7-Octobre : L’opposition fustige la création d’une commission « indépendante » nommée par les ministres
« Le gouvernement fait tout ce qu'il peut pour échapper à la vérité et se soustraire à ses responsabilités », a déclaré Yaïr Lapid
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Les élus de l’opposition ont vivement critiqué dimanche la décision du gouvernement de créer une commission d’enquête « indépendante » sur les défaillances entourant le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, plutôt qu’une commission d’enquête nationale.
« Le gouvernement fait tout ce qu’il peut pour échapper à la vérité et se soustraire à ses responsabilités », a déclaré Yaïr Lapid, chef de l’opposition.
« Il existe un large consensus public en faveur de la création d’une commission d’enquête nationale. C’est ce dont le pays a besoin, c’est ce que le peuple exige, et c’est ce qui va se passer. »
Lapid a déploré le fait que « le refus du gouvernement d’enquêter sur ses échecs met en danger la sécurité nationale, constitue une insulte et revient à se soustraire à ses responsabilités envers les soldats et les familles qui ont tant sacrifié depuis le 7-Octobre ».
« Celui qui fait l’objet d’une enquête ne nomme pas ses propres enquêteurs », a écrit sur le réseau social X le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan.
« Les événements du 7-Octobre feront l’objet d’une enquête menée par une commission d’enquête nationale. C’est une promesse. »
Gadi Eisenkot, chef du parti « Yashar ! With Eisenkot », a qualifié le panel proposé de commission « de blanchiment » mise en place par « les seuls à refuser d’assumer la responsabilité de la pire catastrophe de l’Histoire d’Israël ».
« Il est inacceptable que les responsables de cet échec soient ceux qui déterminent sa composition et ses véritables domaines de responsabilité sous prétexte d’un large consensus ; il est clair que tout cela découle de la peur et de l’hystérie suscitées par les résultats d’une enquête véritablement indépendante », a-t-il écrit sur X.
Le gouvernement a ainsi décidé de créer une commission d’enquête « indépendante » sur les défaillances qui ont entouré le 7-Octobre, bien qu’il ne s’agisse pas d’une commission d’enquête nationale et que son mandat soit déterminé par les ministres du gouvernement, selon plusieurs médias israéliens.
Selon la résolution annoncée, ce panel disposera d’une autorité d’enquête totale, et le gouvernement s’efforcera de le composer de manière à obtenir « l’approbation la plus large possible du peuple ».
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu mettra en place un comité ministériel spécial chargé de définir le mandat de la commission, y compris les thèmes et les délais qui seront examinés. Ce groupe ministériel disposera de 45 jours pour soumettre ses recommandations au gouvernement.
Lors de la réunion du cabinet qui a eu lieu dimanche, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a fait part de ses inquiétudes concernant ce projet, affirmant que le gouvernement n’avait pas encore défini ni la portée, ni le mandat de l’enquête. Il a souligné que les instances politiques ne devaient pas être chargées de sélectionner la commission qui sera à la tête des investigations, selon son Bureau.
« Nous devons décider si l’enquête se concentrera uniquement sur le 7 octobre et sur ce qui a mené au désastre, ou si elle portera sur les deux années de guerre dans leur ensemble et sur la façon dont cette dernière a été gérée », a dit Saar pendant la réunion, des propos qui ont été diffusés par son bureau. « Il s’agira certainement d’une commission qui travaillera pendant très longtemps. Je propose que nous commencions par définir son mandat ».
« La deuxième question est : qui va la nommer ? », a-t-il interrogé, ajoutant : « C’est important de préserver le principe selon lequel ce ne sera pas la hiérarchie politique qui déterminera la composition » de la commission.
« Sur ce point, il n’y a pas de réelle différence entre une composition décidée par le gouvernement seulement ou décidée par le gouvernement et par l’opposition, dans la mesure où de nombreux chefs de l’opposition ont déjà occupé les fonctions de Premier ministre, de ministre de la Défense et de chef d’état-major de l’armée israélienne. Eux non plus ne sont pas des parties neutres », a-t-il ajouté.
Saar a répété qu’il était possible d’envisager parvenir à un compromis en modifiant la loi sur les commissions d’enquête afin de permettre à un ancien président ou vice-président de la Cour suprême, et pas seulement à Amit, de nommer les membres de la commission, affirmant que cela garantirait l’indépendance du processus tout en offrant des options supplémentaires au gouvernement.
Ruby Chen, le père d’Itay, un soldat dont la dépouille a été récemment restituée par le Hamas, la semaine dernière, a déclaré samedi soir : « Je pense que la guerre du 7 octobre a marqué un tournant dans l’Histoire de l’État d’Israël. C’est une guerre qui déterminera les valeurs qui guideront la nation israélienne à l’avenir », a-t-il continué. « La question est la suivante : serons-nous capables d’adopter les valeurs de responsabilité mutuelle et d’entraide, ou laisserons-nous nos élus se recentrer sur les trois P – pouvoir, profits et prestige – à nos dépens ? » Pour un véritable rétablissement national, a-t-il affirmé, le pogrom du 7-Octobre devra faire l’objet d’une enquête approfondie menée par une commission d’enquête nationale.
« À ceux qui ne veulent pas d’une commission d’enquête nationale, je vous préviens : l’Histoire vous jugera sévèrement. Votre nom portera la marque de Caïn pour les générations à venir après que le public vous aura chassé ». « Quelque chose de différent peut et doit être construit ici, et je serai là pour m’assurer que cela se produise, afin que le sacrifice de mon fils et des autres héros n’ait pas été vain », a poursuivi Chen.
Le Conseil d’octobre, un groupe qui représente environ 2 000 familles endeuillées par le pogrom du 7-Octobre – un groupe qui compte notamment parmi ses membres des proches d’otages, des habitants des communautés frontalières de Gaza et des survivants – a aussi vivement critiqué le gouvernement.
Le groupe réclame lui-même depuis longtemps l’établissement d’une commission d’enquête nationale.
« Après avoir essayé toutes les astuces possibles et imaginables… le Premier ministre tente dorénavant de créer les faits sur le terrain », a commenté le Conseil d’octobre dans un communiqué. « Nous tenons à préciser une fois de plus que le Premier ministre israélien sera la première personne à faire l’objet d’une enquête dans le cadre de la commission d’enquête nationale qui sera mise en place, et ce, conformément à la loi de l’État d’Israël ».
Qualifiant le panel évoqué par le gouvernement de « commission de camouflage », le groupe a noté : « Une fois de plus, les accusés tentent de nommer leurs propres enquêteurs, de déterminer les axes de l’enquête et de se disculper ».
Il s’est engagé à déjouer ces tentatives.
Le Conseil d’octobre a exhorté le public à intensifier ses manifestations hebdomadaires du samedi soir pour réclamer une enquête nationale, après qu’environ 2 000 personnes ont participé à un tel rassemblement samedi soir.
Le gouvernement s’est longtemps opposé à la création d’une commission d’enquête nationale sur le 7-Octobre, initialement au motif qu’une telle enquête ne pouvait être menée alors qu’Israël était en guerre, mais ensuite en raison des accusations portées par plusieurs ministres du gouvernement selon lesquelles le président de la Cour suprême, Isaac Amit, ne serait pas en mesure de nommer un juge impartial ou un juge à la retraite pour présider la commission.
Le 15 octobre, la Haute Cour a informé le gouvernement qu’il n’existait « aucun argument valable » contre la nécessité de créer une commission d’enquête nationale, dans le cadre de sa décision concernant les recours demandant la mise en place d’une telle enquête. Elle a donné au gouvernement 30 jours pour présenter une nouvelle mise à jour concernant « le sort » d’une telle commission.
Netanyahu a maintes fois affirmé que les responsables de la sécurité, et non les dirigeants politiques, avaient échoué à empêcher l’attaque la plus meurtrière de l’Histoire d’Israël.
Les critiques affirment que Netanyahu, contrairement à d’autres hauts responsables, n’a à aucun moment assumé publiquement la responsabilité des échecs liés au 7-Octobre. Ils estiment qu’il souhaite mettre en place une commission gouvernementale dont il aura un plus grand contrôle sur la composition et qui aura moins de pouvoirs qu’une commission d’État. Selon eux, cela entraverait sa capacité à établir la vérité et à faire respecter la responsabilité.
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