Même si Orban perd, les liens entre Israël et l’Europe ne seront pas plus impactés – experts
Le soutien du Premier ministre a permis d'atténuer la colère des Européens, d'où les craintes en cas de victoire de son rival de centre-droit. Mais la situation ne devrait pas changer
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Les élections de dimanche en Hongrie, qui pourraient mettre fin aux fonctions du Premier ministre Viktor Orban, inquiètent Israël qui se demande quelle position aurait le futur gouvernement en Europe.
Ces préoccupations tiennent pour l’essentiel au rôle d’allié d’Israël qu’occupait jusqu’alors la Hongrie au sein de l’Union européenne — régulièrement prête à se désolidariser de ses pairs pour protéger Jérusalem des critiques ou des mesures punitives requérant l’unanimité des États membres.
Orban a à plusieurs reprises fait preuve d’une grande fidélité politique avec le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et a souvent été en désaccord avec la politique globale de l’UE. L’an dernier, la Hongrie a été le seul État membre de l’UE à rejoindre le Conseil international de la paix de Trump, et à annoncer son retrait de la Cour pénale internationale, laquelle, en novembre dernier, a émis un mandat d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien.
Le mois dernier, Netanyahu a fait l’éloge d’Orban, qu’il a soutenu et qualifié « de roc ».
Si le soutien d’Orbán a été politiquement significatif, l’impact réel de la Hongrie sur la politique européenne a été plus limité qu’on ne le pense, et il est de ce fait peu probable qu’un changement de gouvernement en Hongrie ne modifie radicalement les relations bilatérales, estiment les experts.
Les sondages d’opinion montrent que le parti Fidesz d’Orban accuse un retard de 7 à 9 points sur le parti émergent de centre-droit, Tisza, crédité de 38 à 41 % des suffrages.
Malgré l’avance de Tisza dans les sondages, les analystes affirment que le résultat demeure incertain dans la mesure où de nombreux électeurs restent indécis, le redécoupage de la carte électorale profite à Fidesz et la forte proportion de Hongrois installés dans les pays voisins sont majoritairement favorables au parti au pouvoir.
Les porte-parole d’Orbán et de son parti rival, Tisza, n’ont pas souhaité faire de commentaires.
Un rôle non décisif
Bien que le gouvernement d’Orban ait pris des mesures importantes pour aider Israël sur la scène internationale, il reste que sa capacité à bloquer les actions de l’UE contre Israël a davantage porté sur le discours que sur la politique, explique au Times of Israel un diplomate européen proche du dossier.
Il est fréquemment arrivé que des déclarations rédigées pour condamner les actions israéliennes — comme par exemple les frappes militaires meurtrières lors de sa guerre contre le Hamas à Gaza —, que l’UE souhaitait faire au nom des 27 Etats-membres, soient bloquées par l’opposition de la Hongrie, ce qui a contraint la responsable de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kallas, à les publier en son nom seul, souligne le responsable.
Toutefois, « une déclaration… cela ne change rien sur le terrain, c’est une sorte d’outil diplomatique », ajoute le responsable. Les objections répétées de la Hongrie ont agacé d’autres États membres, car « c’est mauvais signe pour l’UE de ne pas être capable de publier une déclaration conjointe. »
En matière de politique tangible, le rôle de la Hongrie est plus limité. La seule mesure concrète de l’UE que la Hongrie a bloquée est un ensemble de sanctions contre les résidents d’implantations violents de Cisjordanie et les organisations qui les soutiennent.
Kallas a déclaré à plusieurs reprises que 26 pays avaient approuvé les sanctions : il est communément admis que la Hongrie est le pays responsable du blocage.
D’autres mesures proposées contre Israël, comme la suspension des préférences commerciales, n’ont pas recueilli les soutiens requis, indépendamment de la position de la Hongrie.
Aucun changement radical n’est attendu
Des responsables proches du dossier ont déclaré au Times of Israel qu’il est peu probable que Magyar modifie significativement la relation bilatérale entre la Hongrie et Israël, en cas de victoire, bien que son gouvernement puisse modifier la position de Budapest au sein de l’UE.
L’alignement de Tisza avec le Parti populaire européen — le plus grand bloc politique de l’UE — pourrait le pousser à adopter une position plus coopérative au sein de l’UE, estime Maya Sion-Tzidkiyahu, directrice du Programme des relations Israël-Europe chez Mitvim, un think tank basé en Israël.
Un des objectifs de la campagne de Magyar est d’obtenir l’approbation de la Commission européenne pour un prêt de quelque 16 milliards d’euros destinés à des dépenses de défense — une mesure qui pourrait supposer une meilleure entente avec Bruxelles.
Malgré les inquiétudes à Jérusalem, il est possible que les priorités de l’UE soient telles que le rapprochement de la Hongrie de Bruxelles n’affecte pas pour autant la position de Budapest envers Israël. La première priorité de Bruxelles consiste en effet à obtenir la levée du veto d’Orban sur les 90 milliards d’euros d’aides à l’Ukraine, et non les mesures contre Israël, précise Sion-Tzidkiyahu.
« Il est donc possible que Magyar soit plus flexible sur la question des sanctions liées à Israël, car la relation avec Israël est importante pour lui », ajoute-t-elle.
Ce qui pourrait changer, en revanche, c’est le retrait de la Hongrie de la CPI et son soutien à Netanyahu et à son parti, le Likud.
Si Magyar parvient à former un nouveau gouvernement et qu’un nouveau parlement hongrois prête serment le 12 mai prochain, il est fort probable qu’il revienne sur le retrait de la Hongrie de la CPI avant que cette décision ne prenne définitivement effet, le 2 juin prochain.
Ce faisant, Magyar espère pouvoir « montrer à l’UE que la Hongrie revient sur le chemin de l’État de droit et de la démocratie — pas nécessairement une démocratie libérale, mais une démocratie respectueuse du droit international. Ce qui est très important pour l’Europe », souligne Sion-Tzidkiyahu.
Il pourrait aussi chercher « à prendre ses distances vis-à-vis de Netanyahu, qui est très proche d’Orban » et envoyer le « signal très clair à l’UE et à d’autres que ‘Nous ne sommes pas Orban’ », ajoute-t-elle en notant que « le fait de rompre avec Netanyahu ne signifierait pas pour autant de rompre avec Israël — quitte à privilégier d’autres acteurs politiques. »
Le diplomate européen met en garde contre l’exagération des enjeux de l’élection pour Israël, affirmant que même si Magyar gagne, « je suis certain que la Hongrie restera un pays très bien intentionné envers Israël. »
D’autres amis
Un changement de position de la Hongrie ne laisserait pas Israël sans alliés au sein de l’UE, mais il compliquerait la tâche pour empêcher la prise de mesures défavorables. En effet, des pays tels que l’Allemagne ou la République tchèque ont joué un rôle de « pare-feux partiels » sur certaines mesures anti-Israël, et la Grèce, Chypre et la Bulgarie ont fait varié leur vote selon la politique intérieure, rappelle Sion-Tzidkiyahu.
Sur des questions clés telles que la participation d’Israël aux programmes de l’UE ou aux relations commerciales, l’Allemagne en particulier est susceptible de résister à des mesures punitives, affirme-t-elle.
Cependant, dans les domaines régis par la majorité qualifiée et non l’unanimité, aucun pays à lui seul ne peut empêcher une prise de décision. Il faut en pareil cas une coalition d’au moins 15 États membres représentant 65 % de la population de l’UE, d’où l’importance stratégique de grands pays tels que l’Allemagne ou l’Italie.
Dans ce contexte, le soutien de la Hongrie peut être décisif : lorsqu’il est en phase avec des pays comme la République tchèque, il permet de former une minorité de blocage, mais sans cela, il est nettement plus ardu de réunir une telle coalition.
Outre les sanctions contre les résidents d’implantations, la plupart des mesures récemment prises par l’UE contre Israël sont liées à sa conduite dans la guerre contre le Hamas à Gaza, pour l’essentiel au point mort depuis le cessez-le-feu négocié par les États-Unis en octobre dernier.
« Tant que le cessez-le-feu [de Gaza] tiendra, il n’y a pas de raison forte pour que l’UE fasse avancer ces mesures », conclut Sion-Tzidkiyahu.
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