Les camions défilaient samedi matin au poste-frontière de Kerem Shalom, entre la bande de Gaza et Israël, transportant du carburant qui, sous peu, aiderait les habitants de la bande de Gaza, victimes de coupures d’électricité prolongées à produire de l’énergie.

En plus d’apporter de l’électricité aux habitants, le groupe terroriste du Hamas espérait que cela lui éviterait d’avoir à gérer des manifestations de masse, assurant ainsi son maintien au pouvoir.

Le Qatar a financé l’achat du carburant pour faire fonctionner l’unique centrale électrique de Gaza, permettant aux résident d’avoir de l’électricité pendant environ huit heures par jour. Au cours des deux dernières semaines, les Gazaouis ont dû se débrouiller avec seulement trois heures d’électricité par jour, puisque la centrale électrique de Gaza a été touchée par une sévère pénurie de carburant.

Une bataille bureaucratique a empêché le carburant de parvenir jusqu’à la centrale électrique : le Hamas et l’Autorité palestinienne ont refusé de payer la taxe sur le carburant acheté à Israël. Chaque partie affirmait que l’autre devait payer.

Même si le Hamas collecte des taxes sur tous les produits, y compris le carburant, qui entrent dans la bande de Gaza par le poste-frontière de Kerem Shalom (ou par les tunnels de Rafah), il a refusé de payer le prix total du carburant dont a besoin la centrale électrique de Gaza, et a demandé à l’Autorité palestinienne de le faire.

L’Autorité palestinienne, qui a entre temps compris que le Hamas gagnait de l’argent par le biais de son aide pour apporter le carburant, a coupé le robinet. Gaza est donc resté dans le noir, le froid et la colère.

Avec la chute des températures, allant jusqu’à 4 degrés la nuit, des milliers de personnes sont descendues dans les rues. Cela a conduit certains en Israël à évoquer un « printemps gazaoui » ou une « intifada anti-Hamas ».

Manifestation dans la bande de Gaza pour protester contre la pénurie d'électricité, le 12 janvier 2017 . (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Manifestation dans la bande de Gaza pour protester contre la pénurie d’électricité, le 12 janvier 2017 . (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Comme d’habitude, la réalité s’est révélée plus complexe. Alors que la plupart des Gazaouis ne sont pas des soutiens enthousiastes du Hamas, aucun soulèvement populaire n’aura bientôt lieu. « La colère était contre tout le monde », a déclaré un habitant de Gaza Ville au Times of Israël.

« Les gens qui vivent ici sont en colère, principalement contre le Hamas et l’Autorité palestinienne. Les soutiens du Fatah étaient furieux du Hamas. Les soutiens du Hamas étaient en colère contre l’Autorité palestinienne. Mais il n’y a pas eu d’Intifada ou quoi que ce soit du genre », a déclaré ce Gazaoui.

Alors que les manifestations contre le Hamas ont cessé avec la reprise des transferts de carburant la semaine dernière, l’épisode a laissé le groupe terroriste assez nerveux.

Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de manière spontanée, sans être manipulées par le grand rival du Fatah. Ce fut seulement l’expression de la grande colère des habitants de la bande de Gaza qui veulent voir leurs conditions de vie très difficiles changer enfin.

Le problème qui a entraîné les manifestations a été réglé pour le moment, grâce à l’assistance généreuse du Qatar. Mais ce n’est qu’une question de temps avant que la prochaine manifestation ne se produise, pour des questions d’électricité, d’eau ou d’autre chose.

Et, ce n’est pas uniquement le problème du Hamas, mais aussi celui d’Israël. Lorsque le Qatar a découvert que son dernier envoi de carburant, qui jusqu’à récemment transitait par l’Egypte, avait disparu quelque part dans la péninsule du Sinaï, Doha a rapidement contacté Jérusalem, qui a promis de travailler avec le Qatar.

Une cargaison de contrebande de couteaux de commando interceptée par les responsables israéliens au terminal de Kerem Shalom entre Israël et Gaza, le 9 août 2016 (Crédit : ministère de la Défense/Autorité des frontières)

Une cargaison de contrebande de couteaux de commando interceptée par les responsables israéliens au terminal de Kerem Shalom entre Israël et Gaza, le 9 août 2016 (Crédit : ministère de la Défense/Autorité des frontières)

Le Qatar a promis qu’il transférerait l’argent pour le carburant. Les paroles de Mohammed al-Emadi, le représentant spécial du Qatar à Gaza, ont toujours étaient suivies d’effets.

Le gouvernement israélien, ce même gouvernement qui comprend le ministre de la Défense Avidgor Liberman, qui a menacé d’assassiner les chefs du Hamas, travaille tout autant que le Qatar pour éviter la prochaine manifestation.

Des centaines de camions par jour

Une visite du poste-frontière de Keren Shalom en fournit une preuve évidente. Des dizaines de camions déchargent leurs marchandises à une allure étourdissante.

Huit cents camions par jour passent ici en moyenne, et le poste-frontière est équipé pour en gérer près d’un millier. La livraison au terminal de carburant est directement pompée vers Gaza par des tuyaux, et les marchandises classiques sont déchargées et rechargées dans des camions « stériles », appelés ainsi parce qu’eux et leurs chauffeurs ont été approuvés par la sécurité.

Les chauffeurs palestiniens conduisent ces camions dans la bande de Gaza, où leurs marchandises sont chargées dans des camions gazaouis, qui les transportent dans tout le territoire palestinien.

Plusieurs tonnes de béton attendent dans une zone ouverte du poste-frontière d’être chargé dans un camion stérile, puis d’être transportées dans la bande de Gaza.

Le béton doit servir à reconstruire des logements détruits pendant l’opération Bordure protectrice, mais pourrait aussi être utilisé pour construire des tunnels pour attaquer Israël.

Un jeune Palestinien rampant dans un tunnel lors d'une cérémonie de remise des diplômes pour un camp d'entraînement dirigé par le Hamas à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 29 janvier 2015. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Un jeune Palestinien rampant dans un tunnel lors d’une cérémonie de remise des diplômes pour un camp d’entraînement dirigé par le Hamas à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 29 janvier 2015. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

Israël travaille dur pour construire un impressionnant nouveau terminal, qui sera utilisé pour transférer des matériaux de construction dans la bande de Gaza, sans qu’il soit nécessaire de décharger et recharger de nombreux camions.

A Kerem Shalom, le Hamas est chargé de la sécurité côté gazaoui. Ses positions autour du poste-frontière sont largement visibles depuis le côté israélien, même à l’œil nu. Le Hamas est responsable de l’inspection des chauffeurs et des camions, et c’est au Hamas d’empêcher de possibles attaques terroristes au poste-frontière.

Ici réside le paradoxe qu’affronte Israël. D’une part, Israël ne veut pas que la bande de Gaza souffre trop. Si cela arrivait, il est plus que probable que le Hamas essaierait de détourner l’attention publique en commençant une guerre contre Israël. C’est pour cela qu’Israël essaie de maintenir Gaza à flot et ne pas la laisser se noyer.

D’autre part, le porte-frontière de Kerem Shalom et les marchandises qui y passent aident le Hamas à se renforcer militairement pour se préparer à la prochaine guerre contre Israël.

Il y a également une troisième facette. Pour l’instant, et uniquement pour l’instant, le Hamas fait tout ce qui est possible pour maintenir le calme avec Israël. Il n’est pas intéressé par une guerre, et il le démontre à Israël de différentes manières.

Une petite armée tenue en échec, pour l’instant

Cette retenue était visible dimanche dernier, quand Israël a répondu militairement aux coups de feu tirés sur des véhicules situés à la frontière et utilisés pour localiser des tunnels en bombardant une position du Hamas.

Le message d’Israël est que le Hamas est responsable, même s’il n’appuie pas sur la gâchette. Mais le Hamas, ou plus précisément, la brigade Rafah de sa branche militaire, dirigée par Mohammed Shabaneh, n’a pas répondu.

Nous n’avons pas à être impressionnés par cette retenue, puisque dès qu’un incident avec Israël a lieu, le personnel du Hamas déployé à la frontière a pour ordre de quitter ses positions le temps que les choses se calment.

Des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam Brigades, la branche armée du Hamas, pendant le rassemblement célébrant le 29e anniversaire du groupe terroriste, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 11 décembre 2016. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam Brigades, la branche armée du Hamas, pendant le rassemblement célébrant le 29e anniversaire du groupe terroriste, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 11 décembre 2016. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Le déploiement du Hamas dans la zone est relativement impressionnant. Sa branche militaire, les brigades Ezzedine al-Qassam, a traversé d’importants changements ces dernières années. Ce n’est plus uniquement une organisation terroriste, c’est une petite armée qui étudie Israël et se prépare à une confrontation contre lui. La branche militaire a divisé la région pour les différentes unités d’opération, avec une brigade ou un bataillon précis responsable de chaque cellule sur le terrain.

Les troupes du Hamas présentes à la frontière patrouillent, ont des tours de guet installées toutes les quelques centaines de mètres, qui contiennent des réserves. Elles ont aussi des « forces spéciales », comme l’unité Nuhba, une unité de commando naval et de renseignements, qui utilisent différents moyens, des jumelles aux modèles réduits d’avions ou de planeurs, des tunnels, et bien sûr des armes sophistiquées comme des roquettes antitanks ou de différentes portées.

Tous attendent la confrontation finale, dont la date est inconnue. Toutes les parties impliquées, le Hamas, Israël, et même l’Egypte et le groupe Province du Sinaï affilié à l’Etat islamique, semblent intéressées par le maintien du calme entre Gaza et Israël et entre le Sinaï et Israël. Même les membres de la branche de l’Etat islamique au Sinaï évitent de tirer vers Israël, bien qu’ils puissent le faire et qu’ils pensent qu’Israël est impliqué dans certains des efforts de l’Egypte contre eux.

Mais le calme ne durera pas toujours. Finalement, quelque chose entraînera l’une des parties à briser le système de contrôles et d’équilibres qui s’est développé sur cette triple-frontière. Cela pourrait être les Bédouins vivant dans le Sinaï qui attaquent Israël, ou des membres de groupes terroristes de Gaza. D’ambitieux responsables du Hamas, comme Yahya Sinwar et ses partisans, pourraient aussi lancer une opération comparable à l’enlèvement de Gilad Shalit.

Bien qu’une telle action puisse améliorer leur statut au sein du groupe terroriste, elle serait désastreuse pour les personnes vivant dans la bande de Gaza.