Netanyahu : les Israéliens ne feront pas confiance à une commission d’enquête sur le 7-Octobre
Invoquant l'enquête bipartisane américaine sur le 11-Septembre, le Premier ministre prône une enquête bénéficiant d'un « large soutien public » ; Lapid, Bennett et Liberman le critiquent pour avoir éludé ses responsabilités
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a encore rejeté lundi les appels de l’opposition à la création d’une commission d’enquête nationale sur les défaillances ayant rendue possible l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, estimant une fois de plus que la population israélienne dans son ensemble ne l’accepterait pas, tandis que les figures de l’opposition l’accusaient de tenter d’échapper à ses responsabilités.
Ces commentaires ont été formulés lors d’un débat dit « des 40 signatures » à la Knesset pour discuter de la question, auquel le Premier ministre est légalement tenu d’assister. L’opposition peut demander la tenue de tels débats une fois par mois, généralement pour discuter des critiques à l’égard du gouvernement, de ses politiques et de son programme législatif.
Au lieu d’une commission d’État, Netanyahu a déclaré que son gouvernement « souhaite mettre en place une commission d’enquête bénéficiant d’un soutien public aussi large que possible », et non une commission rejetée par, selon lui, « au moins la moitié du pays ».
En réalité, les sondages ont toujours montré qu’une nette majorité d’Israéliens était favorable à la création d’une commission d’État, et Netanyahu lui-même avait soutenu la création d’une telle enquête sur la conduite du gouvernement précédent en 2022.
« Il faut que ce soit une commission équilibrée qui entendra tout le monde, enquêtera sur tout le monde et qui gagnera la plus grande confiance possible du public », a-t-il déclaré, répétant son argument selon lequel une enquête d’État serait rejetée par de nombreux membres de la droite, car elle serait nommée par le président de la Cour suprême.
« La seule façon de garantir la confiance du public dans le travail de la commission est de parvenir à un large accord sur sa composition », a-t-il déclaré. « La commission d’enquête que nous mettons en place doit être représentative de l’ensemble de la nation, et non d’une partie seulement, ou du moins de la grande majorité de celle-ci. »
Il a déclaré que la question cruciale était de savoir s’il était possible de créer une commission fondée sur un large consensus national, citant comme modèle la commission créée pour enquêter sur les attentats du 11-Septembre aux États-Unis.
« Le peuple américain voulait comprendre comment un tel événement avait pu se produire », a-t-il déclaré. « Sous quelle responsabilité cet événement s’est-il produit ? Qui en est responsable ? »
« Ils ont fait quelque chose de différent », a-t-il expliqué. « Ils ont créé une commission bipartite. Une commission d’enquête nationale composée à parts égales de républicains et de démocrates. Les deux camps politiques ont pleinement coopéré afin de tirer des leçons pour le bien du pays. Personne n’a essayé d’utiliser la commission comme un outil politique. »
Israël « doit créer une commission d’enquête fondée sur un large consensus », a-t-il déclaré, avant d’ajouter qu’il sera « le premier à [se] présenter devant elle et à répondre à toutes les questions ».
« Mais je ne serai pas le seul à répondre aux questions », a-t-il poursuivi. « Tout le monde sera interrogé, et tout le monde devra répondre. »
« Enquêtons sur ce qui s’est passé », a-t-il déclaré. « Enquêtons sur qui a fait quoi — sur le plan diplomatique, sur le plan sécuritaire, sur le plan de l’alerte précoce. Toutes ces questions doivent faire l’objet d’une enquête, mais elles ne doivent pas être examinées par un panel dont plus de la moitié de la population pense qu’il a déjà tiré des conclusions. »
Les détracteurs affirment que Netanyahu, qui, contrairement à d’autres hauts responsables, n’a pas publiquement assumé la responsabilité des échecs liés au 7-Octobre, souhaite mettre en place une commission gouvernementale dont il aura un plus grand contrôle sur la composition et qui aura moins de pouvoirs qu’une commission d’État, ce qui, selon eux, entraverait sa capacité à établir la vérité et à faire respecter la responsabilité.
La vidéo de Sde Teiman, une « terrible diffamation »
Plus tôt dans son discours, Netanyahu a qualifié de « terrible diffamation » la divulgation d’une vidéo supposée montrer des sévices infligés à des prisonniers dans le centre de détention de Sde Teiman par des soldats de l’armée israélienne.
Il a déclaré que cela avait causé « des dommages indescriptibles à Israël et à l’armée israélienne ».
Il a déclaré que la vidéo divulguée par l’ancienne avocate générale militaire Yifat Tomer-Yerushalmi, qui montrerait de tels abus, avait été visionnée plus de 100 millions de fois dans le monde entier et avait donné lieu à des allégations selon lesquelles Israël gérerait des camps de concentration et à des comparaisons entre les soldats israéliens et les nazis.
« Ceux qui sont chargés de découvrir la vérité ont utilisé leur pouvoir pour la déformer », a-t-il déclaré, ajoutant qu’ils avaient donné des munitions aux pires ennemis d’Israël.
Tomer-Yerushalmi a démissionné la semaine dernière et a admis avoir divulgué une vidéo de surveillance qui montraient apparemment des soldats maltraitant gravement un détenu gazaouie au centre de détention de Sde Teiman, dans le sud d’Israël, l’année dernière.
Netanyahu a déclaré que la vidéo avait été « éditée » dans le but d’en déformer le contenu.
À ce jour, aucune preuve crédible n’a été apportée pour démontrer que la vidéo était inauthentique, et plusieurs soldats ont été inculpés pour maltraitance dans cette affaire.
Netanyahu a demandé l’ouverture d’une enquête sur l’affaire Sde Teiman. « La question n’est pas seulement de savoir quoi enquêter, ni seulement qui est enquêté, la question cruciale est de savoir qui enquête sur la vérité », a-t-il déclaré, avant d’aborder dans son discours la même préoccupation concernant « qui enquête » sur la catastrophe du 7-Octobre.
La campagne n’est pas terminée
Netanyahu a également déclaré à la Knesset que la campagne militaire israélienne postérieure au 7 octobre 2023 « n’était pas terminée ».
« Ceux qui cherchent à nous nuire se réarment. Ils n’ont pas renoncé à leur objectif de nous détruire », a-t-il déclaré.
Il a également promis que le Hamas « serait désarmé » et que « Gaza serait démilitarisée. Cela se fera soit de manière pacifique, soit de manière violente. Mais cela se fera ».
Netanyahu a laissé entendre qu’Israël se rapprochait plus que jamais « d’autres États de la région » et a déclaré que le public en saurait davantage à ce sujet.
Il a insisté sur le fait qu’Israël souhaitait une « paix réelle », tout en ayant besoin de garder « l’épée de David » entre ses mains.
Il a dénoncé ceux qui, à travers le monde, que ce soit à l’extrême gauche, les extrémistes islamiques, certains à l’extrême droite et certains dans les médias, veulent prétendre qu’Israël est un Goliath, et dépeignent Israël comme une force destructrice et ses ennemis comme un David.
« Nous sommes David », a-t-il déclaré, soulignant que ceux qui tentent de détruire Israël sont un Goliath mené par l’Iran. Israël est en train de remporter la victoire, « et nous n’avons pas l’intention de nous en excuser », a-t-il déclaré.
Il a ajouté qu’Israël était déterminé à faire respecter « d’une main de fer » les accords de cessez-le-feu à Gaza et au Liban, précisant « bien sûr, tant qu’ils existeront ».
« Vous pouvez voir ce qui se passe chaque jour au Liban », a-t-il déclaré à propos des frappes israéliennes quasi quotidiennes contre le Hezbollah.
Netanyahu a déclaré que la pression militaire sur le Hamas et l’opération de l’armée israélienne à Gaza-City « ainsi que la pression diplomatique supplémentaire exercée par les États-Unis pour isoler le Hamas… nous ont permis de ramener tous les otages vivants et la grande majorité des otages décédés ».
« Nous avons empêché une capitulation douloureuse » en ne cédant pas aux pressions nationales et internationales, a fait valoir Netanyahu, accusant l’opposition de faire pression pour un accord qui aurait équivalu à une capitulation devant le Hamas. « Si vous aviez fait comme vous le souhaitiez, [les otages] ne seraient pas revenus, mais pire encore, le Hamas se préparerait à de nouveaux enlèvements », a-t-il déclaré à l’opposition.
Israël « est déterminé à ramener les quatre otages tués qui restent à Gaza », a-t-il promis, citant les noms des trois Israéliens, mais pas celui du citoyen thaïlandais tué.
Ses détracteurs, notamment les familles des otages, ont fait valoir qu’un accord pour la libération de tous les otages aurait pu être conclu plus tôt, sauvant ainsi la vie de nombreux otages qui ont été tués en captivité.
Lapid au Premier ministre : « Vous êtes responsable » du 7-Octobre
Prenant la parole devant Netanyahu, le chef de l’opposition Yair Lapid a critiqué le Premier ministre pour avoir refusé de créer une commission d’enquête nationale, le décrivant comme un dirigeant qui fuit ses responsabilités et s’accroche au pouvoir.
« Sous votre mandat, personne n’assume ses responsabilités ; personne ne dit ‘Je m’excuse’, ‘J’ai honte’, ‘C’est terrible’. Je sais que si je suis à la tête du système, la responsabilité m’incombe », a déclaré Lapid en s’adressant à Netanyahu.
« Cela ne vous vient pas à l’esprit. Quelqu’un qui n’a pas assumé la responsabilité du 7-Octobre, de la plus grande catastrophe de notre histoire, une catastrophe qui s’est produite sous sa responsabilité, pourquoi assumerait-il la responsabilité d’autre chose ? » a demandé Lapid, promettant que « nous n’oublierons jamais ».
« Quiconque occupait un poste de direction le 7 octobre 2023 ne peut et ne pourra jamais se décharger de sa responsabilité et de sa culpabilité. Ils doivent partir », a déclaré le chef du parti Yesh Atid.
Les chefs de l’armée israélienne, du Shin Bet et du ministère de la Défense de l’époque sont tous partis, ne laissant que Netanyahu, « celui qui dirigeait réellement le système le 7-Octobre et qui a ignoré tous les avertissements », a-t-il ajouté, faisant référence aux démissions des hauts responsables de presque tous les organismes de sécurité à la suite des attaques de 2023.
Lapid a affirmé que c’est la raison pour laquelle Netanyahu fait tout ce qu’il peut pour empêcher la création d’une commission d’enquête puissante, car « il n’y aura pas d’échappatoire à la vérité. Et la vérité, c’est que vous êtes responsable, que vous êtes coupable et que vous devez partir ».
« Je sais ce que vous pensez : vous pensez que le public ne s’en soucie plus. Vous ne comprenez pas que c’est le contraire. Si plus rien ne choque personne, c’est parce que tout le monde sait qui vous êtes. Tout le monde comprend, même vos partisans, que ce gouvernement est corrompu et pourri jusqu’à la moelle », a-t-il déclaré.
« C’est ce qui vous fera tomber : la prise de conscience collective que tout est pourri. Rien ne fonctionne, sauf vos opérations de corruption. Ce n’est pas un gouvernement pour le bien du pays, c’est un groupe de personnes qui savent que la fin est proche, alors chacun se précipite pour prendre autant qu’il peut avant de quitter la scène », a conclu le chef de l’opposition.
S’exprimant également lors du débat, le président du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a accusé le Premier ministre d’abandonner ses responsabilités de dirigeant tout en rejetant la responsabilité de ses échecs sur les autres.
« Monsieur le Premier ministre, j’entends beaucoup parler autour de vous de l’État profond. S’agit-il de l’État profond ou d’un faux profond ? », a demandé Liberman.
« Vous êtes responsable d’avoir saboté la loi sur la conscription [des Haredim], et vous êtes le principal responsable du massacre du 7-Octobre. Vous avez correspondu avec le meurtrier Yahya Sinwar… [et] transféré l’argent du Qatar », a-t-il déclaré.
« La commission d’enquête nationale sur la catastrophe de Meron a déterminé que vous étiez personnellement responsable, mais n’a tiré aucune conclusion opérationnelle. Je vous promets que nous mettrons en place une commission d’enquête nationale qui interrogera vraiment tout le monde. Nous la forcerons à tirer des conclusions personnelles. Rien ne vous aidera, cette fois-ci, vous ne pourrez pas vous échapper », a-t-il ajouté.
Bennett promet de fermer la « fausse commission »
L’ancien Premier ministre Naftali Bennett, qui n’était pas présent car il n’est actuellement pas membre de la Knesset, a également commenté le débat de lundi. Dans une déclaration, Bennett a critiqué Netanyahu pour avoir cherché à mettre en place une « fausse commission ».
Les familles des victimes « méritent des réponses sur cet énorme échec », a-t-il déclaré. « J’apprends maintenant que le gouvernement veut créer une sorte de fausse commission dont il nommera les membres, alors que ce même gouvernement porte une immense responsabilité dans cette catastrophe. »
« C’est pourquoi je le dis ici aussi clairement que possible : dès le premier jour du gouvernement que nous formerons, nous annulerons toute commission fantoche qui aura été créée et nous mettrons en place une commission d’enquête nationale chargée d’enquêter sur l’échec du massacre du 7-Octobre », a ajouté Bennett.
Le gouvernement s’oppose à la création d’une commission d’enquête publique sur la catastrophe du 7-Octobre, initialement au motif qu’une telle enquête ne peut être menée pendant qu’Israël est en guerre, et ensuite en raison des accusations de plusieurs ministres du cabinet selon lesquelles le président de la Cour suprême, Isaac Amit, ne serait pas digne de confiance pour nommer un juge impartial ou un juge à la retraite à la tête du panel.
La Haute Cour de justice a déclaré au gouvernement le 15 octobre qu’il n’y avait « aucun argument valable » contre la nécessité de créer une commission d’enquête nationale dans sa décision concernant les requêtes demandant la mise en place d’une telle enquête. Elle a donné au gouvernement 30 jours pour présenter une nouvelle mise à jour sur « le sort » d’une telle commission.
Netanyahu a affirmé à maintes reprises que ce sont les services de sécurité, et non les dirigeants politiques, qui n’ont pas réussi à empêcher l’attaque la plus meurtrière de l’histoire d’Israël.
la Communauté du Times of Israël !







