Pour Mario Adrion, les Israéliens sont « les rois de l’humour noir »
L'humoriste allemand, bientôt en tournée à guichets fermés à Tel-Aviv puis aux États-Unis, s'est fait un nom en faisant des blagues sur sa femme juive et en abordant des sujets tabous
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Dire que le parcours professionnel de Mario Adrion est surprenant est un euphémisme.
Elevé dans une région rurale d’Allemagne, dans une famille de bûcherons, l’humoriste s’apprête à donner huit représentations à guichets fermés à Tel-Aviv, avec un spectacle qui aborde sans détour tous les sujets tabous, même les plus improbables.
Lentement mais sûrement, Adrion, qui a 32 ans, s’est fait un nom en se moquant des stéréotypes sur les Allemands, à commencer par leur malaise face à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, et en puisant dans sa vie personnelle, et notamment dans sa relation avec sa femme, qui est juive.
« Pour commencer, l’humour, à titre général, est une carrière tout à fait improbable pour un Allemand », déclare Adrion au Times of Israel lors d’une interview à distance faite la semaine passée depuis son domicile, à Los Angeles. « Au-delà de cela, je m’attendais à tout sauf à faire des spectacles en Israël. »
Avec plus de 2 millions d’abonnés sur Instagram et des vidéos sur YouTube qui, pour certaines, ont plus de 20 millions de vues à leur actif, il est évident que l’humour d’Adrion a trouvé son public, à commencer par des Israéliens.
A l’issue d’une déjà longue tournée de stand-up en Europe, ses sept représentations consécutives au Zappa Club de Tel-Aviv, auxquelles il vient d’ajouter une date supplémentaire – son record de spectacles dans une seule ville – se joueront à guichets fermés. Il a également une tournée à venir aux États-Unis.
Adrion explique : « En Allemagne, nous savons beaucoup de choses sur le peuple juif et la culture juive, mais nous avons peu de points communs sur le plan culturel. C’est une dynamique très étrange – et surtout, il n’y a pas vraiment d’humour autour de ça – parce qu’il y une culpabilité tellement forte. »
Parti vivre à New York à l’âge de 18 ans pour sa carrière de mannequin, il dit : « Je me suis fait beaucoup d’amis juifs qui me racontaient des blagues… C’est là que j’ai appris que l’humour pouvait servir à faire face à des choses perturbantes, à des sentiments et à des conversations gênants. »
En 2019, il a ensuite rencontré celle qui est aujourd’hui sa femme – et c’est aussi le moment où il a commencé à s’orienter vers un type d’humour considéré par beaucoup comme tabou, en s’inspirant notamment des différences culturelles et de sensibilité au sein de leur couple.
« C’est une dynamique amusante et c’est trop évident pour ne pas en parler », confie-t-il. « J’ai donc commencé à en parler, avec amour, c’est la base. Je pense que les gens, et notamment les Juifs, se sentent en confiance quand je fais ces blagues parce que je ne suis pas juste un Allemand qui fait des blagues sur les Juifs. J’aborde ce sujet pour une bonne raison. »
Même si tous les stéréotypes ne sont pas fondés, il est vrai que le stand-up — a fortiori en anglais — n’est pas la voie royale pour un Allemand. En 2014, alors mannequin à New York, Adrion commence à publier des vidéos sur sa vie sur YouTube et à se faire un public en ligne. Et en 2020, il s’installe à Los Angeles et il se tourne vers le stand-up, en jouant sur les clichés concernant les Allemands.
« La seule chose que l’on peut faire en Allemagne, c’est aller à l’école, devenir ingénieur, et c’est ce que j’ai fait », explique-t-il. « Il m’a donc fallu beaucoup de temps pour accepter que j’avais un penchant pour la comédie : ce n’est qu’après être venu aux États-Unis, à New York, puis à Los Angeles, et m’être lancé dans l’improvisation que je me suis tourné vers le stand-up. »
Comme la plupart des spectacles comiques, le répertoire d’Adrion – y compris son premier spectacle complet, intitulé « My Struggle » (oui, oui) – ne s’adresse pas à tout le monde. Mais l’humoriste assure que le public le plus mal à l’aise face à ses blagues est le public allemand.
« Quand je fais ces blagues en Europe, notamment en Autriche ou en Allemagne, les gens sont nettement plus mal à l’aise », souligne-t-il en précisant avoir légèrement adapté son spectacle. Il précise : « Je pense que même pour les Allemands, il est important de se confronter à la plaisanterie sur des sujets qui mettent mal à l’aise, car cela peut contribuer à la sensibilisation ainsi qu’à l’émergence du débat. »
Ce sera le deuxième déplacement d’Adrion en Israël, après ses cinq spectacles à Tel Aviv l’an dernier, devant un public plus réceptif encore qu’il ne l’aurait imaginé.
« Pour mon premier spectacle, j’ai en quelque sorte testé le terrain… Sans aborder les sujets les plus provocants », souligne-t-il. « Mais j’ai quand même raconté une blague un peu provocante, une blague sur Hitler ou quelque chose comme ça, et les gens ont applaudi… Je ne m’y attendais vraiment pas. »
Après avoir fait le tour du monde, Adrion confie : « Je crois que personne n’a plus d’humour noir que les Israéliens… J’ai donné 70 spectacles en Europe ces deux derniers mois, et le public n’a jamais été aussi ouvert aux sujets sombres qu’en Israël. »
Pour son retour en Israël dans quelques jours – en espérant éviter les missiles –, Adrion se dit ravi de revenir là où les gens apprécient son humour.
« Si tant de gens veulent me voir là-bas, en chair et en os, et apprécient ce que je fais, en ces moments de grande incertitude, c’est peut-être que je vais leur apporter une sorte de répit comique », conclut-il. « Ce qui est ironique, c’est qu’ils aient besoin d’un Allemand pour ça. »
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