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À l’ONU, Meloni annonce le soutien de l’Italie aux sanctions de l’UE contre Israël

Pressée par son opinion publique, la Première ministre italienne a déclaré que la riposte israélienne au massacre du 7 octobre était "légitime" mais que la guerre "était contraire au droit humanitaire, avec le massacre de civils"

La Première ministre italienne Giorgia Meloni s'exprimant lors du débat général de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 24 septembre 2025. (Crédit : Leonardo Munoz/AFP)
La Première ministre italienne Giorgia Meloni s'exprimant lors du débat général de l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, le 24 septembre 2025. (Crédit : Leonardo Munoz/AFP)

L’Italie apportera son soutien à certaines sanctions prises par l’Union européenne contre Israël en raison de la guerre dans la bande de Gaza, a déclaré mercredi la Première ministre Giorgia Meloni. à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, en expliquant que les actions d’Israël dans la bande de Gaza étient allées trop loin, « contraires au droit humanitaire, avec le massacre de civils ».

Ses propos sont le signe de la poursuite de l’effritement des soutiens de la communauté internationale à Israël, et cette fois de la part d’un dirigeant européen jusqu’alors considéré comme résolument pro-Israël, mais pressé en interne par des manifestations populaires.

À la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Meloni a commencé par condamner sans ambage le massacre commis par le Hamas le 7 octobre 2023, à l’origine de la guerre, qui a selon elle « profité des faiblesses » du droit international. « La férocité et la brutalité de cette attaque – une chasse aux civils sans défense – ont conduit Israël à ce qui était, en principe, une riposte légitime, tout État et tout peuple ayant le droit de se défendre. »

Mais, a-t-elle ajouté, Israël est allé trop loin.

« Cependant, la riposte à une agression doit toujours respecter le principe de proportionnalité. C’est vrai pour les individus et c’est d’autant plus vrai pour les États. Or, Israël est allé trop loin, avec une guerre à grande échelle qui concerne la population civile palestinienne au-delà de toute mesure », a-t-elle souligné.

« Et c’est en allant trop loin que l’État juif a fini par enfreindre le droit humanitaire, en provoquant un massacre de civils. Un choix que l’Italie a, à plusieurs reprises, qualifié d’inacceptable et qui nous conduira à voter en faveur de certaines sanctions proposées par la Commission européenne contre Israël », a-t-elle poursuivi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontrant son homologue italienne Giorgia Meloni au Palazzo Chigi de Rome, le 10 mars 2023. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

La semaine dernière, la Commission européenne a officiellement présenté ses propositions de sanctions à l’encontre de ministres israéliens d’extrême droite assorties d’une suspension partielle de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël.

Si elles étaient approuvées, ces sanctions priveraient les importations israéliennes de leur accès préférentiel au marché de l’UE. Les produits israéliens seraient frappés des mêmes droits de douane que ceux provenant de pays avec lesquels l’UE n’a pas d’accord de libre-échange.

La Commission a par ailleurs appelé à suspendre le « soutien bilatéral » à Israël, à l’exception de la société civile et du Centre de commémoration de la Shoah Yad Vashem.

Dans son discours de mercredi, Meloni a ajouté que l’Italie « ne rejoindrait pas les rangs de ceux qui attribuent à Israël l’entière responsabilité de ce qui se passe à Gaza, car c’est le Hamas qui a déclenché la guerre », rappelant par là son opposition à la reconnaissance d’un État palestinien par plusieurs pays occidentaux.

« C’est le Hamas qui peut mettre fin aux souffrances des Palestiniens, en libérant immédiatement tous les otages. C’est le Hamas qui semble vouloir prospérer sur la souffrance du peuple qu’il prétend représenter », a-t-elle déclaré, tout en soulignant qu’Israël devait se sortir du « piège de cette guerre » et n’avait pas « le droit de s’opposer à la création d’un État palestinien ».

« Dans le même temps, nous pensons qu’une reconnaissance de la Palestine ne peut se faire qu’à deux conditions, à la fois préalables et essentielles : la libération de tous les otages israéliens et l’abandon par le Hamas de tout rôle dans le gouvernement de la Palestine, car ceux qui ont déclenché le conflit ne doivent pas être récompensés », a-t-elle expliqué.

Meloni sous pression en raison de sa position sur Gaza

Du fait des manifestations populaires et du grand nombre de pays occidentaux qui reconnaissent un État palestinien, le gouvernement de droite de Meloni est sous pression en raison de sa position sur le conflit.

Le gouvernement est « du mauvais côté de l’histoire », a déclaré cette semaine le principal parti d’opposition, alors que des pays comme la Grande-Bretagne, le Canada et la France reconnaissaient l’État palestinien.

Des manifestants manifestent leur soutien à la Flottille mondiale de Soumoud, parti pour Gaza, à Rome le 7 septembre 2025 (Photo de Filippo MONTEFORTE / AFP)

Le quotidien italien de gauche La Repubblica a reconnu jeudi qu' »en termes de symboles politiques, le gouvernement Meloni avait mis fin à l’immobilisme », suite au discours de Meloni de la veille.

Par ailleurs, la colère de l’opinion publique envers ce qu’elle considère comme de l’inertie de la part du gouvernement est montée d’un cran.

Lundi, des dizaines de milliers de personnes – parmi lesquels des lycéens et des étudiants – ont manifesté dans toute l’Italie pour dénoncer « le génocide à Gaza ».

Les initiatives locales de soutien à Gaza se sont également développées dans ce pays catholique avec une forte tradition pacifiste.

« Nous devons faire quelque chose. Cela fait deux ans que rien ne bouge et Meloni trouve toujours des excuses pour ne pas reconnaître l’Etat palestinien », expliquait mercredi soir à l’AFP Roberta Paolini, 53 ans, lors d’une manifestation à Milan.

Selon un sondage Izi publié mercredi, près de 87,8 % des Italiens sont favorables à la reconnaissance d’un État palestinien. Et ce nombre reste élevé – 73 % – parmi les électeurs favorables aux partis de la coalition au pouvoir.

« Pour un gouvernement qui s’est toujours présenté comme l’expression directe de la souveraineté populaire, ces chiffres comptent », expliquait le quotidien La Stampa dans un éditorial publié mercredi.

Meloni a un problème de plus, celui des 60 ressortissants italiens – parmi lesquels quatre membres du Parlement – à bord de la flottille à destination de Gaza, décidés à briser le blocus israélien et apporter une aide symbolique à la bande de Gaza.

Sur un bateau, des passagers attendent de partir pour Gaza,pour rejoindre la « Flottille mondiale du Soumoud », dans le port de Gênes, le 30 août 2025. (Photo de Federico SCOPPA / AFP)

Bien que Meloni ait qualifié les militants « d’irresponsables », Rome a dépêché mercredi un navire de guerre pour aider la flottille suite à des attaques présumées de drones.

Lundi, Israël a fait savoir qu’il ne laisserait pas les bateaux accoster à Gaza tout en reprochant à la flottille de servir les intérêts du groupe terroriste du Hamas. Les autorités israéliennes ont précisé que la flottille pourrait décharger l’aide à Ashkelon, d’où elle serait transférée à Gaza.

Israël a bien fait comprendre qu’il ne laisserait pas briser le blocus naval imposé par ses soins en 2007 pour empêcher la contrebande d’armes suite à la prise de pouvoir, à Gaza, par le Hamas en renversant l’Autorité palestinienne.

Israël fait face à une considérable pression internationale à cause de sa guerre à Gaza, déclenchée par le massacre commis par le Hamas le 7 octobre 2023 qui fait 1 200morts et 251 otages. Cette guerre a donné lieu à une grave crise humanitaire dans la bande de Gaza et au déplacement d’une grande partie de sa population.

Israël nie catégoriquement commettre un génocide à Gaza, affirmant que l’opération vise à éliminer le Hamas et à libérer les otages.

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