Une requête vise la Quatorzième chaîne, « pur poison » sapant l’autorité de la justice
Une organisation dénonce des propos incendiaires de commentateurs de la chaîne, dont des appels à intimider des juges, et demande une enquête policière
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Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Une requête a été déposée auprès de la Haute Cour de justice afin de lui demander d’ordonner à la police d’ouvrir une enquête visant 18 personnalités médiatiques de premier plan apparaissant sur la Quatorzième chaîne, pour diverses infractions pénales, notamment pour sédition et incitation à la violence.
Déposée dimanche par le Mouvement pour une réglementation équitable, la requête cite une série de propos incendiaires tenus par des commentateurs, présentateurs et analystes de droite dans les journaux télévisés de la chaîne au cours des deux dernières années. Elle accuse également la police de ne pas avoir donné suite à une plainte déposée par l’organisation il y a plus d’un an, détaillant le nombre des infractions présumées.
Le texte demande en outre que le bureau du procureur de l’État, en plus de la procureure générale, expliquent pourquoi ils n’ont pas ordonné l’ouverture d’une enquête sur ces faits, que l’organisation, fondée en 2024, décrit comme un « pur poison » visant à saper la confiance dans la Cour suprême et comme un danger pour la démocratie.
« Les propos tenus visent non seulement à saper la confiance, à rabaisser, à humilier et à inciter à la haine envers la Cour, mais aussi à rejeter purement et simplement sa légitimité aux yeux du public et à encourager le refus de se conformer à ses décisions », affirme la requête.
« Ces commentaires, les uns après les autres, jour après jour, émission après émission, sur une des chaînes les plus regardées en Israël, constituent un réel danger pour le système démocratique du pays », poursuit le texte, qui estime que ces messages antagonistes se sont désormais « imposés dans le débat public ».
En réponse, la Haute Cour a ordonné lundi à la police, au bureau du procureur général et à la procureure générale Gali Baharav-Miara d’informer la Cour, dans un délai de 14 jours, de la date à laquelle ils décideront d’ouvrir ou non une enquête sur les intervenants de la Quatorzième chaîne.
La Quatorzième chaîne, qui n’a pas encore répondu à la requête, a gagné en popularité au cours des cinq dernières années et elle est désormais la deuxième chaîne la plus regardée en Israël, après N12.
Ses détracteurs affirment que ses commentateurs et présentateurs tiennent fréquemment des propos extrêmes, incendiaires et outranciers à l’encontre de ceux qu’ils perçoivent comme hostiles au gouvernement.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et nombre de ses ministres ont accordé des interviews à la Quatorzième chaîne, en particulier dans son émission phare Patriots, tout en boudant les autres chaînes commerciales israéliennes et la chaîne publique Kan.
Mardi, le site d’information Ynet a rapporté que la police prévoyait d’envoyer quelque 70 agents rejoindre le public en studio de Patriots pendant leurs heures de service, pour l’enregistrement d’une émission en vue de Yom HaAtsmaout la semaine prochaine.
Si les membres des forces de sécurité sont souvent mis à l’honneur à la télévision israélienne, en particulier à l’approche de Yom HaAtsmaout, des sources policières citées par la presse israélienne ont vivement critiqué la décision de retirer des dizaines d’agents de leurs postes pour les faire participer à une émission ouvertement politique.
La police a indiqué dans un communiqué que les agents devaient participer à l’émission aux côtés de secouristes, de pompiers et d’autres intervenants de première ligne, et que des programmes similaires avaient eu lieu par le passé « sans incident notable ni discours politique ».
Les critiques formulées par la presse israélienne à l’égard de cette invitation sont « partiales et trompeuses » et constituent « un usage cynique d’une expression de gratitude envers les forces de sécurité et de secours », a ajouté la police.
« Cela ne fonctionnera qu’avec la force »
La plainte, déposée dimanche, cite des dizaines d’exemples de propos tenus par des personnalités de la Quatorzième chaîne, avant et après la plainte initiale, que l’organisation estime constituer des violations de la loi sur la sédition.
« Le jour approche où non seulement le gouvernement ne se soumettra pas à la Cour suprême, mais où le peuple d’Israël se soulèvera contre la Cour », a déclaré Shimon Riklin, présentateur de l’émission Riklin and Partners, en février.
Lors d’une émission en juin 2024, Riklin aurait appelé des militants de droite à menacer physiquement des juges de la Cour suprême afin de les amener à modifier leur position sur une affaire spécifique. « Si des partisans de la droite se présentaient à la Cour suprême à 11 h 30, il n’en faudrait pas beaucoup, quelques centaines suffiraient, pour changer l’issue, ce qui est manifestement nécessaire compte tenu de la composition du collège [présidant l’audience] », aurait-il déclaré.
En janvier 2025, le professeur Moshe Cohen-Eliya, juriste et invité régulier de l’émission The Patriots, a semblé appeler à un coup d’État militaire contre les institutions démocratiques israéliennes.
S’exprimant dans l’émission, il a déclaré qu’il était essentiel de demander aux candidats aux postes de chef d’état-major de Tsahal et de directeur du Mossad à qui ils obéiraient si la Haute Cour statuait contre la « démocratie », c’est-à-dire le gouvernement, « et que nous, le peuple, leur demandions d’agir conformément à nos instructions ».
Cohen-Eliya a poursuivi en indiquant qu’il était nécessaire de « nous en assurer, car nous arrivons à un stade où nous aurons besoin de l’aide de l’armée et du Shin Bet pour lutter… Il y a ici une nation qui ne veut pas vivre sous un régime répressif [la Cour suprême], et nous devons mettre en place tous les leviers nécessaires pour nous préparer à rendre le pouvoir au peuple. Cela ne fonctionnera que par la force. »
Outre des exemples de ce qu’elle qualifie de sédition et d’incitation à la violence, la requête cite d’autres infractions présumées commises par des personnalités de la Quatorzième chaîne, notamment l’outrage au tribunal, l’exercice d’une influence indue sur des procédures judiciaires, ainsi que l’encouragement et la complicité dans ces infractions.
À titre d’exemple, la requête cite Riklin affirmant que la Haute Cour « se soucie davantage de la Nukhba [les terroristes du Hamas responsables des atrocités du 7 octobre 2023] que des soldats de Tsahal », et que la Cour « prend la défense des nazis ».
La requête cite également les appels lancés par Cohen-Eliya et par Itamar Fleishman, invité régulier de l’émission The Patriots, demandant au président américain Donald Trump d’imposer des sanctions au président de la Cour suprême Isaac Amit. Elle mentionne aussi les propos de Fleishman qualifiant ce dernier de « malade mental », ceux du commentateur Yaakov Bardugo le décrivant comme un « dictateur », ainsi que les nombreux appels lancés par plusieurs personnalités de la Quatorzième chaîne visées par la requête à désobéir aux décisions judiciaires.
La requête indique en outre que des personnalités de la chaîne ont menacé un juge, en référence aux déclarations de Yaki Adamker, invité régulier de The Patriots, concernant des requêtes déposées devant la Haute Cour au sujet de l’accès au mur Occidental pour les courants juifs non orthodoxes.
« Le mur Occidental est une ligne rouge. Vous ne comprenez pas à qui vous avez affaire. Lorsque vous portez atteinte à l’un des lieux les plus sacrés pour le peuple juif, vous allez trop loin. Le peuple ne restera pas silencieux face à une telle chose. Faites attention », a averti Adamker en février.
Ces propos, ainsi que de nombreux autres, démontrent, selon la requête, que la Quatorzième chaîne sert de « vecteur de propagande dangereuse et de rébellion » contre les institutions démocratiques d’Israël.
Le texte souligne également qu’une loi adoptée en 2018 permet à la Quatorzième chaîne de contourner des réglementations essentielles applicables aux chaînes d’information commerciales, destinées à garantir une couverture équitable et équilibrée.
En vertu de cette loi, la chaîne est exemptée des dispositions exigeant qu’elle ait plus d’un propriétaire, que sa division d’information soit distincte de la chaîne elle-même, et qu’elle adopte les règles déontologiques du Conseil public israélien pour la presse et l’éthique.
« Ces éléments, pris dans leur ensemble, soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à l’utilisation de la Quatorzième chaîne comme un outil par ceux qui cherchent à saper la stabilité du système démocratique du pays et à préparer le terrain, ainsi que l’opinion publique, à des actions violentes contre le système judiciaire et ses juges en général, et contre la Cour suprême, son président et ses juges en particulier », affirme la requête.
L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.
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