Mario Stasi de la Licra appelle à sortir l’antisémitisme du cadre de la loi sur la presse
Le président de la Licra plaide pour une refonte juridique afin de traiter l’antisémitisme comme un délit de racisme, dénonçant une réponse pénale inadaptée et un manque de formation face à ses nouvelles formes
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L’antisémitisme doit être juridiquement traité comme une forme de racisme et non plus comme un simple abus de la liberté d’expression, plaide l’avocat et président de la Licra, Me Mario Stasi, appelant à une réforme du cadre légal français, dans un récent entretien accordé au site spécialisé actu-juridique.fr.
Selon lui, l’inscription actuelle de l’antisémitisme dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse conduit à des incohérences et à une réponse pénale insuffisante. « On considère, à tort, qu’un antisémite est celui qui a abusé de sa liberté d’expression, ou dérapé », déplore-t-il, estimant que le prévenu devrait plutôt être poursuivi comme un auteur d’infractions racistes au sens de la loi de 1972.
Cette évolution figure parmi les recommandations issues des Assises contre l’antisémitisme organisées en 2025. Me Stasi appelle désormais à leur traduction concrète dans la loi, afin de « sortir l’antisémitisme de la loi de 1881 » et de l’intégrer au Code pénal comme un délit autonome.
Actuellement, avec la loi actuelle, « les juges sont piégés, ils laissent le prévenu raciste parler, parler, car la procédure les y contraint », explique-t-il. Cela conduit ainsi à des aberrations : « En qualité d’avocat de la Licra, je me souviens d’Alain Soral jugé pour avoir fait une quenelle au Mémorial de la Shoah. L’audience avait duré une journée : à l’époque, Soral savait qu’il ne risquait rien – il a fallu des années pour qu’une peine ferme soit prononcée à son encontre. Le débat avait été absolument odieux et il avait pour témoin Dieudonné. On était éberlués, effrayés, le président muet devant des rescapés de la Shoah encore vivants. On doit absolument les priver du luxe procédural qu’accorde la loi de 1881 ! »
L’avocat pointe également un manque de formation des magistrats face aux nouvelles formes d’antisémitisme, notamment celles qui s’expriment par des codes ou un vocabulaire détourné depuis le 7 octobre 2023, date depuis laquelle « l’expression de la haine raciste » a « explosé ». « On joue des mots pour éviter les condamnations », affirme-t-il, évoquant un « déficit de compréhension » au sein de l’appareil judiciaire.
Il s’inquiète par ailleurs de certaines décisions judiciaires récentes où le caractère antisémite n’a pas été retenu, dénonçant une politique pénale « non stabilisée ». Il cite ainsi le cas de René Hadjadj, homme juif de 89 ans défenestré du 17e étage par son voisin à Lyon en 2022, crime pour lequel son auteur a été condamné début février à 18 ans de prison pour meurtre mais pour lequel le mobile antisémite a été écarté malgré des « indices précis et concordants du caractère antisémite », dit Mario Stasi.
Enfin, il dénonce aussi le fait que les réseaux sociaux amplifient le phénomène de l’antisémitisme en servant de caisse de résonance. Il appelle également à renforcer les sanctions, notamment pour les responsables publics, et à mieux former magistrats, entreprises et jeunes publics face à la progression de ces discours.
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