée de cigarette. Il en résultait un sommeil très fragmenté et agité.
Les chercheurs ont observé une diminution de la capacité des enfants à maintenir un sommeil stable et continu proportionnelle à l’augmentation des marqueurs de la cotinine.
L’étude a également mis en évidence une réduction significative de la durée totale du sommeil pendant la nuit.
Selon Tarasiuk, cela prouve que le tabagisme passif perturbe le système nerveux central et altère les cycles circadiens naturels du sommeil, indépendamment de l’impact physique de la fumées de tabac sur les poumons et la gorge des enfants.
« Pendant les 12 premières années de la vie, un sommeil suffisamment long et ininterrompu est essentiel au bon développement du cerveau, aux fonctions cognitives, à la régulation des émotions, à la défense immunitaire, à la croissance physique et à la santé métabolique », a affirmé Iris Haimov, professeure au Max Stern Yezreel Valley College, au Times of Israel.
Haimov n’a pas participé à cette étude.
« Un sommeil court et fragmenté pendant l’enfance a des conséquences durables », a ajouté Haimov. « Parmi celles-ci, des troubles cognitifs, des symptômes de type TDAH, la dépression, l’obésité et une qualité de vie considérablement réduite pour toute la famille. »
Elle a également dit espérer que ces résultats contribueront à sensibiliser davantage la population à « la nécessité absolue d’un sommeil sain chez les enfants, ainsi qu’aux dangers insidieux du tabagisme passif ».
« Ces données devraient servir de signal d’alarme urgent aux parents, pour qu’ils éliminent le tabagisme à l’intérieur de leur foyer, sur les balcons et dans les véhicules », a indiqué Haimov.
« La fumée de tabac s’accroche à nos vêtements, aux tissus, à notre peau. Elle s’accroche aux meubles », a déclaré Tarasiuk.
Reconnaître l’impact de l’exposition au tabagisme passif sur la fragmentation du sommeil, même en l’absence de tout problème respiratoire, « peut faciliter la mise en place d’un accompagnement et de conseils ciblés pour les familles », a-t-il souligné.
« Selon nos estimations, la pollution diminuera considérablement dans le mois qui suit l’arrêt du tabac », a assuré Tarasiuk. « Notre objectif est de sensibiliser le grand public à l’importance de réduire au maximum le tabagisme. »
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