Une pierre cultuelle rare issue d’une maison israélite témoigne de la réforme biblique du roi Ézéchiel
Découvert à Tel Eton, l'imposant artefact, datant de 2 750 ans, pourrait avoir été réutilisé après une répression religieuse en dehors du Temple de Jérusalem
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Selon une récente étude, l’imposante pierre cultuelle découverte dans une demeure israélite détruite par les Assyriens à la fin du VIIIe siècle avant notre ère pourrait bien contribuer à prouver l’historicité de la réforme religieuse menée par le roi biblique Ézéchiel pour centraliser le culte juif dans le Temple de Jérusalem, quelques années avant cela.
Selon l’auteur de l’article, le professeur Avraham Faust de l’université Bar-Ilan, cette pierre pourrait avoir été brisée lorsqu’Ézéchiel a fait en sorte de dissuader les pratiques dévotionnelles locales, comme le rapporte la Bible.
Publiée dans le numéro de 2026 de la revue à comité de lecture Jerusalem Journal of Archaeology de l’Université hébraïque, l’étude porte sur un artefact massif d’1,4 mètre de haut et pesant environ 750 kilogrammes, découvert à Tel Eton, dans la partie sud-est de la Shéphélah (basses terres) judéenne d’Israël, à une trentaine de kilomètres au sud-est d’Ashkelon. La pierre a été retrouvée cassée en deux parties présentant des entailles correspondantes.
Connu en hébreu sous le nom de « massebah », ou pierre dressée en français, ce type de monument était répandu dans les cultes du Proche-Orient à l’époque, explique Faust au Times of Israel lors d’un entretien vidéo.
« Les pierres dressées étaient une caractéristique religieuse courante dans l’ancien Moyen-Orient et au-delà, de la préhistoire à une période beaucoup plus tardive, et elles sont attestées à la fois par des découvertes archéologiques et des sources écrites, y compris dans la Bible », précise Faust.
« Les gens utilisaient de grandes pierres comme symbole », ajoute-t-il. « Leur signification exacte fait débat, mais tous les spécialistes s’accordent à dire qu’elles étaient utilisées dans des contextes religieux. »
Cet artefact particulièrement imposant a été découvert enchâssé dans une plateforme à l’intérieur de la plus grande pièce d’une « maison à quatre pièces » israélite typique, ce qui suggère qu’au moment où le bâtiment a été détruit, quelqu’un avait abattu la pierre et l’avait réutilisée.
Le terme « maison à quatre pièces » fait référence à une structure divisée en quatre espaces, parfois subdivisés en pièces plus petites, une configuration très courante à l’âge du fer (1200-586 avant notre ère), époque à laquelle la plupart des récits bibliques sont censés s’être déroulés.
Selon l’analyse au carbone 14, le bâtiment de Tel Eton a été érigé à la fin du XIe ou au début du Xe siècle avant notre ère, et a traversé différentes phases et transformations jusqu’à ce que les Assyriens conquièrent Israël et détruisent la ville ainsi que la luxueuse maison, dans un incendie qui a embrasé le bâtiment et laissé intacts de nombreux objets qui se trouvaient à l’intérieur.
Découverte dans la plus grande pièce de la maison, également connue sous le nom de 101B, la pierre, surmontée d’une marmite, a été complètement excavée au cours des deux dernières saisons de fouilles, en 2014-2015.
« Nous n’avons pas tout de suite compris ce que nous avions trouvé », se souvient Faust. « Au début, nous pensions que la couche de pierre faisait partie d’un mur effondré, et que la grande pierre en faisait partie. Nous avons retiré toutes les autres pierres, mais la grande était beaucoup trop lourde. Nous avons d’abord envisagé de la casser en morceaux pour la retirer plus facilement, mais très vite, nous avons fait machine arrière. Ce n’est que plus tard que nous avons compris qu’il devait s’agir d’une massebah. »
Selon Faust, il est assez évident que cette pierre est une massebah, d’après sa forme et sa taille, et le fait qu’elle ait été grossièrement taillée pour lui donner cette forme particulière.
Selon l’archéologue, il est manifeste que la pierre ne s’est pas couchée à la suite de la destruction du bâtiment, mais que ses habitants l’avaient encastrée dans la plateforme. Ils ne savent pas exactement combien de temps auparavant, mais Faust ne pense pas que ce soit avant le VIIIe siècle avant notre ère.
Une réforme dictée par la crainte de Dieu ?
Faust est d’avis que la pierre a été cassée dans le cadre d’une réforme religieuse.
« La plupart des spécialistes examinent et débattent des deux grades réformes ayant entraîné des changements religieux au cours de l’âge du fer, celle d’Ézéchiel et celle du roi Josias », explique Faust.
« Comme on pense que la réforme de Josias a eu lieu plus tard, au VIIe siècle, elle n’est pas vraiment pertinente, alors qu’on estime qu’Ézéchiel a régné au VIIIe siècle, ce qui en revanche pourrait correspondre. »
Ézéchiel est décrit dans la Bible comme un roi pieux aimé de Dieu, mais seuls quelques versets font référence à ses mesures pour interdire les lieux de culte non autorisés en dehors de Jérusalem. Un passage fait explicitement référence à la destruction de massebahs.
« [Ézéchiel] fit ce qui est droit aux yeux de l’Éternel, tout comme l’avait fait David, son père. Il fit disparaître les hauts lieux, brisa les statues (massebahs), abattit les idoles », dit un passage du II Rois (18:3,4).
De nombreux spécialistes de la Bible estiment que ces versets ne reflètent pas un véritable événement historique mais ont été ajoutés plus tardivement par rapport au reste du récit. D’autres estiment qu’ils correspondent à de réelles vicissitudes historiques.
Selon Faust, l’une des raisons de ce scepticisme est que les archéologues n’ont identifié qu’un petit nombre de temples et sanctuaires, en dehors de Jérusalem, qui ont été détruits ou ont cessé de fonctionner au cours de la période concernée. C’est par exemple le cas des structures cultuelles découvertes à Lakish, Arad ou encore Beer-Sheva.
Si le culte était également pratiqué au sein des maisons et que ces environnements ont eux aussi été concernés par la réforme d’Ézéchiel, cela ouvrirait de nouvelles perspectives de recherche sur son historicité.
« Le débat s’est focalisé sur les bâtiments publics consacrés aux activités cultuelles, mais nous avons très peu de bâtiments de ce type en Judée, et même en tenant compte d’indices supplémentaires concernant le culte public, nous nous retrouvons avec des preuves provenant de trois ou quatre sites », souligne Faust. « Leur interprétation fait débat. Pour certains spécialistes, ils suffisent à prouver la réforme ; pour d’autres, non. Mais en examinant attentivement l’architecture domestique, il se pourrait que nous trouvions d’autres preuves. »
Le contexte dans lequel la massebah a été découverte à Tel Eton suggère qu’elle était importante : elle était en effet placée dans la plus grande pièce de la maison et, lorsque la porte était ouverte, elle pouvait se voir de l’extérieur.
Le fait que la pierre ait été soigneusement recyclée et non réduite en poussière pourrait également témoigner du fait que les résidents de cette maison avaient fait en sorte de la traiter avec respect.
Aucun autre artefact de la phase antérieure n’a été découvert, alors même que les archéologues ont identifié plusieurs objets de l’époque à laquelle le bâtiment a été détruit, à commencer par la marmite qui se trouvait sur la plateforme et un pédiluve.
Dans une précédente étude consacrée à cette pièce, Faust explique qu’à la veille de sa disparition, la pièce était habitée par le patriarche et la matriarche d’une famille multi-générationnelle lorsque les Assyriens l’ont détruite, probablement au cours de la campagne militaire menée en 712 avant notre ère.
Les archéologues ont découvert des morceaux de bois brûlé sous la plateforme à l’intérieur de laquelle était encastrée la pierre, ce qui pourrait être lié à une pratique cultuelle. L’analyse scientifique de ces morceaux de bois n’a pas permis de déterminer le type de bois ou de donner davantage d’informations.
« Parfois, ce genre d’échantillon se détériore pendant le prélèvement, et le test ne révèle rien », explique Faust. « Parfois, l’analyse ne nous apprend rien de plus, mais on ne sait jamais. »
Selon l’archéologue, il est impossible de savoir dans quelle mesure, lorsque la pierre était dressée, la pièce dans laquelle elle se trouvait était un lieu de culte ou avait d’autres fonctions.
« Contrairement à sa dernière phase, nous n’avons rien qui nous renseigne sur la vie quotidienne à cet endroit lorsque la pierre était dressée, mais je crois probable que la pièce ait également servi à d’autres fins », conclut-il.
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