Presque la moitié des juifs israéliens pensent que les arabes devraient être expulsés d’Israël ou transférés, et une forte majorité (79 %) que les juifs en Israël devraient recevoir un traitement préférentiel, selon une étude du centre de recherche Pew en Israël publiée mardi.

Le sondage, qui a interrogé en personne 5 601 Israéliens adultes et a été mené entre octobre 2014 et mai 2015, a trouvé que les juifs israéliens pensaient de plus en plus que les implantations en Cisjordanie aidaient, plutôt que le contraire, à la sécurité d’Israël – et la plupart (61 %) pensent qu’Israël a été donné par Dieu au peuple juif.

Les trois quarts des juifs israéliens se sentent profondément connectés aux juifs américains, mais plus de la moitié ont le sentiment que la politique américaine ne soutient pas assez Israël. Parallèlement, le soutien à une solution à deux États parmi les juifs israéliens n’a pas changé considérablement ces dernières années (bien qu’ils soient moins optimistes que les juifs américains), mais il a chuté parmi les Arabes israéliens.

Et au total, la majorité des Israéliens s’identifient politiquement comme centriste.

L’expulsion des Arabes

L’étude ne fait pas de distinction entre les Arabes palestiniens de Cisjordanie et les citoyens d’Israël dans sa question pour savoir si les Arabes devraient être expulsés d’Israël. Et pourtant, 48 % des juifs israéliens se prononcent en faveur de l’expulsion, 46 % s’y opposent, et 6 % ne savent pas.

En divisant les réponses selon les groupes religieux, les orthodoxes modernes (l’étude utilise le terme hébreu datim) sont les plus probables de soutenir une telle mesure, à 71 %. De l’autre côté du spectre, les juifs laïcs sont les plus opposés, avec 58 % d’entre eux contre (mais plus d’un tiers en faveur). Les juifs d’origines sépharades ou orientales – dont beaucoup ont des ancêtres qui ont été expulsés de leurs pays d’origine – étaient plus favorables à cette idée (56 %) que leurs homologues ashkénazes (40 %).

Presque la moitié des juifs israéliens sont d'accord avec la proposition que les arabes devraient être expulsés d'Israël ou transférés. (Crédit : capture d'écran Centre de recherche Pew)

Presque la moitié des juifs israéliens sont d’accord avec la proposition que les arabes devraient être expulsés d’Israël ou transférés. (Crédit : capture d’écran Centre de recherche Pew)

Les répondants s’identifiant comme de droite étaient significativement plus enthousiastes à propos de cette idée (72 %), alors que ceux qui s’identifient comme de gauche s’y opposaient fortement (87 % contre). Parmi les centristes, 37 % ont soutenu la proposition, 52 % s’y sont opposés, et 9 % ont répondu qu’ils ne savaient pas. Il n’y avait pas de différences considérables entre les résidents des implantations (54 % en faveur) et les autres Israéliens (47 % en faveur).

La plupart des juifs israéliens pensent qu'ils devraient avoir un traitement préférentiel en Israël. (Crédit : capture d'écran Centre de recherche Pew)

La plupart des juifs israéliens pensent qu’ils devraient avoir un traitement préférentiel en Israël. (Crédit : capture d’écran Centre de recherche Pew)

Au total, les juifs israéliens ont le sentiment écrasant (79 %) qu’ils méritent un « traitement préférentiel » non précisé par rapport aux minorités non juives en Israël.

Les résidents des implantations étaient légèrement plus enclins à soutenir le traitement préférentiel (85 %) que le reste de la population interrogée, mais l’opinion était populaire parmi tous les groupes juifs en Israël sans considération du niveau religieux, et particulièrement parmi les ultra-orthodoxes (97 %) et les orthodoxes modernes (96 %), bien que 69 % des juifs laïcs et 85 % des juifs traditionnalistes (masorti) soient également d’accord.

Dans le même temps, la majorité des juifs israéliens (76 %) ont déclaré qu’ils voyaient un état juif comme compatible avec la démocratie – mais l’opposé a été retrouvé parmi les citoyens arabes, dont 64 % affirmaient qu’Israël ne pouvait pas être à la fois une démocratie et un état juif (63 % des musulmans, 72 % des chrétiens et 58 % des Druzes ont ce sentiment).

Dieu, la terre d’Israël, et les implantations

Six juifs israéliens sur dix (61 %) pensent que Dieu a donné la terre d’Israël aux juifs. Les ultra-orthodoxes et les orthodoxes modernes étaient presque unanimes sur ce point (respectivement 99 % et 98 %), et 85 % des juifs traditionnalistes israéliens étaient d’accord. Parmi les juifs israéliens laïcs, 31 % étaient d’accord, 19 % en désaccord, et 50 % ont répondu qu’ils ne croyaient pas en Dieu ou ne savaient pas.

Environ 20 % des chrétiens et des Druzes en Israël ont également cette croyance (19 % et 17 %), mais « pour des raisons de sensibilité politique, il n’a pas été demandé aux musulmans en Israël de répondre à cette question ».

Marquant un changement depuis les derniers sondages, 42 % des israéliens juifs déclarent que les implantations aident la sécurité d’Israël, 30 % disent qu’ils nuisent à la sécurité d’Israël, et 25 % qu’elles ne font aucune différence.

Les différences étaient largement divisées le long des lignes partisanes, avec 81 % des participants de gauche affirmant que les implantations étaient nuisibles à la sécurité d’Israël, 62 % des répondants de droite disant qu’elles aidaient, et les centristes également divisés pour savoir si elles aident, nuisent, ou ne font pas de différence (32 % pour chaque possibilité). Interrogés pour savoir où ils se positionnaient sur le spectre politique, environ 55 % des Israéliens se sont identifiés comme centristes, 37 % de droite, et 8 % de gauche.

Vue de l'implantation israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 25 février 2016 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Vue de l’implantation israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, le 25 février 2016 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Dans une étude Pew de 2013, 35 % avaient déclaré que les implantations nuisaient à Israël, 31 % qu’elles l’aidaient, et 27 % qu’elles ne faisaient aucune différence.

Israël et les Etats-Unis

Trois quarts des juifs israéliens ont le sentiment qu’ils partagent une destinée commune avec les juifs américains à un haut niveau ou à un certain niveau, et 59 % affirment que la communauté juive américaine a une « bonne influence » sur Israël (seulement 6 % ont dit que les juifs américains avaient une mauvaise influence sur Israël ; les 31 % restants ont déclaré que leur influence n’était ni bonne ni mauvaise).

Mais en général, les juifs israéliens pensent que le soutien des Etats-Unis n’est pas assez important.

Quelque 52 % disent que « la politique des Etats-Unis ne soutient pas assez Israël », alors que 34 % disent que le niveau de soutien est juste, et 11 % que les Etats-Unis montrent trop de soutien. Quelque 62 % des répondants de droites, 49 % des centristes et 33 % des répondants de gauche épousent l’opinion selon laquelle le soutien des Etats-Unis n’est pas suffisant.

Parallèlement, une majorité des citoyens arabes – 77 % – ont déclaré que les Etats-Unis montraient « trop » de soutien à Israël. Quelques 86 % des chrétiens, 76 % des Druzes et 75 % des musulmans ont ce sentiment.

Le président américain Barack Obama (à droite) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une réunion dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 9 novembre, 2015 (Crédit : AFP / Saul Loeb)

Le président américain Barack Obama (à droite) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d’une réunion dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 9 novembre, 2015 (Crédit : AFP / Saul Loeb)

La fin de la solution à deux États ?

Quelque 43 % des juifs israéliens pensent qu’Israël et un État palestinien peuvent coexister pacifiquement côte-à-côte, alors que 45 % ne le pensent pas, et 13 % répondent que « cela dépend ».

Ceux qui se sont identifiés comme de gauche étaient largement plus enclins à croire à une solution à deux États (86 %), que ceux de droite (29 %) ou du centre (46 %). Les chiffres n’étaient pas spectaculairement différents de ceux enregistrés en 2013 (quand 46 % ont déclaré que c’était possible).

La moitié des Arabes israéliens sont optimistes sur une solution à deux États, alors que 30 % ont déclaré qu’elle n’était pas viable. Le sondage a marqué un déclin profond de la foi des Arabes israéliens en une solution à deux États, de 74 % en 2013, à 64 % après l’échec du processus de paix en 2014, à 50 % après la guerre de Gaza en 2014.

L’étude Pew a également cité un sondage annuel de l’université de Haïfa qui avait demandé aux Arabes israéliens si la solution à deux États devait être le principe directeur pour mettre fin au conflit, mais pas si c’était possible. Les données montrent que depuis 2003, les chiffres ont chuté de 89 % à 71 % en 2015.

Mais alors que les juifs israéliens et les Arabes ont de plus en plus le sentiment que la solution à deux États n’est pas réalisable, le sondage signale une population qui s’y accroche (au moins jusqu’à 2013) : les juifs américains.

Quelque 61 % des juifs américains pensent que le projet est possible. Les plus grands optimistes sont les juifs américains qui se décrivent comme libéraux, dont 70 % maintiennent que cela peut arriver. Les données sur les juifs américains ont été tirées d’une étude Pew de 2013, et ont été comparées aux récentes données sur les Israéliens.