La directrice générale de l’UNESCO a opposé son veto à l’inclusion d’une vaste collection d’affiches sur le thème de la Palestine dans un registre du patrimoine mondial, faisant valoir que les affiches transpirent la haine et l’antisémitisme, a appris le Times of Israel.

La décision de Mme Irina Bokova d’empêcher que la collection Liberation Graphics d’affiches palestiniennes fasse partie du programme de l’Unesco Mémoire du monde est une première.

La collection a été de prime abord acceptée par un conseil consultatif mais bloquée par Bokova, qui affirme que certaines des affiches sont « totalement inacceptables » et « contraires aux valeurs de l’UNESCO », l’organisation onusienne éducative, scientifique et culturelle.

Outre les thèmes universels de l’occupation et les motifs illustrant la lutte pour la libération et la paix – tels que le fil de fer barbelé et les colombes blanches – la plupart des affiches présentent des mitrailleuses et des grenades, prônent la résistance armée et le terrorisme.

Certaines glorifient les attentats suicides palestiniens et d’autres missions meurtrières contre des civils israéliens, y compris le massacre de 1978, connu en Israël comme l’attentat le plus meurtrier de l’histoire du pays.

En août, la collection – qui comprend quelque 1 700 affiches célébrant le mouvement de libération national palestinien – a été acceptée pour examen formel par le Registre mondial de la Mémoire internationale de l’Unesco, qui préserve les archives d’ »importance mondiale et de valeur universelle exceptionnelle ».

Habituellement, les candidatures sont examinées par un comité consultatif international, et, si approuvées, confirmées par la directrice générale de l’organisation. Dans ce cas particulier, le conseil les a examinées, et aucun de ses membres n’a soulevé d’objections.

Cependant, par la suite, Bokova, surprise que personne n’ait soulevé d’objection, a annoncé sa décision de bloquer l’approbation de la collection.

« En ma qualité de directrice générale de l’Unesco, je m’opposerai à toute proposition d’inscription », a-t-elle écrit dans une lettre du 23 décembre à la présidente du conseil consultatif, Helena Asamoah-Hassan. Certaines des affiches « semblent totalement inacceptables et contraires aux valeurs de l’Unesco et à son aspiration à bâtir la paix dans l’esprit des hommes et des femmes ».

De toute évidence, « certains de ces posters sont offensants », affirme-t-elle dans une autre lettre au PDG du Congrès juif mondial, Robert Singer, qui avait protesté contre cette candidature. « C’est ma conviction que l’UNESCO ne doit pas s’associer à ces documents dont le contenu pourrait alimenter la haine et les perceptions antisémites. »

Bokova a adressé une lettre similaire à l’ambassadeur palestinien auprès de l’Unesco, Elias Sanbar, avertissant que l’inclusion de la collection dans le programme pourrait promouvoir « la haine et l’antisémitisme ».

La candidature de la collection a été largement relayée, y compris par les médias arabes et les sites pro-palestiniens.

Dan Walsh, le propriétaire et conservateur du Palestine poster project archives, avait espéré que la nomination aide cette forme artiste à être connue du grand public.

« L’important, c’est qu’il ait été reconnu par un organisme international », a-t-il affirmé à l’automne dernier, avant que Bokova ne mette le holà. « Jusqu’à présent, les affiches de la Palestine existaient en quelque sorte dans l’ombre, et n’étaient pas vraiment légitimées. L’œuvre – l’art de la révolution palestinienne, de la lutte pour la libération de la Palestine – n’a pas été légitimée en Occident. Elle était considérée comme antisémite ou anti-israélienne, ou manifestement inacceptable pour un large public. Je pense que cette nomination a le potentiel de changer cet état de fait. »

En 2011, l’Unesco a admis la Palestine comme membre à part entière, devenant l’un des premiers organismes internationaux à reconnaître un Etat palestinien.

En janvier 2014, l’organisation a fait les manchettes pour avoir annulé, sous pression arabe, une exposition sur le lien du peuple juif à la Terre Sainte.

Irina Bokova et le Rabbi Marvin Hier au centre Simon Wiesenthal avec une affiche originale de l'exposition 'Crédit : autorisation du Simon Wiesenthal Center)

Irina Bokova et le Rabbi Marvin Hier au centre Simon Wiesenthal avec une affiche originale de l’exposition ‘Crédit : autorisation du Simon Wiesenthal Center)

Après un tollé international, l’exposition a finalement ouvert le 11 juin à Paris. Cependant, de son nom d’origine, « La relation de 3 500 ans du peuple juif à la terre d’Israël », les mots « terre d’Israël » ont été retirés à la demande de l’UNESCO et remplacés par « Terre sainte ». Une exposition sur les réfugiés juifs des pays arabes a également été annulée.

À l’époque, Bokova avait été accusée de céder à la pression arabe, mais les organisateurs de l’exposition ont affirmé plus tard qu’elle avait retrouvé leur estime en faisant des déclarations publiques pouvant être qualifiées de fortement « pro-juives ».

Aujourd’hui, les dirigeants juifs l’ont félicitée à nouveau – pour avoir adopté une position de principe dans l’affaire des affiches. Singer, dirigeant du Congrès juif mondial, a salué son « courage et son intégrité dans cette intervention personnelle » sur la question. Dans une lettre du 12 janvier, il l’a remerciée pour « son opposition sans équivoque à toutes les formes de haine,d’antisémitisme et de négationnisme ».

La collection fait partie du Palestine poster project archives, « qui expose des impressions papier et/ou numériques de près de dix mille affiches palestiniennes réalisées par plus de 1 900 artistes de 72 pays », selon un communiqué de presse de l’été dernier. Incluant toutes les affiches qui contiennent le mot « Palestine », de nombreux thèmes sionistes passés s’y trouvent également.

La collection proposée est placée sous le signe de « la solidarité avec la quête pour l’autodétermination palestinienne », selon un document du site de l’Unesco.

« Les affiches de la Liberation graphics collection documentent l’invasion, la guerre, le déplacement, la diaspora, l’occupation et l’emprisonnement, ainsi que l’affirmation de soi et la résistance palestinienne, au cours de la seconde moitié du XXe siècle. »

Leur genre « est unique dans l’art mondial et presque absent du patrimoine culturel palestinien, affirme le document. Les affiches sont d’importants référentiels de données primordiales sur l’histoire politique et sociale palestinienne ».

Glorification d’une « opération militaire » qui a tué 38 civils.

Beaucoup de ces images renferment des thèmes violents. Une affiche, créée par Emile Menhem au Liban au milieu des années 1980, illustre les couleurs nationales palestiniennes sortant du canon d’une mitrailleuse. On y lit : « Fatah – avec des fusils, nous libérerons la Palestine ».

Une autre affiche, intitulée « Le chemin vers la patrie, » montre Dalal Mughrabi, qui en 1978 a mené ce que Walsh, conservateur de la collection, appelle « une opération militaire près de Tel-Aviv ».

Il fait allusion au massacre commis sur la route côtière, dans lequel des terroristes palestiniens armés de fusils Kalachnikov, de mortiers légers RPG et de lourds explosifs ont détourné un bus et tué 38 civils israéliens.

Mughrabi est glorifiée dans plusieurs affiches, tout comme les autres membres de l’équipe qui a perpétré le massacre, considérée comme la plus meurtrière dans l’histoire d’Israël.

En 1982, Abu Man a créé une affiche noire montrant la moitié inférieure d’un corps ensanglanté superposé à une étoile jaune de David. « Sabra et Chatila – le massacre, » peut-on lire.

Une œuvre de 1977 de Kamal Kaabar montre un poing détruisant une étoile de David bleue, avec l’intitulé « Fatah – 12 ans (de lutte) pour une Palestine arabe libre ». Ces affiches font partie de la collection bloquée par Bokova.